Au-delà du Prout et plus loin… (6)

Les vendeuses de semences de Chisinau

 

     Jour ensoleillé du mai 2001, dans le parc Ghidichici, situé à une distance de 12 kilomètres de Chisinau, vers nord – ouest. Du parking, le long d’une allée on pouvait voir la plage du bord du lac Ghidichici, aménagée par simple essartage. À côté de moi était, comme d’habitude, Ion Carteputreda, le tout connaisseur:

    – Chisinau est peut-être l’une des rares capitales européennes où la moitié du territoire est représentée par l’espace vert.

    – En effet, j’ai remarqué la myriade d’arbres, même dans le centre de la métropole. Quand j’ai traversé la ville en taxi pour venir ici, j’ai eu l’impression que je traverse un immense parc, parsemé ici et là d’agglomérations de bâtiments.

    –  À Chisinau sont, à part celui – ci,  autres sept parcs: le jardin public Stefan cel Mare si Sfant (n.a. Étienne le Grand et le Saint), le square de la Metropolie, Valea Morilor (n.a. Vallée des Moulins), Valea Trandafirilor (n.a. Vallée des Roses), Alunelul et Rascani. Le plus grand est le parc Ghidichici, qui couvre une superficie de 1.000 hectares et peut recevoir 30.000 visiteurs en même temps. Il a été inauguré dans les années ’60.

    – Par ailleurs, d’où vient le nom de Chisinau?

   – Il semble que d’une source d’eau appelée “Chisanea”, trouvée sur le rivage de la rivière Bac.

   – Quel est la plus ancienne attestation documentaire de Chisinau?

   – Les avis sont partagés. Il semble que le plus ancien c’est un document de 1466, par lequel Stefan ce Mare si Sfant a donné à son oncle, le boyard Vlad, le droit d’administrer Chisinau.

   …Nous nous approchons de la plage. De femmes de tous âges vendaient de semences de tournesol et de citrouille. La marchandise était placée sur un journal posé directement sur le sol. Un verre plein à ras bord montrait aux clients potentiels un échantillon quantitatif. J’ai réagi instantanément:

   – Voici, professeur Carteputreda, quelques différences entre la Moldavie de l’est et celle de l’ouest du Prout.

     – Lesquelles?

   – En Bessarabie les vendeuses de semences ne sont pas brunettes et les verres ne sont pas faits de bois, afin de ne pas voir le fond élévé, pour diminuer sensiblement la quantité de graines.

   – Chez nous, vous n’allez pas voir de nombreux Tsigans (n.a. Gitans)…

   – Tsigans? En roumain, au lieu de Tsigans, on utilise de plus en plus le dénomination de Rroms!

   – En moldave on dit Tsigans. Même en russe on dit “Tsigani”. Mais maintenant je vais leur dire Rroms, comme dans la langue roumaine.

   – Continuez votre idée, professeur!

  – Comme je disais, dans la Bessarabie les Rroms ne sont pas aussi nombreux, parce qu’ils sont partis soit dans l’Union Européenne, soit dans les grands chantiers de la Russie sibérienne, comme la riche région pétrolière de “Tioumeniskaïa oblast”, une région située près du cercle polaire.

   – À propos. L’hiver d’entre 1988 et 1989, je l’ai passé à Kourgan, le chef – lieu de la region Kurganskaïa, située immédiatement au sud de la région Tioumeniskaïa, quand la température descendait souvent au – dessous de 25 degrés Celsius. Aux stands en plein air du Marché Centrale étaient seulement quelques vendeurs emmitouflés dans de couvertures en poils longs et abondants de laine noire. Quand je me suis approché, j’ai vu que, en fait, il s’agissait de femmes qui vendaient en verre de semences de tournesol non grillées…

   – Et?

  – Je les ai demandé dans une langue russe massacrée, que je les ai fait à commencer rire, pourquoi elles n’entrent pas dans la halle, où il est beaucoup plus chaud. Elles ne m’ont pas répondu immédiatement et ont échangé entre elles quelques mots, tennez vous bien, en roumain.

  – Elles étaient de Roumaines?

  – Elles étaient quelques belles bessarabiennes d’un village près de Balti. Je leur ai dit que je suis Roumain et la conversation s’est liée rapidement. Elles se sont confessés en roumain qu’elles restent  aux stands de l’extérieur où durant l’hiver on ne paye pas la taxe. Elles vendaient le verre plein avec de semences pour 25 kopecks, et pour la place à l’hôtel elles payaient deux roubles par jour. Près d’eux elles avait plusieurs sacs de semences, lesquels elles les ont apporté de la maison en train, y compris par celui trans-sibérien, qui passait par  Kourgan. Il semble que l’affaire apportait de bénéfices si elles enduraient la terrible gelée de Sibérie.

   – Comme ça elles gagnaient de l’argent, parce que dans la République Soviétique Socialiste de Moldavie le chômage était aussi élevé que sous la gouvernance actuelle, à peu près aussi “à l’ancienne”!

    J’ai acheté avec la moitié d’un leu moldave un  verre de semences grillées de tournesol. Les vendeuses n’étaient pas emmitouflées comme celles de Sibérie, elles étaient habillées seulement en quelques blouses minces, sans manches. Quelques mini – jupes complètaient la tenue. En plus, elles avaient les cheveux dorés, comme l’épi de blé, comme de descendantes de Marie Rares, de Harlau, la célèbre maîtresse de Stefan cel Mare si Sfant.

    Nous nous approchions de la plage. Là – bas avait commencé la saison estivale. On sentait l’odeur de corps chauds et d’huiles protectrices de rayonnement solaire. La mode “topless” (n.a. seins nus) n’a pas été interdite en Bessarabie. Le professeur Carteputreda a proposé avec generizitate:

    – Allons au parc Valea Trandafirilor pour boire un verre de vin au fraîcheur du restaurant  “Beciul Vechi” (n.a. Vieille Cave).

   – Je voudrais boire une bière ici, sur la terrasse d’à côté de la plage, j’ai choisi en tant qu’invité, en le contrariant, il semble…

 Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Au-delà du Prout et plus loin… ”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)