Au-delà du Prout et plus loin… (24)

La mode “topless” à Sébastopol

 

     J’étais à Sébastopol, la ville interdite aux touristes jusqu’en 1996, lorsque la base navale militaire a été ouverte au public. Mais, à part l’intérêt pour la célèbre base de sous – marins nucléaires, transformée en l’objectif  touristique, j’ai eu le plaisir d’avoir un contact direct avec des personnes de l’ex – Union Soviétique. Les universitaires de Donetsk ont attiré dans le symposium de l’année 2001 plus de deux cents collègues, en particulier de la Russie, le Bélarus, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et, bien sûr, de l’Ukraine, en les proposant à passer un vrai  séjour de vacances sur le bord de la mer Noire, à la fin de la saison, dans les deux semaines de cette manifestation scientifique (!). Même dans ce monde sélecte, les langues occidentales de circulation internationale sont parlées avec beaucoup de difficulté; la langue russe est encore primordiale dans la documentation scientifique à l’est de l’isthme ponto-balte. Par exemple, parce que j’ai présenté ma communication en anglais, a été apportée une interprète ukrainienne.

     …Un jour, j’ai assisté aux débats d’une table ronde, dont les discutions se sont étendues tout l’après-midi. Là, j’ai rencontré Taras Hryvnitchouk, un professeur universitaire de Kiev, qui, à ma grande surprise, introduisait de mots roumains dans la conversation, parce que son grand-père maternel était de Tchernivtsi (n.a. Cernauti, en roumain, ville qui a fait partie de la Grande Roumanie).

     – Mon nom, Hryvnitchouk vient de “hryvnia”, c’est à dire gryvnia – notre monnaie nationale; nous, les Ukrainiens, contrairement aux Russes, prononçons souvent la consonne “g” comme un “h”, a tenu à m’informer l’universitaire. Il était un homme de près de 40 ans, de petite taille, dodu, avec taches de rousseurs, les yeux verts, chauve, imberbe, mais en compensation, avec une moustache rougeâtre énorme, en eventail.

     Comme un bon hôte, il m’a proposé de nous détendre, en visitant “rouini drevnevo goroda Hersonesa Tavritcheskovo” (n.a. les ruines de la localité antique d’Hersonesus en Tauride), fondée en 421 avant notre ère. Je savais que Tauride est l’ancien nom grec de la Crimée et que ses habitants sacrifiaient les naufragés tombés dans leurs mains.

     – Ce nom de Tauride est mentionné dans “Iphigénie en Tauride” d’Euripide, poète tragique grec, surnommé “le philosophe de la scène”.

     – Oui, bien sûr, j’ai consenti.

     – Une tragédie du même nom a écrit le poète, le savant et l’homme politique Goethe.

     – Exactement!

     – Un opéra homonyme a écrit Gluck.

     – Oui…

     – La colonie d’Hersonesus en Tauride a été fondée cinq siècles avant la Naissance du Christ.

     – Oh, intéressant!

     – Là – bas, Vladimir, grand prince de Kiev, a été baptisé en 988 dans l’église de Saint – Vladimir, dont il n’y a que des ruines. De ce lieu s’est répandu le christianisme dans tout l’Ukraine et en Russie.

    – Très intéressant!

    – Il y a aussi “tumannii kolokol” (n.a. la cloche de la brume), qui a été construite en l’honneur des grandes victoires de l’armée russe contre les Turcs dans la première partie du XVIIIème siècle. En 1855, elle a été prise par les Français comme un trophée de la Guerre de Crimée et emplacée “na soboré Parijskoï Bogomateri” (n.a. dans la cathédrale de Notre – Dame de Paris). Puis, en 1913, par de voies diplomatiques, on a réussi à rétablir la cloche “na sevastopoliskouiu zemliu” (n.a. sur la terre sébastopolenne).

    – Vous m’avez convecu, allons y!

    …Après une heure on est arrivé à l’extrémité sud -ouest de la ville, près des ruines, sur les rivages élevés et rocheux de la mer Noire. Le soleil était sur ​​le point de descendre sur la direction de la parallèle qui passe par la Crimée, l’île de Serpants et le delta du Danube; le rivage roumain se trouvait à moins de 300 kilomètres.

    – Belle vue, n’est-ce pas? L’Ukraine a été considérée comme la France de l’Union Soviétique et la Crimée – la Côte d’Azur de l’Ukraine.

   – Je suis accablé par le paysage, j’ai admis, quand mon regard a été attiré sur le pied de la falaise, où un petit golf se terminait avec une plage naturelle, qui semblait encore animée pour cette heure tardive.

    – “Eta edinstvennii pestchianii pliaj iz Sevastopolia” (n.a. Cette – là  est la seule plage de sable à Sébastopol), est revenu à la langue russe Taras Hryvnitchouk.

    On est descendu sur une autre route, qui passait près de la plage. À la lumière rougâtre du coucher du soleil, j’ai commencé à remarquer que sur la petite surface de sable on portait la mode “topless” (n.a. seins nus)… Je me sentais comme un timonier de l’antiquitè, qui, à l’écoute de chansons de sirènes, je dirigeais mon bateau vers la côte plissée et rocheuse d’Hersonesus, en risquant de le briser. Mon guide ex – soviétique n’a pas perdu l’occasion d’intervenir:

    – Maintenant, vous avez compris combien  profonde a été notre perestroïka.

    Tout en cherchant la célèbre base militaire navale, je suis tombé sur d’autres risques, representés par ces “sous -marins” charnels, ou bien, sirènes charnelles; je ne m’attendais pas à ce que “pestchianii pliaj” de Sébastopol se ressemble si bien à certains égards à la plage de Tahiti sur la Côte d’Azur, où Brigitte Bardot dans les années ’50 a exposé ses nichons pour la première fois, en inaugurant, ainsi, la mode “topless”.

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)