Au-delà du Prout et plus loin… (10)

“Vodka” de Mendeleïev

 

    Soirée chaude, de mai, sur le boulevard Stefan cel Mare si Sfant (n.a. Étienne le Grand et le Saint).à Chisinau avec le même professeur uiversitaire Ion Carteputreda. Notre discussion avait glissé sur la cuisine russe.

    – Monsieur Ciucescu, la plupart des Russes n’ont pas le culte de manger; le manger est seulement un prétexte pour boire. À la table ils peuvent se contenter seulement avec quelques “kartochki v moundiré”, s’il y a beaucoup vodka.

      – “Kartochki v moundiré” désigne pommes de terre bouillies dans l’enveloppe, c’est comme ça?

      – Oui, cette fois vous avez passé bien le test de la langue russe.

      – Merci.

      – A propos de boisson, les Russes ont un dicton: “Niet plahih jenchtchin, esti malo vodki”.

      – J’avoue que je suis bloqué.

    – Une traduction approximative va comme celle – ci: N’existe aucune femme répugnante, mais peu de vodka. Les Russes ont encore un dicton: “Do dna i poslé pervovo stakana ne zakousivaïut.”

     – Je suis de nouveau bloqué.

     – “Jusqu’au fond et après le premier verre on ne gôute rien”.

     – Est – ce que vraiment on ne mange quoi que ce soit?

    – Après la première gorgée “do dna” on passe doucement au – dessous le nez un morceau de pain. S’ils n’ont pas à portée de la vodka, alors ils préparent quelque chose de semblable, en respectant la recette du grand chimiste Mendeleïev.

     – Mendeleïev?

    – Oui, Dmitri Ivanovitch Mendeleïev, l’auteur du premier tableau périodique des éléments. Il a également étudié et a élaboré la recette pour obtenir une boisson alcoolisée avec le titre alcoométrique volumique de 40 degrés.

    – Quelle est la recette?

    – Tous les Russes la connaissent: est un mélange d’une partie en poids d’alcool éthylique de purérété 96 et de deux parties en poids d’eau.

    – Très intéressant!

    – Les Russes disent aussi: “V   iunosti:  vodka,  lodka  i  malodka;  v starosti: kefir, zefir i tioplenkii sortir”.

    – Excusez-moi, mais vous devez me traduire.

   – “Dans la jeunesse: vodka, barque et une jeune femme, dans la vieillesse: kéfir, meringue et une toilette chauffée”.

    – Meringue?

    – Oui, ce petit gateau fait de blancs d’oeufs, qui ne nécessite pas de dents pour être consommé.

    – En effet, le folklore russe est plein de charmes…

   – Gorbatchev a essayé d’endiguer cette tendance de  ses compatriotes d’exagérer avec la boisson par “Oukaz o barbé s alkogolismom “, c’est à dire par un “décret contre l’alcoolisme”; une forme beaucoup plus légère de la prohibition américaine, qui a eu lieu entre 1919 et 1933. Les magasins à alcool ouvraient à 11 heures. De même, il n’étais plus autorisé à obtenir de l’alcool par ébullition. Alors, après tout, vous êtes  ingénieur, comment pensez-vous que le problème a été résolu pour obtenir de l’alcool à partir du marc (n.a. résidu de raisins pressés)?

     – J’avoue franchement que je n’ai aucune idée.

   – Eh bien, certains Russes sont passés à obtenir de l’alcool non par l’ébullition du marc, mais par la congélation du marc.

    – Par la congélation?

   – Oui, par la gelée du  marc dans le congélateur. L’alcool du marc, en ayant la température de solidification beaucoup plus basse, ne congèle pas et donc se dépose sur le fond de la vase, d’où il peut être recueilli.

   – Très ingénieux.

   – Quelques gars,  plus ingénieux, obtenaient de l’alcool à partir  de la crème pour chaussure.

    – Comment ils faisaient?

  – Ils prennaient un tranche de pain, laquelle ils l’enduisaient de cette crème, à base d’alcool. Le pain absorbait l’alcool. Ensuite, on nettoyait la tranche de pain, avec un couteau, en enlevant  la crème pour chaussures. Par la suite, on suçait le pain.

   – Plus ingénieux!

  – Vous savez comment les Russes parviennent à atteindre “apohmeleata”?

  – “Apohmeleata”?

  – C’est-à-dire se dégriser d’un état d’ébriété.

  – Je ne sais pas.

 – Ils reprennent le rituel des verres “do dna”,  jusqu’au fond!

 – Monsieur Carteputreda, grâce à vous, j’ai appris de choses d’un charme apart…

  …Nous nous approchons d’une “kortchima” (n.a. bistrot avec spécificité russe), par la porte de laquelle on entendait de cris et de sifflements.

   – Qu’est – ce que se passe à l’intérieur?

   – Certains clients ont bu tellement beaucoup, qu’ils ont passé à “tchiastouchki”, c’est à dire de vers chantés, en dansant et en les accopmpagnant avec de crie de joie.

  – Qu’est – ce qu’on chante?

  – Maintenant on chante: “Ou menea bila jena, / ana menea liubila, / izmenila toliko raz, / a patom rechila: / ah, raz, estchio raz, / estchio mnogo, mnogo raz, / luchtche sorok raz po – razu, / tchem ne raz v sorok raz.”

   – C’est-à-dire…

    – J’ai eu une femme, / elle m’a aimé, / elle m’a trompé seulement une fois, / mais puis elle s’est décidé: / ah, une fois, encore une fois, / encore beaucoup, beaucoup de fois, / c’est mieux de quarante fois une fois / qu’aucune fois de  quarante fois.

    J’aurais voulu entrer dans le bistrot pour apprendre d’autres habitudes de Bessarabie, mais je pansais de ne pas m’enivrer de tant de langue russe…

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)