Au-delà du Prout et plus loin… (32)

 

De Moscou à Kourgan

 

     Tout voyageur arrivé à l’aéroport “Domodedovo”, se souvient, certainement, que Moscou est la capitale d’un pays immense qui entoure par le nord tout le continent asiatique, tellement est grand le nombre de ceux avec les yeux “bridés”. En 1988, l’aéroport “Domodedovo” était destiné, notamment, pour les vols intérieurs, une sorte d’aéroport”Baneasa”, mais à l’échelle d’au moins dix fois plus grande. Les destinations des vols étaient les vastes territoires au – delà des montagnes de l’Oural ou d’autour des montagnes du Caucase.

     J’étais avec ma femme Ella et fils Edy. On était arrivé de Bucarest à l’aéroport “Cheremetievo-2”, une construction ultra-moderne, où le plafond était orné de petits tuyaux de cuivre, montés verticalement, les unes à côté des autre, en donnant l’impression d’un immense orgue de cathédrale. Le transfert à l’aéroport “Domodedovo” on l’a fait  avec un autocar à minuit, lorsque le trafic est reduit, en traversant Moscou de l’ouest vers l’est et en passant juste à côté des murs du Kremlin. C’était une promenade d’environ 100 km sur de larges boulevards, bordés de blocs massifs ou des parcs avec de bouleaux. Il était impossible d’identifier quoi que ce soit, seulement les tours et les clochers des églises du Kremlin m’ont donné l’impression de “déjà vue”. En 1979, j’avais visité le cube de granit, dans lequel se trouve la momie de Lénine, j’avais vu les bustes en bronze près des tombes des principaux dirigeants du Parti Communiste de l’Union Soviétique, situés à l’ombre des murs du Kremlin. A un moment donné on a ouvert une vaste place, au bout dequelle se trouve un bâtiment intensément illuminé – le bâtiment principal de l’aéroport “Domodedovo”.

     Si le monde de l’aéroport “Cheremetievo-2” était assez pimpant, en prenant les repas surtout dans de restaurants ou cafétérias, “Domodedovo” faisait l’impression d’une gare routière de la Roumanie “dejiste” (n.a. de l’époque de Gheorghe Gheorghiu – Dej) ou “ceausiste” (n.a. de l’époque de Nicolae Ceausescu), où les voyageurs, dans leur grande majoritè, mangeaient rustiquement, de paquet, sur les journaux étendus où il a avait de la place, même si on tachait les photos des soi – disant “ofitsialniie litsi” (n.a. chefs du parti et de l’état). Le visage de Gorbatchev s’entrevoyait à travers de restes de pain, d’os de poisson ou d’autres créatures, peut-être, de renne, d’écorces de melon ou de grenades, des bouteilles vides de vodka ou de sacs en plastique (n.a. en U.R.S.S. ne se produisaient de bouteilles en plastique, qui dans l’Occident depuis longtemps remplisaient les pubelles), dans lesquels on a acheté de la bière ou du kvas frais et froid de kiosques de l’extérieur de l’aéroport. C’était un va – et – vient de groupes hétérogènes d’ethnies, habillés plus ou moins dans de vêtements populaires, certains même avec de manteaux de fourrures coûteux, peut-être par coquetterie ou de nécessité, préparés pour l’atterrissage dans de zones subpolaires, malgré le fait qu’à Moscou était assez chaud pour un crépuscule d’été.

     J’étais avec ma femme Ella et mon fils Edy. On devait prendre un vol à la destination de Kourgan, au-delà de l’Oural. Comme la Sibérie était une attraction touristique mineure, à “Domodedovo” on devait connaître la langue russe pour obtenir d’informations. Heureusement j’ai étudié cette langue depuis la IVème année. Nous nous sommes assis sur un banc dans une de nombreuses salles d’attente. J’entendais parler à haute voix de langues tout à fait  étrangères pour moi. J’aurais dit que c’est une tour de Babel de l’amitié des peuples soviétiques, si un enfant arménien ne s’aurait pas disputé avec un enfant blond, en lui criant ironiquement en russe: “Rousse, Rousse, koukourouz” (n.a. Russse, Russe, maïs).

     On est arrivé au terminal  d’où on devait se déplacer en bus à l’avion. Un dispatcher invisible annonçait par les haut – parleurs que les passagers doivent se présenter à la porte avec les billets en main. Il y avait un quart d’heure, et notre vol n’avait pas été annoncé; c’est – ce que nous pensions. Il a été un moment de panique. J’ai insisté auprès une employée de l’aéroport, qui m’a dit que notre avion est prêt à voler. Aimable, elle a donné un coup de téléphone et une petite voiture nous a emmené à l’escalier de l’avion, où ne s’avait pas encore terminé l’embarquement. Heureusement pour nous que la “Domodedovo” on ne travaillait dans de rythmes stakhanovistes. Après nous se sont arrivés quelques groupes de passagers.

     …L’avion a décollé une heure de retard. Plus profondement on entre en Russie, plus le rythme de la vie quotidienne est moins trépidant, les gens ne se pressaient, comme dans l’Orient, comme s’ils n’auraient pas entendu parler de l’héroïsme et de l’abnégation au travail, louées par la propagande socialiste. En outre, dans l’avion, le repas a été servi tard, sur le point d’atterrir avec le plateau – repas en face.

     …On est parti à midi de Moscou et, après trois heures de vol, on est arrivé à Kourgan à 6 heures après – midi; on a perdu trois heures en raison de la modification de fuseau horaire. Par la fenêtre, j’ai vu le bâtiment principal de l’aéroport de Kourgan, en ayant les dimensions de celui de Bacau. Quand je suis sorti de la fraîcheur assuré par l’installation de l’air conditionné de l’avion, j’ai eu la désagréable surprise d’inspirer de l’air étouffant, qui, comme je vais l’apprendrre plus tard, avait 40 degrés Celsius à l’ombre. La Sibérie nous a acceuilli autrement que nous avons expecté. Et il y a eu de nombreuses surprises, notamment de la part de soi – disant constructeurs du communisme, “conscients de la grandeur de l’œuvre qu’ils accomplissent”, pour citer encore une fois le maître de la “langue de bois”…

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)