Au-delà du Prout et plus loin… (12)

Le radicalisme moldave

 

     Je me promenais sur le boulevard Stefan cel Mare si Sfant à Chisinau avec l’ensignant Carteputreda. Après la chaleur suffocante pendant la journée, un vent léger, rafraîchissant nous cherchait en dessous de vestes. Nous passions à côté d’un bâtiment blanc, imposant.

     – C’est la résidence de la présidence de la Républiques de la Moldavie, m’a servi promtement l’information le lettré bessarabien.

     – Ici travaille le président communiste Vladimir Voronine, j’ai remarqué

     – Oui, notre république est le seul pays en Europe où les communistes sont au pouvoir, encore!

     – Comment s’est arrivé à une majorité parlementaire communiste?

   – La Bessarabie, sur le territoire dequel se trouvent les vestiges de deux “vagues” de défense contre les invasions de peuples migrateurs, vagues qui portent le nom de l’empereur romain Trajan, est devenue goubernia (n.a division territoriale de la Russie imperiale) de l’Empire Russe en 1812. Dès lors a commencé la tragédie de la population majoritaire par l’extermination et l’exil en Sibérie, simultanément avec une russification forcée.

     – Ça a été, monsieur le professeur! Je suis intéressé par le “maintenant”!

    – Vers la fin des années 80 a commencé, sur le plan économique, l’effondrement du rouble russe, qui était un véritable mythe jusqu’à là. En même temps, sur le plan  spirituel, est renée “la conscience de nation et du pays” des Roumains de l’espace prouto – dniestrien, perdue durant le gouvernement soviétique moscovite. Des  “libérateurs”, les Russes sont devenus les “occupants”. La patrie, appelée aussi “Mère Russie”, sur le territoire de laquelle les Bessarabiens ont fait le service militaire dans la neige sibérienne subpolaire, est devenue la bellemère de Cendrillon.

      – Avez – vous fait l’armée, monsieur professeur?

     – Oui, dans le nord de la Sibérie, où la température descendait souvent au – dessous de 30 degrés Celsius. La plus difficile à supporter m’a semblé la période de “karaoul”.

     – De “karaoul”?

    – C’est-à-dire de garde. J’étais sentinelle deux heures seul, dans l’obscurité de la nuit avec un ciel de glace, et je gardait “teritoria” (n.a. territoire), après quoi je me  réfugiais dans la guérite pour autres deux heures. Il était important de ne pas me geler les pieds. Dès que j’arrivais dans la guérite, je séchais les chaussettes russes (n.a.  bande de tissu d’environ 80 centimètres par 40 centimètres, enroulée autour du pied, utilisée jusqu’au 23 novembre 2007 dans l’armée russe), à côtés de celles de mes collègues. Vous savez comment puent les chaussettes russes de laine? Eh bien, cette puanteur me persiste même maintenant dans les narines.

      – Ce sont les seuls souvenirs de l’armée?

      – J’ai un tatouage sur l’épaule, sur lequel il est écrit en  lettres russes “Maïa Rodina”

      – “Maïa Rodina”?

   – C’est-à-dire “Ma Patrie”. Par ennui, la plupart des soldats faisaient de même. Presque tous les Bessarabiens de mon âge ont ces tatouages​​. Comme ça on devenait de jeune, après avoir satisfait le service militaire, ce qui s’appelait “l’homme de type nouveau, soviétique”: avec l’odeur rémanent  puant, de chaussettes soldatesques russes dans les narines et avec d’inscriptions en russe sur la peau.

     – Et puis?

  – A commencé la mode du patriotisme “mioritique” (n.a. se référant à la balade populaire pastorale “Miorita”; espace mioritique – terme créé par l’écrivain Lucian Blaga, qui signifie un espace géografique roumain, avec l’alternance de collines et de vallées, propice pour l’occupation des bergers). On a construit un “pont de fleur” sur le Prout. Les Bessarabiens se sont rendu compte que leur langue ressemble à la langue roumain, seulement qu’elle n’est pas été purifiée d’archaïsmes et de mots russes. La Roumanie est devenue de plus en plus souhaitée comme patrie. Dans les écoles de la République de Moldavie s’apprenait l’histoire de la Roumanie.

    – L’alphabet russe a été remplacé par celui latin.

    – Il y a été un temps où la réunification de la Bessarabie avec la Roumanie, comme en 1918, semblait tout à fait réalisable! Mais, après la guerre avec la Transnistrie et l’escroquerie Caritas, les fleurs du pont sur le Prout se sont fanées. La Roumanie a commencé à devenir un pays comme les autres. Les Roumains ont été de plus en plus confondus avec ceux qui avaient rempli les marchés à Chisinau et d’autres villes avec de marchandises turques. Chaque Bessarabien qui a fait d’études en Roumanie se sentait, comme disent les Russes, “svoï sredi tchiujih i tchiujoï sredi svoïh”.

     – Je vous prie de me traduire.

     – Une traduction approximative est la suivante: “différent parmi les étrangers et étranger parmi les siens”. Les Bessarabiens qui n’ont eu la possibilité de partir en Roumanie sont devenu jaloux et malicieux envers ceux qui n’ont pas vecu à la maison ces moments d’extrême pauvreté de la République de Moldavie.

     – La République de Moldavie a la triste “célébrité” d’être le pays le plus pauvre d’Europe, n’est-ce pas?

   – Il en est. En outre, à l’esprit roumain dans la Bessarabie manquait le chaînon de lien entre les générations, qui ont vécu en Roumanie dans la période interbeliques et celles d’après 1989, qui auraient voulu une union avec la Roumanie. La grande majorité des témoins de l’époque étaient déjà morts. Dans ces circonstances, les Bessarabiens se sont laissés tirés par une autre perspective. Il a commencé un moldovenisme de plus en plus radical. La Moldavie est devenue une troisième alternative de patrie, après la Russie et la Roumanie.

    – Quand est – ce que vont voter contre les communistes les Bessarabiens, qui ont tatoué sur la peau le stigmat soviétique, écrit avec de lettres russes?

    – Après que les communistes arrivés au pouvoir se vont révéler qu’ils sont d’hypocrites, qu’ils se sont enrichis d’un coup, en profitant de la période du pouvoir absolu du gouvernement.

     La discussion avec l’universitaire de Chisinau a eu lieu au printemps de 2001. Depuis, il y a eu d’élections parlamentaires, le 6 mars 2005, mais de nouveau les communistes sont arrivés au pouvoir… L’histoire continue se dérouler!

 Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)