Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (3) – Le pèlerin de La Mecque

     Il y a 20 ans, j’étais avec ma femme et mon fils dans l’aéroport “Heliopolis” du Caire pour s’embarquer sur un vol à la destination d’Alger. Mes yeux ont été immédiatement attirés vers les grands groupes de personnes, qui ressemblent à des figurants dans la série animée “L’âge de pierre”. Tous les hommes avaient la tête rasée. Les femmes étaient coiffures simples, avec les cheveux coupes, généralement, courts, couverts d’un foulard. Elles n’avaient pas de voile. Chacun était revêtu d’un vêtement non cousu, composé de deux pièces de tissu blanc, sans des manches, qui les couvrait des épaules aux genoux. Ils n’avaient pas de pantalon. Ils portaient de sandales et dans les mains, contrairement à Fred et Barney, tenaient… de radiocassettes de la taille… des valises. Tous venaient de la Mecque, où ils ont été en pèlerinage.

    Le siège voisin de l’avion “Airbus 300” de la compagnie “Egyptair” avait été occupé même par un pèlerin. Je suis entré en conversation avec lui et j’ai découvert qu’il était un employé dans une banque à Alger. Il parlait très bien le français. Son nom était Almoumin (n.a. Lecroyant).

      – Cher monsieur, j’ai commencé, je voudrais à m’expliquer que signifie le pèlerinage à La Mecque.

     – Tout d’abord, je dois dire qu’à La Mecque on peut faire deux pèlerinages: l’oumra (“al oumra”), appelée aussi le petit pèlerinage, parce que les obligations rituelles sont moins nombreuses, et la hijja (“al hijja”), appelée aussi le grand pèlerinage. J’ai fait les deux pèlerinages, donc je  peux vous parler de chacun d’eux. Je vais commencer, si vous voulez, avec le petit pèlerinage.

     – S’il vous plaît, commencez comme vous pensez qu’il est mieux, j’ai confirmé avec impatience.

     Le petit pèlerinage peut être fait à n’importe quel moment de l’année. Tout d’abord, on fait sept fois la ronde autor de la Kaaba (n.a. Cube), qui est un édifice aproximativement cubique de bois et de pierre volcanique avec une hauteur de 15 mètres et les côtés de 10,6 mètres et de 12 mètres, entièrement recouvert de brocart noir. Cet édifice se trouve au milieu de la cour d’une longueur de 538 mètres et d’une largeur de 355 mètres de la Mosquée Sacrée (n.a. Masjid el Haram). Ensuite on parcourt sept fois les quelques centaines de mètres entre les collines de Safâ et Marwah. Ce trajet est pavé et passe à côté du minaret du coin de  l’ouest de la Mosquée Sacrée. Après cela, les hommes se coupent les cheveux le plus courts ou se rasent la tête et les femmes se coupent un brin de cheveux. Le petit pèlerinage peut être fait en un jour. Est-ce que vous avez compris?

      – Oui, bien sûr, continuez.

     – Le grand pèlerinage a lieu entre les jours 8 et 12 du mois de pèlerinage (n.a. dhû al Hijja), qui est le douzième mois du calendrier hégirien. Dans le premier jour on fait sept fois la ronde autor de la Kaaba.  Ensuite on parcourt sept fois les quelques centaines de mètres entre les collines de Safâ et Marwah. Puis on marche quatre kilomètres jusqu’à l’endroit appelé Mina, où on passe la nuit. Le deuxième jour est très fatiguant; on doit parcourir vingt kilomètres jusqu’au Mont Arafat et d’arriver  jusqu’à un autre endroit, appelé Muzdalifa, où on reste jusqu’au matin du troisième jour, qui coincide avec le premier jour de la Fête de Sacrifice. On arrive de nouveau  à  Mina. Ici on marche trois cents mètres jusqu’à l’endroit où Abraham a emmené son fils Ismaël pour le sacrifier. Sur la route on s’arrête  aux endroits où “Chaïtan” (n.a. Satan) a essayé trois fois de  changer la détermination d’Abraham d’écouter Allah. Là-bas il y a trois piliers, en symbolisant les diables, qui  doivent être lapidés avec sept pierres. Dans le même jour, chaque  pèlerin sacrifie un bélier. Dans les quatrième et cinquième jours on reste à Mina et on repete le rituel de la lapidation des diables.  Dans l’après-midi du cinquième jour, qui est le troisième et, aussi, le dernier jour  de la Fête de Sacrifice, on revient à  la Mosquée Sacrée,  où,  de nouveau, on fait sept fois la ronde autor de la Kaaba. Après cela, les hommes se coupent les cheveux le plus courts ou se rasent la tête et les femmes se coupent un brin de cheveux, comme pour la fin du petit pèlerinage.

     – Est-ce que vous avez réussi à frapper au moins avec une pierre chacun des trois piliers?

     – Je dois reconnaître qu’il a été très dur pour moi. Les pèlerins sont des milliers autour du mur circulaire et, en raison de l’agglomération, mes mouvements ont été bien gênés. Ma chance a  été que je suis assez grand et j’ai pu voir très bien les trois piliers par – dessus les têtes des autres pèlerins. Je pense que j’ai jeté plus de vingt pierres jusqu’à ce que, finalement,  j’ai atteint les cibles. Mais certains pèlerins jetent aveuglément beaucoup de pierres, pour augmenter la probabilité de réussite.

     – Mais vous n’avez pas touché avec les pierres, accidentellement, les pèlerins de l’autre côté du mur circulaire?

     – Je ne pense pas, mais j’ai été, personnellement, touché par de nombreux cailloux. Conformement à  la tradition musulmane, si je serais mort là-bas, je serais  devenu martyr et, par consequence, je entrerais sans aucun problème au paradis. Est-ce que vous avez compris?

      Bien sûr. J’ai une dernière question, parce qu’on aperçoit l’aéroport Houari Boumediene d’Alger. Où est-ce que vous avez acheté la radiocassette?

     – C’est un souvenir que j’ai acheté très convenable au bazar à La Mecque. Il est fabriqué en Taiwan. J’ai acheté d’autres produits, mais la douane saoudienne permet la sorti de seulement un seul appareil électroménager, donc j’ai pris l’un des plus gros.

     L’avions “Airbus 300” a atterri en douceur sur la piste d’aéroport dans les exclamations de soulagement des passagers, suivies par leurs applaudissements frénétiques. Monsieur Almoumin et les autres hâjs ont pris des porte-bagages de dessus de leurs têtes les souvenirs du pèlerinage, fariqués en Taiwan. Moi, aussi, je voudrais aller à La Mecque, à moins d’acheter une radiocassette similaire, mais malheureusement, depuis le VIIème siècle, l’accès des non-musulmans est interdit dans ce sanctuaire islamique.

Doru Ciucescu

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

 “Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca “.

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)