Au-delà du Prout et plus loin… (21)

Un Transnistrien athée et l’ombre d’Ilitch…

 

     Il y a dans le monde de zones étroites appelées bandes. Un exemple notoire est la “qita” (en arabe:  bande) de Gaza, qui a une largeur moyenne d’environ 10 kilomètres (sur une superficie de 378 kilomètres carrés), tellement  petite que les bateaux près de la côte méditerranéenne peuvent être vus de la terrasse d’un bloc d’appartements de la zone. Un exemple moins médiatisé est “lenta”  (en russe: bande) de Transnistrie, à laquelle la largeur moyenne est d’environ 20 kilomètres pour les 4163 kilomètres carés. Sur un telle courte distance, j’ai pu, cependant, remarqué quelques bases militaires, quand j’ai traversé dans le train  Chisinau – Odessa la soit – disant “Pridnestrovskaïa Moldavskaïa Respublika” (n.a. République Transnistrienne Moldave)! Ce voyage avec l’odeur  d’aventure mélangé avec l’arôme  de thé russe et l’émanation de vodka s’est passé dans l’automne 2001.

     …À une fenêtre du couloir du wagon – lit, je scrutais l’horizon avec un monsieur qui se tenait assez raide, avec le menton en haut et la poitrine élancée, malgré les 80 ans déclarés. Il avait ses cheveux coupés “pot”, d’un blanc étincelant, comme les fils  synthétiques non matisés. Ses yeux de couleur gris-bleuâtre jettaient  de regards durs, transperçants, même sans raison. Dans les rares moments quand il souriait, il découvrait ses dents anormalement blancs et uniforms, signe qu’il portait une plaque dentaire. Il avait une voix de basse et, avant de dire quelque chose, il avait l’habitude de donner un coup de pouce sous la mâchoire droite. Il s’appellait Mels Iosipovitch Moujtchina (n.a. Homme) et était Tiraspolean d’origine russe. Étonnamment, la langue roumaine lui n’était pas étrangère, ce que nous facilitait la communication.

     – Comment se fait que vous parlez roumain?

    – Très simple. Le territoire actuel de notre république transnistrienne a appartenu aux Roumains dans la période entre 1941 et 1944, lorsque le “fuhrer” Hitler a accordé à Antonescu, votre “conducator”, l’equivalent en roumain du “führer”, le droit d’administrer toute la région entre le Prout et le Boug. Ensuite, la zone située entre le Dniestr et le Boug a été nommée, par extension, aussi Transnistrie et a eu le chef – lieu à Odessa. Dans les trois années d’occupation roumaine j’ai eu beaucoup d’occasion de converser dans la langue de Mihai Eminescu.

   …Nous nous approchions de la ville, appelé “Benderi” par les Russes. Les passagers ont commencé à faire le signe de la croix.

    – Pourquoi les gens autour de nous font  le signe de la croix?

  – Parce que nous sommes entrés dans Tighina trouvée “de facto” sous notre domination, des Transnistriens. Chez nous est une  si forte densité de munitions appartenant à notre bien – aimé armée XIV, que le danger d’une explosion accidentelle de grande proportion est très élevé.

    – Mais vous ne faites pas le signe de la croix, remarquai-je.

    – Parce que je suis un athée, pas pour rien je m’appelle Mels.

    – Je ne vois pas le rapport.

   – Dans les années ’30 c’était à la grande mode ce nom, en étant l’acronyme des coryphées du marxisme -léninisme: Marx, Engels, Lénine et Staline.

    – Croyez – vous encore dans le communisme?

   – Moi, comme la plupart des Russes de Transnistrie, j’ai cru et je crois encore dans le communisme. En outre, dans l’emblème de notre pays se trouve encore les signes du marteau et de la faucille. Le territoire de la Transnistrie est “étouffé”, comme disent certains ennemies de notre État, de statues et d’autres symboles communistes de l’époque soviétique glorieuse. Eh bien, il m’a resté profondément ancré dans l’esprit ce que j’ai lu dans l’abécédaire dans la période de mon enfance, comme que “Lénine otdal svoï sili borbé za stchciasté naroda” (n.a. Lénine a consacré toute sa force pour le bonheur du peuple), a prononcé dans la cadence de mitrailleuse, seulement en russe, le  communiste retraité Mels.

   …Le train s’est arrêté non programmé juste sur le pont sur la rivière Dniestr, situé entre Bender et Tiraspol. Je sentais un léger balance et les eaux du Dniestr se voyaient, en venant tourbillonnates d’en haut, près de l’horizon. Les passagers sont sortis paniqués de couchettes à s’informer. “Vsio v pariadke” (n.a. Tout est en ordre) répètait en hautes octaves la contrôleuse de wagon. L’effet a été que le nombre de signes de croix ne cessait pas de croître. Même “tovarichtchi” (n.a. camarade) Mels a oublié qu’il est athée et il a imité dans les gestes les autres passagers. Pour aggraver les choses, plusieurs détonations ont heurté soudainement les tympans des passagers. Durant quelques minutes la confusion a été générale. J’ai cru qu’on a tiré avec un pistolet. Mon compagnon est passé par de mouvements rapides pour son âge au plan de réserve, en tirant une petite gourde plate, avec l’émanation de vodka artisanalle. Après il a siroté sans respirer la moitié de la panacée liquide, il s’est calmé et a eu envie de faire de  commentaires:

    – Nous, les Transnistriens, nous vivons dans un état permanent d’alerte après la guerre entre Chisinau et Tiraspol. Elle a commencé immédiatement après le 2 mars 1992, quand la République de Moldavie a été reconnue comme un membre de l’O.N.U. dans les frontières actuelles. Mais nous, aidés par les  cosaques bénévoles et les armes à la discrétion des depôts de l’armée XIV, nous nous sommes comportés comme de braves. À la suite des négociations entre les présidents Eltsine et Snegur, le 21 juillet 1992 a atteint un accord pour le cessez-le-feu. La République de Moldavie a demeuré avec les frontières intacts, mais notre république transnistrienne a obtenu le droit de se séparer dans le cas d’une annexion à la Roumanie…

   L’exposé du Transnistrien a été interrompu par de cris de quelques jeunes, qui sont sortis, en se chancelant,  de la couchette prochaine, en tenant dans les mains de bouteilles débouchonnèes, de lesquelles encore coulait “champanskoé” (n.a. champagne):

    – “Da zdravstvouïete Lénine! Da zdravstvouïete nach prezident Igor Smirnov! Da zdravstvouïete nacha armia!” (Vive Lénine! Vive notre président Igor Smirnov! Vive notre armée!)

    Pour moi, le mystère des détonations entendues quelques moments auparavant a été élucidé. Mais, d’autres mystères restaient à la file… La lampe d’Ilitch illumine encore… certains…

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)