Au-delà du Prout et plus loin… (15)

Souvenirs soldatesques

 

    Pour tout voyageur, les déplacements deviennent plus mémorables si ont lieu de contacts avec les hommes. Quand je suis parti dans l’année 2001 dans la République de  Moldavie, j’avait l’âme chargée par “la fièvre de voyage”, mais aussi par le désir de surprendre  “en direct” de sentiments, de pensées, de manifestations de tant nombreux que possible Bessarabiens.

    Par conséquent, je n’ai pas hésité à entrer en conversation avec un mendiant, à la porte d’une église à Chisinau, un samedi ensoleillé de mai. Je voulais donner l’aumône au premier mendiant rencontré dans la route avant d’entrer dans l’église. Je suis arrivé en face d’un invalide d’un pied, soutenu par deux béquilles, qu’il ait eu 50 ans, dodu, comme la plupart des personnes qui ont de difficultés de déplacement. Son visage pâle, fatigué, n’exprimait plus ni l’espoir, ni désir; il semblait froid et indifférent. Il regardait d’un air maussade vers le sol, comme pour ne pas dévoiler  quelque chose de douloureux, qu’on ne doit pas la dire, cachée dans l’âme. Une chemise décolorée, avec de longues manches, qui initialement  a été de couleur kaki, et un pantalon à qui une jambe a été pliée et attachée à la ceinture, formaient les éléments visibles de vêtements. Un soulier sans lacets chaussait le seul pied valide.

    Le monde ne s’entassait pas à entrer dans l’église à cette heure matinale. J’ai remis à l’homme un dollar. Je me suis présenté et, en réponse, j’ai appris que son nom est Pavel Pokornii (n.a. Humble). Il a vu, probablement, une certaine crispation sur mon visage, donc il a rapidement réactionné:

    – Je suis moitié Roumain d’après ma mère.

    – Cela signifie que vous avez bien appris la langue  russe.

    – Je parle russe parfaitement parce que je suis allé à l’école pour les officiers.

    – Avez-vous eu un accident de circulation?

   – Il y a une longue histoire et je ne sais pas si vous avez le temps d’écouter. Un coup de vent soudain est surgi, en rugissant métalliquement dans le haut clocher de proximité.

    – Oh, j’ai beaucoup de temps.

   L’homme a essayé de dire quelque chose, mais ses lèvres, prises par un petit frémissement, ne l’écoutaient pas. J’ai demandé:

   – Vous ne vous sentez bien? Vous voulez que nous nous soyons assis sur un banc?

   Pavel Pokornii a hoché la tête affirmativement. Nous sommes arrivés à un banc où nous nous sommes assis tout lentement.

    – Ma vie est devenue un enfer depuis j’ai été avec mon peloton à un champ de tir dans Boudjac. Il fallait instruire les recrues dans des conditions réelles de la guerre. Les obus étaient reglés à tomber à au moins 500 mètres de nous, après un vol de 30 kilomètres. Mais, durant  la fabrication, dans le tube d’in obus a été placée une plus grande quantité de poudre explosive, vous le savez, dans la hâte de l’émulation socialiste… et sa trajectoire a été plus longue. Boom! Je me suis revenu de l’état de choc à l’hôpital après avoir déjà été opéré.

    Pavel Pokornii a commencé a sangloter pour une courte durée, après quoi il a essuyé les yeux avec la manche de sa chemise.

   – Je suis resté invalide… Qu’est-ce que peut faire un invalide?

   – Mm, un travail léger, j’ai balbutié. Mais, vous n’avez pas votre retraite?

   – Oui, mais les pensions sont en retard en Moldavie et, pour couronner le tout, je suis tombé malade d’une cirrhose. Tout l’argent va aux médicements.

   L’histoire de l’ancien officier soviétique m’a chargé négativement et je voulais entrer dans à l’église, mais pas avanz de poser encore une question:

   – Avez – vous de la famille?

   – J’étais sur le point de me marier, mais cette histoire est longue. Vous voulez l’écouter?

   – Bien sûr.

   – J’étais officier et dans le congé d’un mois je pourrais aller n’importe où sur le territoire de l’U.R.S.S. chez ume “vaénnaïa gastinitsa”.

   – “Vaénnaïa gastinitsa”?

  – C’est-à-dire l’hôtel pour les militaires, où l’hébergement était gratuit. J’ai choisi Léningrad, où sont beaucoup de belles femmes apportées par les marins depuis l’époque de Pierre I.  Et comme ça, de génération en génération, on a atteint la plus forte densité de “krasavitsi”.

   – “Krasavitsi”?

   – Je suis grande gueule, je voulais dire “belles femmes”. Dans les yeux de Pavel Pokorni ont commencé à jouer quelques petites lumières, quand il parlait:

   – À l’hôtel s’organisaient soirées dansantes, où seules les femmes de Léningrad ont été autorisées à entrer et bien sûr les clients de l’hôtel. Je descendis au restaurant et j’ai vu plus de femmes que d’hommes. A un moment donné les lumières se sont éteintes et quelqu’un est venu par derrière et m’a couvert les yeux avec mes mains, puis s murmuré: “J’habits sur l’île Vassilievski Va tu me conduire à la maison?” Pendant ce temps, on a allumé la lumière et j’ai fait connaisance avec à Zoia Bezfamilnaïa, c’est à dire “Sansfamille”, que c’est comme ça qu’elle s’appellait, une komsomoliste belle, à mon goût, ce qui n’avait pas de caprices. Enfin, vers minuit, nous sommes partis à pied, vers sa maison. C’était le mois d’août et les nuits à Léningrad sont encore blanches. C’était très romantique, juste les moustiques nous embarassaient – véritables bestioles avec d’aiguilles dures et longues, commes de seringue, que passaient à travers le pantalon. Là, Neva se divise en deux, en embrassant la plus grande île des celles  101 du delta de ce fleuve. Quand nous sommes arrivés au bâtiment où habitait Zoia, les ponts mobiles sur la Neva ont déjà été soulevés pour permettre le passage des bateaux et je n’avais plus la possibilité de revenir à l’hôtel. J’ai passé la nuit chez elle, vous vous rendez compte.

    Une fois là, Paul Pokorni a commencé verser de larmes et, entre les  sanglots, a déclaré:

   – On devait se marier rapidement, mais le malheur est venu avec l’obus.

   – Voulez-vous que je vous aide avec quelque choses?

   Le pauvre homme a hoché la tête avec dégoût, alors j’ai lui dit au revoir et je suis entré dans l’église pour prier pour Pavel Pokornii, qui a été gravement blessé par un obus durant la paix…

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)