Au-delà du Prout et plus loin… (25)

Sébastopol, le 11 septembre 2001

 

     J’étais depuis quelques jours à Sébastopol, mais je n’étais pas arrivé à voir les sous – marins nucléaires. Le programme a été chargé – le matin se tenaient les communications scientifiques, et l’après-midi avaient lieu les tables rondes. J’avais presque oublié cet objectif touristique, quand les organisateurs ont invité tous les participants à un voyage gratuit en bateau dans les golfs intérieures et extérieures de Sébastopol, y compris à la base de sous-marins nucléaires de Balaklava, l’une des trois villes satellites (avec Inkerman et Kacie).

     …3 heures, l’après-midi. J’attendais sur la première marche,  d’en bas, de l’ensemble  architectural de pierre blanchâtre,  ensemble architectural appelé “Grafskaïa Pristani” (Le Quai du Comte), qui luisait aveuglement dans le soleil de septembre. La construction incluait deux éléments principaux: un escalier large d’environ 30 mètres, avec 36 marches, qui menait à la deuxième composante – une colonnade linéaire, formée de 12 colonnes toscanes, disposées en deux rangées, délimitées à chaque extrémité par un poteau massif, de section carrée, chaque côté en ayant quatre niches, chacune avec une statue de marbre. Deux lions en grandeur naturelle, aussi en marbre, faits par le sculpteur italien Ferdinando Pellichio, bordaient l’extrémité inférieure de l’escalier. Il y avait encore une demi – heure avant le départ du bateau. J’ai vu, en s’approchant avec de petits pas, l’universitaire kiévien Taras Hryvnitchouk. Je le connaissais  depuis quelques jours et il parlait un peu en roumain.

    – Sébastopol vient du mot “sebastos”, qui signifie “auguste”, cette épithète pour les monarques de l’antiquité, et du mot “pol”, qui se traduit par “ville”, les deux en étant de mots grecs, ainsi que Sébastopol peut être traduit par “Augusteville”, a fait le Kiévien un peu d’étymologie.

     La sirène du petit  bateau nous a annoncé que nous pouvons nous embarquer. Le temps s’annonçait serein; seulement quelques peluches de nuage restaient immobiles sur le ciel bleu. En attendant le départ, le professeur a continué la présentation commencée sur la terre ferme:

     – Sébastopol a été fondée en 1783 par Catherine II, après que la Crimée a été annexée à l’Empire Russe à la suite de victoires obtenu contre les Turcs par l’armée dirigée par le prince Grigori Alexandrovitch Potemkine, qui était le favori et conseiller de la reine.

     – J’ai entendu seulement du cuirassé “Prince Potemkine de Tauride”, dans lequel a eu lieu entre le 14 et le 24 juin 1905 l’insurection des marins. Ils se sont livrés au  port roumain de Constanta, en recevant puis l’asile politique, tandis que le navire a été remis aux autorités russes.

    – Sébastopol a une position stratégique, qui la fait difficile d’être conquise. Ainsi, l’artillerie de la flotte franco – britannique a bombardé la ville pendant 349 jours jusqu’à ce que le 8 septembre 1855, l’armée tsariste s’est rendu.

     – Au cours de la Guerre de Crimée, j’ai completé.

    – En outre, Sébastopol a été déclarée ville – héros parce qu’elle a résisté du 30 octobre 1941 jusqu’au 4 juillet 1942 à l’attaque combinée des troupes allemandes et roumaines, dirigée par le maréchal Erich von Lewinski  von Manstein. Par la suite, les troupes soviétiques ont eu  besoin de seulement 30 jours, jusqu’au 12 mai 1944, pour entrer en Sébastopol. Le bombardement a  été tellement intense que le nombre des maisons restées entières pouvait être compté sur les doigts d’une main.

    – Oui, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, aux batailles d’attaque et de défense de Sébastopol ont participé plus de 50.000 soldats roumains, dont environ 4.000 sont restés dans les cimetières environnants, ensuite détruits par les autorités soviétiques, j’ai ajouté.

     Enfin on est parti. A la sortie du golf, sur la côté droite, je voyais une longue casemate d’au moins une centaine de mètres, avec deux rangées de fenêtres pour de canons et de mitrailleuses. Le bateau a viré à gauche et a commencé à naviguer le long de la côte de calcaire de la Crimée. Déjà je voyais le “maïak” (n.a. phare) sur “Mas Hersones” (n.a. le cap Hersonesus). Le paysage était sauvage, le résultat des batailles féroces entre les vagues et les hauts rochers. Les eaux de la mer Noire balbutiaient sur d’événements connus ou depuis longtemps oubliés.

     – L’Ukraine est la France de l’espace ex-soviétique et la Crimée – la Côte d’Azur de l’Ukraine, a trouvé le temps de me rappeler mon ami kiévien.

     …Le bateau est arrivé dans les eaux du petit golf tortueux de la base de sous-marins nucléaire GT825, située à 15 kilomètres au sud-est de Balaklava. Sous le rocher épais de 50 mètres, j’ai vu la partie supérieure de deux portes fermées.

     – Là – bas est l’entrée du hangar souterrain avec une superficie d’environ 300.000 mètres carrés, le plus grand dans le monde, pour de sous-marins nucléaires.

     – Mais, “daragoï” (n.a. cher) Taras, ces cylindres métalliques sont de sous-marins?

     – Je suis désolé, je sais que vous voudriez voir au moins un sous-marin nucléaire, mais ce que vous voyez sont les bords d’énormes quais flottants utilisés au passé pour de différentes réparations. Les sous-marins nucléaires sont allés à d’autres endroits ou ont été donnés à la ferraille.

     Moi, sependant, je n’étais pas faché. En tant que touriste, je n’avais pas touché un objectif. Toutefois, il me semblait qu’une des angoisses de l’homme moderne – la guerre nucléaire, est sortie de mes pensées. De cet état, je ne me suis pas réjoui trop longtemps. Le soir j’ai vu à la télévision “braking news” avec les images terrifiantes de l’effondrement des Tours Jumelles à New York. C’était le 11 septembre 2001 comparable, il semble, au 7 décembre 1941, quand l’attaque par surprise sur Pearl Harbor a causé de lourdes pertes dans les rangs des Américains, ce qui a provoqué l’entrée des États-Unis dans la guerre contre le Japon et la première utilisation d’armes nucléaires. Cette fois, les Américains ont déclaré la guerre contre le terrorisme islamique et l’histoire pourrait se répéter. Même aux proportions plus grandes!

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)