Au-delà du Prout et plus loin… (23)

Les “sous-marins nucléaires” sibériens de Sébastopol

 

     Visiter à Sébastopol la base de sous-marins nucléaires,  devenue musée, signifie à regarder à travers les méandres du temps l’alternance inexorable de la gloire et de la décadence. Les ombres du passée de la ville portuaire  s’étendent à de nombreux horizons, y compris par – dessus les sommets des Carpates. J’ai enlevé une partie de la poussière deposée sur les pages de l’histoire de cette zone géographique à l’occasion d’un symposium scientifique, organisé à Sébastopol, en septembre 2001, par l’Université de Donetsk.

    Ce qui donne le charme et la position militaire stratégique à Sébastopol est le golf navigable, pénétré profondement sur la côte rocheuse de la péninsule de Crimée, pour une longueur de presqu’une dizaine de kilomètres. Le rivage de cette langue marine presente deux enfoncements principaux (le golf d’Artillerie et le golf du Sud), en faisant la zone centrale de la ville entourée d’eau sur trois côtés.

     …Les premières informations prises de la population locale sur Sébastopol, je les ai obtenu en nageant près de “pamiatnik zatoplennim karabliam” (n.a. monument aux navires coulés), situé à un jet de pierre de l’allée du digue de béton, transformée ad hoc en plage. Le soleil était très généreux et la mer calme et cristalline qu’on pouvait voir le fond rocheux, situé à quelques mètres de profondeur. Autour de moi se tenaient à la surface de l’eau par de mouvements lents trois dames, qui pourraient être grandes – mères, plutôt rougies que bronzées, avec le teint légèrement ridé, bien proportionnées, en ayant de casques en plastique transparent sur la tête, qui laissaient à voir les cheveux colorés, comme obligatoirement, en jaune; toutefois, de reines de bal dans leur jeunesse. Ils ont réalisé que je suis  étranger au moins de la ville à cause du fait que je n’étais pas venu avec un équipement spécifique de nage (je ne savais pas que les gens peuvent se baigner au centre de la ville) et la curiosité ou la vigilance envers les espions possibles les a exhortés à se diriger vers moi. Le dialogue a eu lieu en russe et en français, comme chacun avait appris à l’école.

    – “Pamiatnik oustanovlen na iskousstvennom ostrovké” (n.a. Le monument est situé sur une île artificielle), j’ai entendu à un moment donné.

     Sur une plaque de cuivre fixée au monument, couverte en partie de la rouille vert – de – gris et de cristaux argentés de sel, j’ai pu lire: “V pamiati karablei zatoplennih v 1854 – 1855 gg. dlia zagrajdenia vhoda na reïd” (n.a. À la mémoire de navires coulés dans les années 1854-1855 pour bloquer l’entrée dans la rade). Le texte m’a semblé ambigu; je n’étais pas certain si les navires ont été coulés par l’artillerie franco – britannique ou, intentionnellement, même par les Russes pendant la Guerre de Crimée. J’ai essayé de me clarifier, mais mes connaissances en russe et des dames en français étaient insuffisantes pour ces subtilités. Ensuite, j’ai fait de mon mieux pour expliquer à mes compagnes que, par la suite de la paix de Paris de 1856, les grandes puissances ont garanti l’existence des principautés de la Moldavie et de la Valachie, qui, après l’élection d’un souverain commun en la personne de Al.I. Cuza, se sont unis le 24 Janvier 1859, ce qui a signifié un grand pas vers la réalisation de la Roumanie. Les dames m’ont écouté comme trop débordées de nouveaux termes, non appris durant l’école. En échange, le dialogue est allé beaucoup plus facile quand on m’a expliqué que le monument a été faite en 1905 par le sculpteur estonien A. G. Adamson et  l’architecte russe V. A. Feldman.

     – “Eta voennii karabli, russkii ili ukrainskii” (n.a. Ce navire de guerre est russe ou ukrainien)? j’ai demandé à la vue d’un croiseur qui entrait dans le port, situé si proche qu’on  clairement distinguait les militaires alignés sur la poupe. Au lieu de me répondre, elles se sont mises à fredonner la même marche que les marins la chantaient. Je les ai demandé comment se fait qu’elles savent tellement bien la chanson. Elles m’ont répondu qu’elles toutes sont   d’épouses d’officiers de marine et qu’elles sont devenues de veuves

     – Veuves de guerre?

    – “Niet, ani otcheni mnogo liubili piti, panimaété” (n.a. Non, ils ont beaucoup aimé à boire, comprenez – vous)?

   Je les ai regardé mieux: elles ne se sont pas attristées (il est dit que les larmes des veuves se sèchent rapidement), mais, même, dans leurs yeux jouaient de lumières.

   – Vous – comme les sous – marins nucléaires, toujours en forme, j’ai essayé un compliment.

   – “Da, mi – kak iadernniié padvodniié lodki” (n.a. Oui, nous sommes comme des sous – marins nucléaires), je les ai entendu, en s’exclamant de plaisir.

    – “Vi – russkié ili ukrainskié” (n.a. Vous êtes de femmes russes ou ukrainiennes)?

    – “Mi – russkié iz Sibiri” (n.a. Nous sommes de femmes russes de la Sibérie).

   Ainsi j’ai appris que les jeunes officiers choisissaient de femmes d’après leur goût tout au long de l’Union Soviétique et ils n’ont pas été refusés en raison de la perspective de salaires relativement élevés et d’appartements gratuits sur le bord de la mer Noire.

    …J’ai pris la direction du golf de l’Artillerie, suivi à une courte distance de la troïka de ces “iadernniié padvodniié lodki”. Après quelques minutes, on est arrivé devant une immense construction blanche, la couleur de la plupart des bâtiments à Sébastopol, avec l’architecture de casino. On m’a dit:

     – “Eto – Dvarets Detstva i Iunosti – pastroénié kommunizma” (n.a. C’est le Palais des Pionniers et de la Jeunesse – construction du communisme).

    De là, j’ai eu la perspective de tout le golf de l’Artillerie, une copie réduite de moitié du Corne d’Or à Istanbul, mais en ayant tous les bâtiments nouveaux, et je  pensais que Sébastopol a bénéficié, d’une part, d’un afflux privilégié de fonds de développement venus de Moscou, et, d’autre part, d’une afluence sélecte de belles femmes de l’étendue l’Union Soviétique.

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)