Au-delà du Prout et plus loin… (11)

Salade russe, galettes farcies au chou

 et galettes farcies au fromage (“jupes troussées”)

 

     Un jour, le professeur Ion Carteputreda m’a invité à son domicile pour prendre le déjeuner ensemble. Nous sommes partis de l’Université Technique de Moldova, du  quartier Rascani, et nous nous avons dirigé vers le centre de Chisinau. Long chemin, just bon pour stimuler l’appétit. Le ciel était bleu – vitreux, comme seulement au sommet de montagne peut être vu. Nous rencontrions de piétons divers, avec de taches de couleur dans les cœurs et les vêtements. Mon estomac était vide et je me sentais bien léger, comme si pris par une sorte d’harmonie universelle.

     – Nous n’allons pas manger de la salade de crevettes servie avec d’avocat et caviar, arosée avec de l’huile d’olive, puis cordon bleu et, pour le dessert, à la Tartuffe orange, s’est excusé le professeur chisinauan.

     – Voulez – vous me traduire le nom du désert.

     – Bonbons de chocolat farcis à la crème d’orange.

     – Pouvez – vous devoiler le menu?

     – Ce n’est pas un secret. Nous allons commencer avec de la salade russe.

     – De la salade russe?

     – Oui, salade russe avec de la mayonnaise. On prépare de pommes de terre bouillies dans l’enveloppe, qui, ensuite, on les coupe en petits morceaux. On ajout de petits pois de conserve. On combine également avec d’autres légumes non bouillies: carottes et poivrons rouges. On assaisonner avec du sel. Au – dessus on verse de la mayonnaise mélangée avec un peu de vinaigre. Tout est décoré avec de morceaux finement hachés de laitue et du persil.

     – S’annonce un bon repas.

   – Ensuite, nous allons manger de “mititei” (n.a. une sorte de keftas, mais en forme cylindrique) enveloppées dans l’intestin de porc.

     – Enveloppées dans l’intestin de porc?

     – Oui, en Bessarabie il est de l’usage de préparer les “mititei” comme ça. Ensuite, nous essayons “varzari”.

     – “Varzari”?

    – De galettes farcies au chou saumuré, braisé à l’huile. À la farce on ajout de l’oignon finement haché, assaisonné avec du sel, du poivre et du corindon. La pâte ainsi farcie est mise dans un four au feu doux jusqu’à ce qu’elle reçoit une jolie teinte dorée.

     – Je n’ai jamais mangé, j’ai reconnu, en bavant déjà abondamment.

     – Ensuite, nous allons passer au dessert, aux “poale in brau” (n.a. galettes  farcies au fromage, dont le nom peut être traduit comme “jupes troussées”). Est – ce que vous savez comment certains gens mangent “poale in brau”?

     – Honnêtement, je ne sais pas.

     – On souleve la jupe et on mange le fromage.

    – J’observe,  professeur Carteputreda, que vous êtes passé aux blagues. Mais je vais vous raconter une histoire vraie. J’étais à un arrêt,  “Hanul Ancutei” (n.a. L’Auberge d’Ancuta),  situé,  peut-être vous savez, sur le chemin de Suceava, à une distance d’environ 60 kilomètres de Bacau.

     – Oui, oui, j’ai entendu. tout Bessarabien a lu Sadoveanu (n.a. Mihail Sadoveanu, écrivain roumain).

    – Eh bien, j’étais accompagné par un professeur universitaire français, invité par l’Université de Bacau, qui je le conduisait dans ​​un pèlerinage aux monastères du nord de la Moldavie. Là, nous avons été accueillis par une serveuse qui nous invite à déguster une galette “poale in brau”, mise sur une petite assiette. J’avoue, j’ai eu de gros problèmes pour traduire le nom français de cette galette.

     – Et comment vous vous êtes debrouillé par la suite?

   – Ma chance  a été la serveuse, qui, en saisisant l’embarras linguistique, a soulevé la jupe de manière à donner au Français une meilleure idée de quoi il s’agit, ce qui a fait le citoyen de l’Hexagone à s’écrier: “Oh, d’accord, jupes troussées!” Et puis, le Français ne voulait plus quitter la table. Lui a plu tellement la figure avec la jupe soulevée jusqu’à la taille, qu’il a ordonné à la serveuse de “jupes troussées” trois fois de suite. Il était, comme les Français disent, un gros gourmand.

     – Tout étranger, dans n’importe quel pays il serait, il est désireux de trouver de réalités locales inédites et, si possible, piquantes.

    – Monsieur Carteputreda, comme on dit en russe aux galettes “jupes troussées”?

   – Euh, vous m’avez mis aussi dans un embarras linguistique. Laissez – moi réfléchir. Il n’y a pas une telle galette dans la cuisine russe. Je pense que je pourrais traduire “poli iubki v poïasé”.

  – Je dois comprendre que les Russes en Bessarabie ne connaissent pas la spécificité de la cuisine roumaine?

    – Au contraire, ils la savent, mais ils évitent de parler en roumain ou, comme on dit officiellement ici, en moldave. Voyez – vous, ce – ci c’est l’un des paradoxes de la Bessarabie: presque tous les Roumains font d’efforts et arrrivent à parler très bien la langue de Pouchkine, tandis que les Russes, dans leur majorité, dissent “ia ne znaiu” (n.a. je ne sais pas), qand il s’agit de la langue d’Eminescu. Ici vous pouvez voir l’essence de la politique impérialiste de Moscou, qui suit le dicton latin “divide et impera”. Les militants pro – russes ont réussi la formation des républiques séparatistes moldaves ou autonome, de sorte d’avoir raison d’imposer le russe comme langue de communication entre les Roumains, les Russes, les Ukrainiens, les Bulgares, les Gagaouzes et d’autres ethnies.

   Les derniers mots du professeur Carteputreda m’ont  un peu indisposé. Le ciel s’est complètement couvert de nuages. Il m’avait disparu l’état d’harmonie universelle d’avant… En plus, j’ai aussi perdu mon appétit. Mais j’ai gôuté de tous, pour ne pas laisser croire que je n’aprecie pas à la juste valeur les plats proposés…

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)