Au-delà du Prout et plus loin… (13)

Un Gagaouze polyglotte

 

     En général, quand on parle de la République de Moldavie, le monde pense aux Moldaves, aux Roumains, aux Russes, mais beaucoup moins aux Gagaouzes, de qui en Roumanie, au niveau populaire, a été formé il y a plusieurs siècles une perception légèrement péjorative, reflétées, par exemple, par la présence dans les conversations  de tous les jours de l’épithète “gagauta”, mentionné et dans le “Dictionnaire  orthographique,  orthoépique et morphologique de la langue roumaine” (n.a. Editura Univers Enciclopedic; Maison d’Édition l’Univers Enciclopedique) 2005. Dans les dictionnaires encyclopédiques roumaines est mentionné le fait que les Gagaouzes “forment une population d’origine turque, mais de religion chrétienne”.

     Beaucoup plus d’informations sur Gagaouzes j’ai eu l’occasion d’apprendre dans un voyage entrepris en l’automne 2001 au symposium scientifique tenu à Sébastopol. J’étais dans le train Chisinau – Odessa. Je suis sorti sur le couloir du wagon – lit pour savourer un verre de thé vendu par la contrôleuse de wagon, une blonde véritable, mais en ayant la corpulence caractéristique des femmes russes plus âgées de cinquante ans, ainsi que sa silhouette ressemblait beaucoup à celle de l’énorme samovar, qui trônait sur la la petite table devant la fenêtre. Le thé était russe et autour ne parle pas dans la langue de Mihai Eminescu mais seulement dans celle d’Alexandre Sergueïevitch Pouchkine. Moi, qui j’ai commencé à apprendre le russe de la IVème classe jusqu’à IIIème année de faculté, je comprenais quelques mots. Près de moi sirotait du thé un homme assez âgé, aux sourcils rougeâtres, broussailleux, minuscule, avec le teint blanc – jaunâtre, chauve, avec les jambes légèrement incurvées, très vivace. J’ai appris qu’il est Gagaouze et s’appelle Sari Baba. Il travaillait dans une succursale à Comrat d’une d’entreprise turque, en étant payé en dollars. Il parlait très mal roumain – en fin – moldave, ainsi qu’il préfèrait à me s’addresser  seulement en russe en melangeant les mots. Parfois, je ne comprenais rien; probablement il parlait en gagaouze ou dans un jargon russe.

     – Mon nom signifie Père Jaune dans la langue gagaouze, a tenu à m’informer mon compagnon.

     – Pourquoi vous parlez tellement bien russe, en comparaison avec  la langue moldave?

    – Il existe plusieurs raisons. Tout d’abord, j’ai appris russe de l’école primaire. La deuxième raison c’est que je vis à Comrat, chef – lieu de Gagaouzie, unité territoriale autonome avec un statut spécial, instituée par la loi promulguée le 11 août 1995 par le président d’alors, Mircea Snegur, où coexistent trois langues officielles:  gagaouze, moldaves et russes. Les langues russe et gagaouze sont assez pour moi quand je veux faire une demande au tribunal, par exemple. Troisième, et non la dernière raison dans cette ordre, surtout, je ne résistait pas à la beauté de type slave, et je me suis mariée avec une Russe, Mila.

     – Désolé de vous prendre la parole, dites – moi, qu’est – ce que nous a enseigné Lénine?

     – “Outchitsia, outchitsia i vsegda outchitsia”  (n.a. Apprendre, apprendre et encore apprendre).

   – Mais je connais une autre variante de l’injonction de Lénine: “Outchitsia, outchitsia i nikagda jenistsia” (n.a. Apprendre, apprendre et jamais se marier), j’ai répliqué, plutôt en russe, en pensant au célibat prolongé jusqu’au près du  crépuscule de la vie du premier chef du gouvernement soviétique.

     – Je sais que cette blague, mais je ne suis pas d’accord avec elle. Je me suis marié avec Mila, vous le savez, on dit que K.G.B. a réussi d’envoyer d’espions même au lit! Donc, je suis arrivé d’avoir 14 enfants, sept garçons – Grisha, Misha, Sasha, Shoura, Vasia Viti, Vova et sept filles – Dasha, Lara, Lucha, Masha, Olia, Vera, Zoïa.

      – Quelle est votre religion, si ce n’est pas un secret?

    – Moi, comme la grande majorité de Gagaouzes de l’espace l’ex – soviétique, je suis  orthodoxe de rite russe, tandis qu’en Turquie ou en Bulgarie les Gagaouzes sont restés musulmans.

     – Que voulez-vous dire par “sont restes”?

   – Les Gagaouzes sont d’origine turque et au début  tous ont été de musulmans. Une partie de tribus turques, appelés ouzes par les Byzantins, venus du cœur de l’Asie, à travers la plaine  nord – pontique, au Boudgeac, sont entré en contact avec la Russie Kiévienne vers le XIème siècle et après un certain temps ils ont mis au service des souverains russes, tout en prenant et le christianisme. Parce que chez eux étaient à la mode le chapeau noir – appelé “karakalpak” en turc, les Russes leur ont dit “karaouzes”.

     – Quelle religion ont les Gagaouzes en Roumanie?

   – Dans ce problème vous devriez être mieux informé que moi. Cependant, ceux de Babadag, où il y a le mausolée de Baba Sari Saltak, sont pour la plupart de musulmans. Ils sont arrivés en Dobrogea en 1263, en fuyant de l’Anatolie à la suite d’un conflit entre le sultan selciukid Izzeddine Kaikaus II (n.a 1245-1257) et son frère, le sultan Aslan Rukneddine Kalas. Ces hommes ont été nommés par les Turcs comme “gaïgaus”, d’après le nom de leur chef. Avec eux sont allés et groupes  de Saltak Baba Sari, qui a donné le nom de la ville Babadag, qui se traduit le Mont de Baba.

     – Pourquoi les deux branches des Turcs, de Boudgeac et Dobrogea, portent le même nom, de Gagaouzes?

   – Tout d’abord, parce que les deux sont des tribus turques, appelés ouzes. Deuxièmement, les ouzes de Boudgeac ont vecu dans la même zone, dans la Dobroudja, où vont venir, deux siècles plus tard, les groupes de Saltak Baba Sari. Il est dit que les ouzes de Boudgeac ont été en conflit avec le souverain Iziaslav en 1060 et, en étant vaincus, ils se sont enfuis à travers le Danube en Dobroudja. Ici ils sont restés jusqu’à 1065 quand ils ont été repoussés par les Byzantins en Boudgeac. Troisièmement, les termes “karaouz” et “gaïgaus” sont très semblable phonétiquement, en arrivant, finalement, à la forme de la Gagaouze. “Vsio iasno” (n.a Tout est claire)?

     Pour moi, il était clair que le Gagaouze en face de moi s’est débrouillé dans sa vie; il n’était guère un “gagauta”, même pour le simple fait qu’il était payé en dollars. En plus, il a une épouse russe. De plus encore, il était polyglotte, en parlant parfaitement gagaouze et russe.

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)