Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (1) – Le Coran

     Présenter le Coran dans le cadre limité d’une rubrique d’un journal (n.a. Hebdomadairement, chacune des 101 notes de voyage du volume “Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca” ont été publiées premiérement comme tablettes dans le cotidien “Ziarul de Bacau”) est une tâche extrêmement difficile, même pour un expert dans l’islam ou dans l’histoire de la religion, alors je vais essayer de rélater le commentaire pertinent, autant que je me souvienne, fait par mon étudiant Hakim, dont le nom signifie “sage”. Il méritait bien son nom, car il était un étudiant éminent. Il portait une barbe, un signe qu’il était fondamentaliste, dans le sens qu’il respectait “à la lettre” les préceptes du Coran.

      J’étais dans les “Librairie des Sciences”, une librairie située en face du Consulat Français à Casablanca. Je n’envisageait pas d’acheter un livre en particulier, mais au moins une fois par semaine, je me déstressait à cette librairie, en feuilletant les différents livres disposés dans les étagères. J’appréssiait la fraîcheur offerte par le sytème de climatisation, car en dehors il y avait une chaleur étouffante avec un odeur d’asphalte surchauffé, ce qui me rappelait des grands boulevards de Bucarest dans le mois de juillet.

     “Bonjour, monsieur”, j’ai entendu lorsque je tentais de lire le titre sur le dos d’un livre. Je me suis retourné et j’ai reconnu Hakim. C’était un jeune de taille moyenne, brunet, cheveux courts, le visage pointu et nez aquilin. Dans l’ouverture d’entre les poils de la barbe riche, j’ai remarqué un mince sourire, qui a été  le prélude de la recommandation d’acheter “Le Saint Coran” traduit de l’arabe en français par Mahomet Hamidullah, un professeur à l’Université d’Istanbul.

     – Je préfèrais, pour le début, que tu me dises en quelques mots, ce qui est le Coran, j’ai essayé de gagner du temps pour réfléchir.

     – Coran vient du mot arabe “al couran” qui signifie “récitation”, a commencé Hakim méthodiquement. Il est le livre saint des musulmans, dans lequel sont écrites les paroles d’Allah, comme elles ont été envoyées à Son prophète Mahomet, appelé “el rassoul Allah”, c’est-à-dire le messager d’Allah). Il n’y a pas une plus grande offence envers les musulmans que de dire que Mahomet est l’auteur du Coran. Mahomet a appris par coeur les paroles d’Allah, envoyées par de messagers célestes, en particulier par l’Archange Jibril (n.a. Gabriel).

     En entendant le nom de l’archange qui a annoncé la Vierge Marie qu’elle est enceinte, j’ai interrompu Hakim.

     – Mahomet a eu de visions avec l’Archange Gabriel?

    – Les visions avec ces messagers sont apparues quand le prophète se retirait pour passer de nuits dans l’une des nombreuses grottes près de la Mecque. Dans un premier temps, le prophète ne savait pas si ces messagers étaient des anges ou des démons. Sa première épouse, Khadija, L’a édifié par un test très perspicace. Ainsi, elle a Lui proposé que, au moment quand Il a une nouvelle vision d’un messager, de lui faire un signe. Quand Mahomet a dit: “Voici, il apparaît encore”, Khadija a pris son mari dans ses bras, en faisant… euh, vous comprenez. Puis, elle a demandé si la vision persiste, à quoi Il a répondu que le messager est parti. Prise d’une grande émotion, Khadija Lui a dit “Un démon ne se serait pas éloigné  à  la vue de notre intimité conjugale!”

     Hakim s’est arrêté pour reprendre son souffle et a continué son récit:

     – Le Coran a 114 chapitres, appelés sourates, qui ont de dimensions très différentes. Il n’a pas été révélé à la fois, mais peu à peu, jusqu’à la mort du prophète (n.a. 632). Mahomet a été illettré toute sa vie, raison pour laquelle Il a dicté le Coran à de scribes. Zayd ibn Thabit, le scribe principal, a écrit plusieurs versets du Coran “sur des morceaux de cuir ou sur d’omoplates de chameaux”. Les fragments du Coran ne sont pas dans l’ordre chronologique de leur transmission, mais dans l’ordre  considéré par le prophète. Après la mort de Mahomet, il y a eu plusieurs tentatives pour transcrire en un seul volume un texte achevé, sur la base de récitations de milliers de musulmans qui ont mémorisé le Coran et les fragments apportés par divers contemporains.  Seulement en 650, au cours du troisième califat d’Othman ben Affan [] (n.a. 644-656), l’un des beaux-pères du prophète, la transcription a été réalisée par le travail des scribes Zayd Ibn Thâbit et Saiid ibn el As, texte reconnu officiel jusqu’à présent. Il semble que,  à la fin, même si l’ordre des versets a été fixé par Mahomet,  l’ordre des sourates  a été  établi par le calife Othman ben Affan[].

     – Hakim, je l’ai interrompu avec admiration, mais tu es une véritable encyclopédie!

     Stimulé par la louange, il a continué sans relâche la conférence.     – Il faut que vous sachiez aussi que le premier livre écrit en arabe a été le Coran. Les sources d’inspiration dogmatique du Coran sont juives – l’Ancien Testament et le Talmud – et, dans une moindre mesure, chrètiennes, les évangiles apocryphes. Dans le Coran est affirmé qu’il n’y a qu’un seul Dieu, qui dispose d’une cour formée par des anges ailés – mortels, sans sexe, créés à partir de la lumière, les même trouvés dans la religion mosaïque. Sur chaque épaule des hommes se trouve un ange, l’un  enregistre les bonnes actions et l’autre les mauvaises actions. Pour l’homme du commun, le Coran est un guide de la vie qui ne prêche pas l’ascèse et le renoncement aux biens de ce monde, comme dans la doctrine chrétienne, mais la modération, comme dans la sourate 7 – “Les limbes”, verset 31, il est écrit “Et mangez et buvez mais sans excès”. Hakim s’est arrêté et a regardé sa montre. J’ai compris qu’il devait partir. J’ai lui remercié chaleureusement.

     – Mais, monsieur, vouz allez acheter le Coran?

     Je n’étais pas décidé, mais je ne pouvais pas le refuser directement.

    – Oui, je vais l’acheter, mais maintenant je n’ai pas l’argent nécessaire.

   Nous nous avons séparé, après quoi est venue dans mon esprit une question rhétorique: à  quel ange de mon épaule, je lui ai donné du travail à ce moment-là, à celui qui enregistre les bonnes actions ou à l’autre?

Doru Ciucescu

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)