Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (4) – Le Ramadan

          Il est arrivé que le mois Février de l’année 1995 du calendrier grégorien s’est superposé avec le mois de Ramadan de l’année 1415 du calendrier musulman, appelé aussi le calendrier lunaire ou hégirien. Il était le midi, quand à Dar el Baida (n.a. Casablanca) l’ombre depassait à peine les  bouts arrondis des chaussures. Encore deux heures pour finir la séance de dessin technique. Assis dans le fauteuil de la chaire, je regardait à travers les planches de dessin,  élevées comme les voiles de planches à voile, vers les étudiants, qui, en sommeillant, tiraient lentement de lignes sur le papier calque. Sur leurs visages on pouvait lire la souffance d’être présents en classe après une nuit, dans laquelle ils n’ont pas  fermé un œil. La sirène de l’Institut Supérieur Industriel de Casablanca a annoncé la pause. Aucun étudiant ne s’est précipité vers la cafétéria du bâtiment voisin, à siroter un thé très chaud à la menthe, comme c’est passé d’habitude. Cet état d’engourdissement avait une explication, parce que dans ce jour-là a commencé… le Ramadan! À la ma table est venue l’étudiante Mariam (n.a. Marie), la fille du directeur d’une entreprises de conception en génie civil. Ses vêtements étaient toujours élégants et réussissaient à cacher la tendance d’engraissement. Malgré la corpolence, Mariam se déplaçait  très facilement. Elle utilisait de parfums coûteux . Comme la plupart des femmes à Casablanca, elle ne portait pas le foulard  (n.a. hijab) ou le voile islamique (n.a. niqab), en laissant à la vue ses cheveux noirs, coupés courts. Quand elle souriait, la rangée des dents blanches contrastaient bien avec sa peau sombre. Le tablier blanc, qui était obligatoire pour tous les étudiants, la montrait bien. Elle s’est laissé avec les coudes sur la table, en m’offrant une vue partielle d’un buste riche.

     – Ça va? j’ai demandé.

      – Je me sens très fatigué, a répondu Mariam. J’ai mangé, j’ai bu et je me suis promené toute la nuit. J’ai visité même ma tante, qui est hospitalisé. À quatre heure du matin j’ai servi le “sahur”.

     – Qu’est-ce que c’est le “sahur”? j’ai lui demandé, perplexe.

     – Je vais vous édifier tout-de-suite, a repliqué Mariam. Premier repas dans la nuit du Ramadan est appelé “iftar” et il est le petit déjeuner pris après le coucher du soleil. Le repas suivant, qui est pris à minuit, est appelé “ghada”, qui signifie déjeuner. Dernier repas qui est pris avant l’aube est, appelé “sahur”. Pendant ce temps, son collègue, Alqadir (n.a. Lepuissant) s’est approché de nous, détaché, les mains dans les poches de son tablier blanc, déboutonné, qui laissait à voir un “T-shirt” et une paire de jeans. Il avait le corps d’un athlète. Ses cheveux étaient blonds, bouclés, coupés courts. Il avait une voix de baryton. Ses grands yeux bleus me faisaient à penser qu’une femme de son’arbre généalogique a eu une relation avec un Français originaire d’Alsace. Son rêve était d’aller à Milan, où se trouvait sa petite amie italienne. Il s’est senti obligé d’intervenir dans la discussion:

     – Le mois de Ramadan, le neuvième du calendrier, célèbre la “descente” du Coran par la voix de l’archange Jibril (n.a. Gabriel) dans la conscience du prophète Mahomet. Les croyants doivent porter une vie angélique pour  recevoir la révélation d’Allah. Parce que les anges ne mangent pas, le jeûne devient obligatoire et dure tout le mois de Ramadan. Youssef (n.a. Joseph), un autre étudiant, a rejoint ses collègues autour de ma table. Il était de petite taille, avec des cheveux noirs peignés en arrière. Il avait les yeux espiègles et un sourire permanent. Son tablier blanc, bien qu’il était boutonné, laissait pourtant en vue une cravate. Je le considérait un étudiant exceptionnel.Poli,  après Alqadir s’est tu, il a pris la parole:

     – Pendant le mois de Ramadan, tout bon musulman qui a plus de quatorze ans doit s’abstenir de manger, de boire et d’avoir des relations sexuelles de l’aube jusqu’au coucher du soleil, quand, comme est écrit dans le Coran,  “on peut distinguer le fil blanc de fil noir”. Sont exonérés de cette règle les moribonds, les soldats au combat, les malades, les femme enceintes ou celles qui allaitent, à condition que pour les jours non jeûnés ces personnes donnent l’aumône à un pauvre ou de trouver quelqu’un qui jeûne  à  leur place. J’ai remarqué que le groupe d’étudiants autour de moi s’est agrandi avec Hanna (n.a. Jean). Il était volumineux, avec moustache et une touffe de cheveux laissée pousser sous la lèvre inférieure. Il avait laissé le tablier sur la planche à dessin. La chemise large, sortie du pantalon, laissait à la vue un ventre respectable. Il a interrompu Youssef, pour ajouter une déclaration de sa voix aiguë, de ménestrel.

     – Les malades et ceux qui sont en voyage d’au moins deux jours peuvent interrompre le jeûne, à la condition de récupérer les jours non jeûnés immédiatement après la fin du Ramadan.

     – A la fin du Ramadan a lieu “Aïd el-Fitr”, c’est-à-dire la Fête de la Rupture, connue aussi sous le nom de “Aïd es-Seghir”, qui signifie la Petite Fête, est intervenu avec beaucoup de tact et Boutros (n.a. Pierre). Il était un gars longilin, calme, avec les yeux noirs, intelligents qui regardaient à travers une paire de lunettes. Ses vêtements trahissaient qu’il venait d’une famille pauvre.

     – Hein, dites-moi, je les ai interrompu, il est vrai que le mois de Ramadan se déplace de onze ou douze jours par an?

     – Bien sûr, par exemple, cette année, le Ramadan a commencé le 1er Février, l’année prochaine débutera le 20 Janvier, m’a approuvé Mariam.

     – Alors, expliquez-moi, dans la période dans laquelle le Ramadan tombe pendant la journée polaire et le soleil est toujours dans le ciel, de sorte que 24 heures sur 24 on distingue “le fil blanc du fil noir” en bonnes conditions, comment un musulman d’Alaska ou du nord du Canada peut de ne pas manger et de ne pas boire durant un mois?

     Je n’ai reçu aucune réponse. La syrene a annoncé la fin de la pause et mes étudiants étaient déjà partis, pour sommeiller encore un peu derrière les leurs paravents, formés par leurs planches à dessin.

Doru Ciucescu

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

 ”Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca ”.

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)