Au-delà du Prout et plus loin… (5)

George Bacovia à Chisinau

 

     Dans un début de septembre 2001, j’étais en transit à Chisinau en route vers Sébastopol. J’étais arrivé le matin de la Roumanie et le train international vers l’Odessa partait l’après-midi. À la gare m’attendait l’omniprésent Ion Carteputreda, qui m’a proposé que dans les environ six heures d’attente visitions, entre autres, l’Allée des Classiques dans le jardin publique Stefan cel Mare si Sfant (n.a. Étienne le Grand et le Saint). Nous sommes arrivés à pied à la statue de Stefan cel Mare si Sfant, située à l’intersection du boulevard Stefan cel Mare si Sfant et la rue Gavril Banulescu – Bodoni, d’où s’ouvre le jardin public Stefan cel Mare si Sfant. Nous avons continué la promenade sur le boulevard encore environ 20 mètres et nous avons rencontré une autre entrée dans le jardin public. De là, perpendiculaire au boulevard, partait une allée asphaltée, d’environ huit mètres de large,  bordée de bancs.

     – Ici est un bout de l’Allée des Classiques, qui a été inaugurée en 1958, a commencé le professeur la “conférance”. L’autre bout est à environ 300 mètres, sur l’autre côté du jardin, situé le long de la rue 31 Août 1989. Au milieu de l’allée est la statue d’Alexandre Sergueïevitch Pouchkine, depuis 1885. La moitié de l’allée, celle vers le boulevard Stefan cel Mare si Sfant, comprend 12 écrivains nés sur le territoire  carpato – dniestrien: Vasile Alecsandri, Gheorghe Asachi, Dimitrie Cantemir, Ion Creanga, Alexandru Donici, Mihai Eminescu, Bogdan – Petriceicu Hasdeu, Alexandru Hajdeu…

        –  Le nom me semble connu…

      – Oui, l’archéologue, le biologue, l’historien, le poète, le bilingue roumain – russe Alexandre Hajdeu, qui est le père de Bogdan – Petriceicu Hasdeu.

      – Continuez avec la liste de 12…

     – Après Alexander Hajdeu, suivent dans l’ordre alphabétique Nicolae Milescu Spataru, Costache Negruzzi, Alecu Russo, Costachi  Stamati…

    – Costachi  Stamati?

   – Oui, le poète et le traducteur de quelques œuvres russes a vecu entre 1786 et 1869. Dans sa maison de Chisinau est venu en visite souvent Pouchkine pour se distraire en pas de dance ou en s’entraînant à l’escrime dans la période entre 1821 et 1823, quand il a été exilé  de Moscou. Après 1989 a été completée et l’autre moitié de l’allée avec les écrivains: Tudor Arghezi, Lucian Blaga, George Calinescu, George Cosbuc, Mircea Eliade, Octavian Goga, Mihail Kogalniceanu, Alexei Mateevici…

    – Il me semble que j’ai entendu…

   – Alexei Mateevici a composé, entre autres, le poème “Notre langue”, qui a été repris dans l’hymne de la République de Moldavie.

    – Autres écrivains?

    – Mihail Sadoveanu, Nichita Stanescu, Constantin Stere et Nicolae Iorga.

    – Pourquoi vous n’avez pas mentionné Nicolae Iorga dans ordre alphabétique?

    – Parce que le buste du grand historien n’est pas sur l’Allée des Clasiques, mais un peu plus loin, en dehors du bord du Jardin Public Stefan ce Mare si Sfant, à l’intersection des rues Nicolae Iorga et Bucarest. Le plus recent est le buste de George Bacovia.

    – Quelle agréable surprise!

   – Bien sûr, George Bacovia votre concitadin a une statue ici, à Chisinau, exécutée par le sculpteuse Milita Patrascu, qui a été une apprentie de Constantin Brancusi entre 1919 et 1922. L’inauguration a eu lieu cette année, le 31 Août, la journée nationale des Moldaves appelée “Notre Langue”.

   …Nous sommes arrivés à la statue de George Bacovia située sur la partie gauche dans le sense de marche vers la rue 31 Août 1989. Sur le socle haut d’environ deux mètres, de marbre noir, il y avait l’inscription: “George Bacovia – 1881-1957”. La base était une plaque de granit rose et la statue de bronze. Le visage de bronze foncé, allié avec beaucoup de plomb, était gâté par quelques rayons  ludiques du soleil, filtrés à travers le feuillage d’au-dessus, en le rendant gai, il semble, en  sortant le poète de l’état de “la peur de l’existance”.

    Le professeur Carteputreda est intervenu:

   – Cette allée est un symbole de la roumanité du territoire prouto – dniestrien. Pour cette raison n’ont pas manqué les réactions russophiles les plus diversifiées. Il y a quelques années le buste de Lucian Blaga a été détaché du socle et jeté sur un terrain vague. Maintenant, il y a le soupçon que l’emplacement de la statue de Liviu Rebreanu sera reporté aux calendes greques.

   Je pensais que, cependant, à Chisinau on a réussi l’amenagement d’une allée avec 25 écrivains roumains, ce qui signifie que le roumanisme existent encore en Moldavie, que des écrivains comme Tudor Arghezi, Lucian Blaga, George Călinescu, George Coşbuc, Mircea Eliade ou Octavian Goga ne peuvent pas associés dans aucun cas à la soit – disant langue “moldave”, invoquée dans le dernier temps par le pouvoir communiste de Chisinau. C’est peut-être pourquoi, même à ce jour le buste de Liviu Rebreanu n’a pas été installé sur l’Allée des Classiques… Peut-être, l’auteur de tant de chefs-d’œuvre, né en Transylvanie, n’aurait pas été considéré suffisament… comme Moldave!

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)