Au-delà du Prout et plus loin… (27)

Le palais Vorontsov

 

     …On a parcouru 60 des 77 kilomètres d’entre Sébastopol et Yalta. L’autocar est entré dans le parking du palais Vorontsov, à Aloupka. Les passagers se préparaient à descendre. Seulement le professeur universitaire moscovite Iosif Vissarionovitch Tasklivii, gringalet, à la veille de la retraite, continuait le sommeil bacchique dans les bras de sa blonde épouse, superbement planturoase, véritable modèle du genre… Mon traducteur bénévole, l’universitaire Taras Hryvnitchouk continuait son “documentaire”:

     – Le palais Vorontsov a été la résidence de la délégation britannique à la Conférence de Yalta, dirigé par le Premier ministre Churchill, dans la période 4 – 11 février 1945.

    – Qui a été Vorontsov?

    – Vorontsov a été le nom d’une des plus riches familles de l’Empire Russe. De palais Vorontsov se trouvent dans presque toutes les grandes villes: Saint – Pétersbourg, Kiev, Odessa. Ce bâtiment a été commandé par Mikhail Semyonovich Vorontsov, ancien gouverneur de la province de Novorossisk, à lequel on a travaillé entre 1826 et 1846.

   Par une allée bordée de cyprès on est arrivé à la porte ouest de l’entrée dans palais. J’ai entendu un  morceau de la présentation du guide dans la langue, disait – il, moldave:

    – Cette porte est construit dans le style néo – gothique tardif. Le projet a été conçu par l’architecte anglais Edward Blore, qui ont participé à la réalisation du palais de Buckingham à Londres et le château d’Écosse de l’écrivain Walter Scott. Ici vous allez reconnaître le style architectural Tudor, le nom de la bien connue dynastie du trône de l’Angleterre entre 1485 et 1603, à laquelle sont ajoutés certains éléments du gothique tardif et d’influences de la Renaissance italienne et allemande. Mikhail Semyonovich Vorontsov a voulu avoir à la maison, disons, un coin anglais, parce qu’il a passé de nombreuses années de son enfance à Londres, où son père a été ambassadeur. Dans le milieu de la côte sud est un ensemble architectural appelé “Alhambra”, formé d’un porche de style mauresque et une terrasse extérieure, appelée  “la terrace des lions”,  contrairement à Alhambra, rendu célèbre par ses cours intérieures, comme “la cour avec de  myrtes” ou “la cour des lions”.

    On est entré par la porte ouest dans un parc à l’anglaise, étendu sur au moins dix hectares, qui, bien artificiel, réussisait sembler tant que possible naturel, en ayant un relief diversifié, même quelques petites chutes d’eau. Sur une plaque de bronze était écrit en russe et en allemand: “Du décembre 1824 à l’avril 1851 dans le parc Vorontsov d’Aloupka a travaillé le botaniste – jardinier allemand et le jardinier en chef du rivage sud de la Crimée, Karl Antonovich Keebah (Sigmaringen 7.08.1799 – Livadia 05.05.1851)”.

    Au milieu du parc, un immense palais aux murs crénelés et marqués à intervalles avec de bastions cylindriques dans les coins et parallelipediques sur les  côtés. L’image était de carte postale typique de l’Écosse, si on ferait l’exception de nombreux palmiers, de cyprès hauts et d’arbustes de magnolia. Le Kiévien a commenté:

     – Il est difficile d’imaginer un lieu plus romantique, un vrai Eden terrestre.

     On est arrivé sur les marches du monumental portique   de sud, situé à l’entrée dans une niche en forme de “U” avec des murs blancs et chargée d’arabesques. Au – dessus, une voûte comme le ciel bleu serein. Au milieu de chaque mur, à une hauteur d’environ cinq mètres – un petit balcon en bois brun. Au – dessous, sur la frise du mur   demi-circulaire de l’arrière, j’ai vu une inscription en arabe, répétée six fois: “La Rabih ila Allah”. Le traducteur de Kiev m’a demandé:

     – Pouvez – vous me traduire?

     – Oui, je pense qu’il est écrit: “Il n’y a pas un autre vainqueur qu’Allah”.

    Les marches étaient bordées de chaque côté d’un socle de pierre blanche, sur lequel trônait un lion  à l’état d’éveil.

      On est descendu sur la terrasse grande qu’on pourrait tourner un autocar, bordée d’une balustrade semi-circulaire, de pierre décorée avec des pots de marbre blanc, en forme de coupe. Sur la gauche il y avait une svelte fontaine, aussi en marbre blanc, avec une tige qui supporte deux plateaux. Le Kiévien a jugé nécessaire d’intervenir:

     – Cette fontaine est semblable à la “fontaine de larmes” de Bakhchisaray, que Pouchkine l’a immortalisé dans ses poèmes.

      – J’ai entendu, il me semble, de Bakhchisaray…

      – Bakhchisaray a été la résidence des khans des Tatars de Crimée jusqu’en 1783.

   Après un certain temps on a commencé à descendre de la terrasse sur les marches qui menaient directement au bord de la mer Noire, baigné par les vagues. Chaque rampe de l’escalier de pierre marquait l’un des trois niveaux horizontaux d’environ six mètres de long. Au premier niveau il y avait un lion, comme réveillé du sommeil. Le deuxième niveau comprenait un long pot de fleur, executé en marbre. Le troisième niveau était dominé, étonnamment, d’un lion paresseux, en dormant dans son poste de garde. L’Ukrainien est venu avec d’autres informations utiles:

    – Les trois paires de lions sont sculptés en marbre de Carrare par l’Italien Vittorio Bonanni. Certains d’entre eux sont similaires à ceux éxecutés par Antonio Canova et posés sur le tombeau du pape Clément VII.

    …L’autocar est revenu rapidement; le même jour on avait à visiter Yalta. Le Moscovite Tasklivii était encore endormi, comme l’un des deux lions de marbre au niveau inférieur de l’ensemble architectural “Alhambra”. J’ai vu le palais où a été hébergé Churchill. Par la suite on devait voir les résidences temporaires de Roosevelt et Staline. De l’histoire plus ou moins ancienne…

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)