Au-delà du Prout et plus loin… (31)

Sur les traces de Demostene Botez à Moscou

 

     Demostene Botez, écrivain et journaliste, Héros du Travail Socialiste, lauréat du Prix d’Etat, membre de l’Académie de République Populaire Roumains, l’auteur du volume du poème “Les fleur de la Terre”, dans lequel il a célébré  l’ennui et le tragique provincial, n’aurait pas entré à mon attention s’il n’aurait pas écrit “À travers l’U.R.S.S,” un journal de voyage publié en 1962 sous l’égide d’Editura Tineretului (n.a. Maison d’Édition de la Jeunesse) de Bucarest.

   J’ai eu l’occasion de visiter Moscou après environ deux décennies du passage par là du maître de la louange des  réalités socialistes du pays ou de la zone d’activité du Conseil d’Assistance Économique Mutuelle avec le siège à même un kilomètre du Kremlin.

     Avec l’intention de suivre, dans la limite du programme du voyage organisé en Aôut 1979 par O.N.T. (n.a. Oficiul National de Turism: l’Office National du Tourisme), le trajet parcouru par Demostene Botez, je suis arrivés à “Gassoudarstvennii Universalinii Magasin” (n.a. Magasin Universel d’État), magasin sur lequel j’avais lu dans la courte nouvelle “G.U.M.”: “En visitant avec attention «G.U.M.». tu peux écrire de tomes entiers sur la supériorité du système socialiste (…) Ici il y a une exposition permanente de la vie multiple d’un grand peuple en plein essor”. Cependant, en 1979, une vitrine entière, qui pouvait être vu par de clients potentiels trouvès dans la Place Rouge avoisinante, était occupée exclusivement de chemises fabriquées à Braila. Qu’est ce – qu’il reste, alors, de la supériorité d’un “grand peuple en plein essor?” Plus loin, le  lauréat du Prix d’Etat se confesse: “C’est un véritable musée ce magasin (…) Il est facile de comprendre pour quoi je suis resté dedans une demi-journée (…) Après un certain temps, je suis parti, bien sûr. Mais de combien de fois j’y suis revenu? J’ai visité dans une journée tant de choses, une usine, un colhoz ou un musée, mais puis, je trouvais du temps pour faire encore un tour chez «G.U.M.»” Beau programme touristique,  dans le temps libre, faisaient pour eux les écrivains roumains, invités par leurs  homologues moscovites dans l’époque de Gheorghiu – Dej et Khrouchtchev! Lors de ce voyage, j’ai acheté un vélo pour l’enfant, un appareil aspirateur au désir de ma femme et  un petit télévisieur, de cuisine, aussi à la suggestion de ma femme. Mais voici ce que Demostene Botez a acheté: “Que ce soit une radio, un magnétophone ou un  téléviseur, je le dépaqueté dans la solitude de la chambre, si non pour l’essayer, au moins pour mettre la main sur lui et de l’étudier plus attentivement.” S’il n’a pas acheté le vélo d’enfants et l’appareil aspirateur, est – ce que  le Héros du Travail Socialiste est moins familliste que moi? Ou, pour des considérations d’éthique socialiste, le membre correspondant de l’Académie de l’ancienne République Populaire Roumaine a préféré de ne pas mentionner toute la liste d’achats?

      J’ai visité le Kremlin, qui ni Demostene Botez n’a pas  eu l’intention de le contourner, de qui a écrit dans la courte nouvelle “Kremlin”: “Mais le Kremlin (…)  n’est pas seulement Moscou, Il est l’Union Soviétique, il est son cerveau, sa force conductrice, parce qu’ici, dans le Grand Palais, est le siège du Soviet Suprême de l’U.R.S.S.” Moi, aussi j’ai vu que “dans le sommet de cinq de ces 20 tours, dans l’année 1937, on a installé une étoiles gigantesque de rubis, placée sur roulements à billes spéciales, ainsi qu’elle puisse se tourner facilement dans la direction du vent”. Mais ce qu’il n’a pas vu ou n’a pas voulu voir le maître de la louange des  réalités socialistes est l’esprit religieux du peuple russe. Voici un échantion: “En dehors, je m’arrête dans la place des Cathédrales, si plein du passé, incarnations d’époques et de mentalités, lesquelles je ne les comprends plus. Je cherche de les séparer entièrement  de leurs multiples significations et de les regarder seulement comme une victoire de la main d’homme, de sa soif de la beauté et de son audace (…) Le peuple russe, avec une accablante vie intérieure, a toujours été possédé par l’idée de commettre de grandes choses”. Et c’est tout. Rien sur la piété du peuple russe… bravo!

     Demostene Botez a été hébergé à l’hôtel “Leningrad”, dequel il écrit: “La voiture s’arrête devant un gratte  – ciel, du gendre de Casa Scanteii (n.a. Maison de l’Étoile – bâtiment construit à Bucarest dans le style des sept hauteurs staliniennes de Moscou), mais avec 21 étages (…) Tous les meubles, de pieds des fauteuils et des chaises dans les halls aux lustres ordinaires dans les chambres, étaient chargés avec de motif en bronze. Soulever, déplacer d’un endroit  un fauteuil ou une chaise est un problème pour le plus solide homme, tellement massifs sont leurs pieds en bronze”. J’ai vu l’hôtel “Leningrad”, mais à l’extérieur et je l’ai confondu, dans mon ignorance, avec l’Université “Lomonosov”. En échange, l’auteur du livre “À travers l’U.R.S.S.” n’a pas dormi, ni au moins a visité l’hôtel “Sébastopol”, érigé il y a peu de temps par une grande entreprise de construction de Roumanie, où ont été logés les touristes roumains, comme si pour être punis, si mal était la finission: dans la salle de bain le crépi du plafond était sur ​​le point de tomber, les robinets avaient la couche de nickel en cours d’exfoliation, beaucoup de carreaux de faïence étaient déjà détachés Je suis curieux de savoir comment Demostene Botez aurait réussi d’apporter de louanges à l’émulation socialistes, qui a animé les constructeurs de l’hôtel “Sébastopol”!

    En ce qui concerne le métro de Moscou, je suis d’accord avec l’affirmation de la courte nouvelle “Le métro”: “Avec cinq kopecks (…) tu peux aller n’importe où, peu importe la distance à parcourir”. Après deux décennies le prix d’entrée dans le métro est inchangé! Mais je ne peux pas accepter l’allégation: “Habituellement, le souterrain évoque quelque chose de morose, triste et inesthétique. De ça n’échape ni le métro de Paris (…) Seulement pour  le métro de Moscou, ça n’est pas vrai”.

     Quant sur la “Lune d’amitié” roumaino – soviétique ou le “Train de l’amitié” évoqués par Demostene Botez dans  “À travers l’U.R.S.S.”, ils ne sont plus à la mode. Mais tout change en permanence. La spirale de l’histoire peut nous conduire à la même génératrice, mais sur un plan supérieur.

 Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)