Au-delà du Prout et plus loin… (14)

L’isthme ponto-balte

 

     L’isthme ponto-balte, cet  étranglement du continent eurasiatique entre Kaliningrad et Odessa, qui a été franchi dans l’histoire moderne par les tanks “panzer” d’Hitler presque jusqu’à Moscou et par “les orgues de Staline” jusqu’à Berlin, revient de plus en plus à l’attention du monde. Cette zone comprend deux zones où le matériel militaire russe remplirait environ dix mille wagons: Kaliningrad (enclave balte dans la composition de la Russie) et la Transnistrie (enclave russophile protégée par l’armée XIV de la Russie).

     Sur l’isthme ponto-balte j’ai eu l’occasion de parler dans le train Vatra Dornei – Bucarest, ce qui signifiait pour moi un simple voyage dans de conditions binômiales: wagon chauffé ou non, fenêtres étanches ou coincées dans des positions intermédiaires, l’absence ou l’éxistance d’odeurs provenant des deux enceintes, situées aux extrémités du couloire. J’ai eu la chance et mon sommeil a été interrompu après plus d’une heure, à Marasesti, quand une voix avec accent bessarabien même pour une oreille  moins avisé a prononcé: “Bonsoir”. Dans la lumière bleuâtre de la lampe de veille, j’ai vu la silhouette longilinne d’un homme habillé en soutane. Quand mes yeux se sont habitués à la demi – obscurité, j’ai vu que le personnage portait une barbe rousse, de Lipovène. J’ai perdu immèdiatement mon sommeil parce que toute discussion avec les frères d’au – delà du Prout a un contenu émouvant spéciale pour nous, les Roumains. J’ai appris que son nom est Neculai Cucernicescu et qu’il est prêtre dans un petit village dans la République de Moldavie.

     – “Le pont de fleurs” sur le Prout de début des  années ’90 s’est transformé dans une “haie de fil de fer barbelé”, a – t – il noté, à un moment le prêtre.

      – L’Union Européenne impose des restrictions sévères sur ses frontières.

     – Oui, je sais, cette question. mais la société  bessarabienne se divise de plus en plus entre les pro-russes, les pro-roumains et pro-moldoves, c’est à dire ceux qui ont cette fierté nationale de “moldave”. Actuellement, le président en fonction fait un double jeu: d’une part, il annonce, au niveau déclarativ l’intention d’adhésion à l’Union Européenne, mais, en réalité, fait d’efforts soutenus pour joindre l’Union Russie – Biélorussie, définie comme “un objectif majeur du gouvernement communiste”, comme il a déclaré au sommet de la Comunauté des États Independants, qui s’est tenue cette année (n.a. 2006), le 31 mai à Minsk.

     – Comment s’explique le fait que les communistes  résistent au pouvoir en Moldavie?

    – Contrairement à d’autres gouvernements, ils ont réussi de payer les pensions au temps et même de les augmenter un tout petit peu à une population dans laquelle environ 40 pour cent sont à la retraite. Également, ils ont  attiré des investissements russes de plus de 90.000.000 de dollars, et, comme une réaction à ne pas perdre de l’influence en Moldavie, d’investissements européens de près de 80.000.000 d’euros, ce qui a conduit à une certaine baisse du chômage, qui avait atteint plus de 35 pour cent.

    – Puis-je vous demander ce qui vous a amèné ici en Roumanie?

   – J’ai fini le Séminaire Théologique à Buzau et je veux maintenant poursuivre des études supérieures en théologie. Je semble vieux, mais en fait j’ai seulement 22 ans.

    – Il ne sera pas difficile pour vous?

    – Je vais traverser le Prout seulement pendant les examens. Je ne peux pas s’absenter plus parce que je vais perdre les paroissiens. Surtout depuis dans le village est apparu la concurrence.

    – Que voulez – vous dire?

   – Il y a quelque chose de terrible, épouventable. J’appartiens à la Métropole de Bessarabie, dirigée par Monseigneur Petru et liée canoniquement au Patriarcat de la Roumanie. Un jour, quelques vieilles femmes m’ont dit quelques mots, comme que je passe de la Métropole de Bessarabie à  la Métropole de Moldavie. Je les ai réfusé et ils ont demandé, imaginez-vous, un prêtre de l’autre métropole. Depuis lors, les villageois ont été groupés en deux camps, et presque se haïssent.

    – Qui est Petru?

   – Monseigneur Petru, avec le nom complet Petru Paduraru, a été vicaire à Balti de la Métropole de Moldavie, dirigée par le Métropolite Vladimir, avec le nom complet, Vladimir Cantarean avec le père roumain et la mère ukrainienne. En décembre 1992, Monsigneur Petru a participé à la Saint-Synode de l’Eglise Roumaine où il a demandé et obtenu la création de la Métropole de Bessarabie, dont le chef il est devenu. Ainsi il est arrivé  à l’existence en Moldavie de deux métropoles, l’une de Vladimir, liée canoniquement au Patriarcat de Moscou et de toute la Russie, et l’une de Petru, liée canoniquement au Patriarcat de la Roumanie. Vladimir est devenu même l’un des cinq membres du Saint-Synode de l’Église Russe, donc vous vous rendez compte comment il pense.

    – Comment sont perçus les Russes en Bessarabie?

   – Comme de grands ivrognes. À cet égard, je peux vous raconter une blague qui circule chez nous. On a fait un test sur ​​les “pensées” des hommes après avoir bu une centaine de grammes de vodka. Sur l’écran de l’appareil, à un Américain est apparue une voiture, à un Français est apparue une femme; au Russe n’est rien apparu. Ensuite, on a donné au Russe encore une centaine de grammes de vodka et ainsi de suite jusqu’à un litre quand, enfin, sur l’écran est apparu un petit point noir. Les spécialistes ont agrandi le point jusqu’ils se sont éclarés: sur l’écran s’est fait visible un… cornichon, “salionnii agourets” comme disent les Russes.

    – Ouais… c’est valable et pour d’autres…

   – Ce qu’il est plus triste c’est que le gouvernement de Chisinau met d’entraves à la Métropole de Bessarabie, pour la création de laquelle a eu lieu en 1992, la soi-disant “Route de la Croix”, dans laquelle les jeunes militants, dirigés par Vlad Ceremus, un Bessarabien, sont partis de Chisinau avec la destination de Bucarest.

    – Quelle est actuellement la stratégie des Russes?

   – D’atteindre la frontière européenne, l’isthme ponto-balte. Il sera difficile, car ils sont dominés des points des vue informatique, technologique et militaire par les Américains.

  – Mais ils peuvent chantager l’Union Européenne avec le gaz et pour ce faire, ainsi, un puissant allié contre les Américains, j’ai répondu.

  – Mais leurs revenus seront réduits de plus de la moitié, de sorte que les Russes ont un intérêt économique de ne pas fermer les vannes des gazoducs qui traversent l’isthme ponto-balte.

   L’argument me semblait solide et je me suis calmé, en pensant que c’était le début de l’hiver…

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)