Le vieil homme et la Cuba (7)

Le yacht “Granma”,

l’apocalypse morale,

l’apocalypse nucléaire

et… un “lider minimo”

au Musée de la Révolution

 

     Le Musée de la Révolution (n.a. “Museo de la Revolución”) est un moyen de nourrir l’esprit des visiteurs étrangers, et d’autres, avec un sandwich multicouche des événements qui ont eu lieu au cours de la révolution castriste des années ’50, épicé à l’excès avec de la propagande gouvernementale, le tout enveloppé dans le beau emballage d’un palais construit en 1920, quand “los gringos norteaméricanos” n’étaient pas déclarés ennemis du pays. Là – bas, j’ai appris que, pour se maintenir dans la qualité de “comandante en jefe”, qualité prise après il a débarqué à Cuba avec le yacht “Granma”, “el lider maximo” est sur la route de se transformer de plus en plus en “el lider minimo”, parce qu’il a été très près de provoquer une apocalypse nucléaire à l’échelle planétaire, au cours de la crise des missiles de Cuba, ainsi qu’au fait qu’il pousse de plus en plus le peuple cubain vers une autre apocalypse, l’une morale – le vol presque généralisé des biens de l’État.

     La lune s’était déplacée imperceptiblement sur la Voie Lactée, en laissant derrière elle deux ou trois étoiles. Le guide Euridiciónito avait pédalé, les roues du cocotaxi s’étaient tournés de  quelques dizaines de fois sur la rue Agramonte…

     J’étais sur le segment de trottoir du côté d’un pavillon de verre et d’acier appelé le Memorial Granma, situé derrière le Musée de la Révolution. De là, à une distance d’environ 20 mètres, sous une forte lumière intérieure, comme d’une vitrine, en contraste frappant avec l’éclairage public environnant, je distinguais le contour d’une embarcation. A l’extérieur, près de la paroi de verre, sous un prolongement du toit, j’ai vu une rangée de pièces exposées, un moteur d’avion, un missile sol-air et un tank.

     J’ai écouté la présentation du guide Euridiciónito de:

    – Le Musée de la Révolution a été créé le 12 décembre 1959 par un décret signé par Raul Castro, alors le ministre des Forces Armées. Le musée est fondé, en particulier, sur la collection de documents recueillis durant la révolution castriste de Celia Sánchez Manduley, une révolutionnaire, et aussi, une amie intime de Fidel Castro.

     – Combien d’intime?

   – Je vous ai dit… la vie personnelle de Fidel Castro est… un sujet tabou à Cuba. Euh… Celia Sánchez Manduley n’a pas fait de progénitures à Fidel Castro.

    – Hum, hum… sujet tabou…

   – Ouais… la vie personnelle de Caballo est… un sujet tabou, ou “sujeto fezado” comme on dit en espagnol. Celia Sánchez Manduley n’a pas lui donné de descendants, quoique, peut-être, qu’elle aurait voulu… hum, hum… comme tout vraie admiratrice…

    – Hum, hum … passons plus loin… qu’est-ce que vous en dites?

    – Un tabou… Celia Sánchez Manduley est morte en 1980… célibataire… à 59 années.

    – Triste sort! Passons plus loin, s’il vous plaît!

   – Le bâtiment du Musée de la Révolution a été inauguré en 1920 par Aurelio Mario Gabriel Francisco García Menocal y Deop,, président de Cuba entre le 20 mai 1913 et 20 mai 1921. Le projet a été conçu avec de nombreux éléments de style néo-classique par les architectes Carlos Maruri, un Cubain, et Paul Belau, un Belge. Les décoration intérieures ont été faites par Tiffany & Company.

    – Tiffany & Company… Fifth Avenue, au coin de la 57th Street à New York… ouais… j’ai été là – bas. Voici une bonne raison de visiter ce musée de demain.

    – Pour éviter à payer le billet d’entrée, donnez deux  euro au controleur. Vous économisez six euros.

    – Le contrôleur sera d’accord?

    – À un salaire de ni  même 20 euros par mois, il sera extrêmement heureux.

    – Mais il n’est pas, en définitive, un vol des biens de l’État?

   – En Cuba on vole des gestions des magasins, des stations d’essence, des usines, de la récolte agricole, des filets avec le poisson, des forêts, de partout où on peut soustraire quelque chose. Le vol des biens de l’État est presque généralisé.

     – Vol généralisé?

     – Une modalité de survivre pendant le communisme. Mais le vol généralisé de biens de l’Etat correspond, d’après moi, une variante d’un cas limite de la Théorie de l’Optimum, élaborée par Vilfredo Pareto.

     – J’en ai entendu parler… c’est un économiste italien. Qu’est-ce qu’elle dit cette théorie?

  – Tout d’abord, selon Vilfredo Pareto, dans une société, si l’un gagne, un autre doit perdre. Deuxièmement… euh… un cas extrême de ce optimum est lorsque seulement un seul perd et tous les autres gagnent. J’ai une variante personnelle de ce cas limite de l’optimum, appelée la Théorie de l’Optimum du Communisme par le Vol Généralisé de l’Etat.

     – Je suis terriblement curieux de l’entendre.

    – Ma théorie est que si le vol de l’Etat est généralisé, tout le monde gagne et, évidemment, personne ne perd.

   – Bravooo, monsieur. Euridiciónito, vous avez justifié théoriquement le vol, qui est pratiquement généralisé dans le communisme!

     – Merci pour l’appréciation. Euh… je fais cependant la remarque du fait que je ne possède pas… les outils mathématiques nécessaires pour venir à l’appui de cette  théorie; je ne suis pas un économiste, mais seulement… historien.

     À ce moment – là, j’ai commencé à penser au vol des biens de l’État dans la soi-disant “époque d’or” en Roumanie, à mon livre sur la Cuba castriste, au guide Euridiciónito, professeur d’histoire aux pédales d’un cocotaxi, à trop de choses. Tout venait pêle-mêle dans mon esprit. J’ai réussi à dire seulement:

     – Continuez com historien, “señor”. Le bateau  protégé par la parois de verre est le yacht “Granma”, je suppose.

     – C’est une copie de cette embarcation, l’original est dans la province de Granma, réparé après avoir été détruit presque entièrement par l’ouragan Dennis…

     – L’ouragan Dennis?

    – L’ouragan Dennis s’est abattu le 7 et 8 juillet 2005 dans le sud – est de Cuba. Alors, à l’ordre de Fidel Castro, 1.531.000 personnes ont été évacuées. Il y sont morts 16 personnes, ont été détruites 120.000 maisons. Les dommages ont été estimés à environ 1.500.000.000 de dollars. La Havane a été très peu touchée, sinon les dommages seraient doublés. La chance a été que le Venezuela nous a aidé avec beaucoup d’argent, d’aliments et d’équipements.

     – Les États-Unis n’ont pas vous aidé?

      – Fidel Castro a refusé un aide… 400 millions de dollars… venu de l’ancien président George Walker Bush.

     – Pourquoi?

     – De problèmes liés à la propagande… anti-américaine.

     – Continuez avec “Granma”, s’il vous plaît!

    – Le navire a été conçu pour 12 passagers. Il est en bois, avec 13,25 mètres de longueur, 4,76 mètres de largeur et 2,40 mètres d’hauteur jusqu’au pont, à un poids net de 39,23 tonnes et maximal de 54,88 tonnes. Le mouvement est assuré par deux moteurs, en ayant un total de 225 chevaux. Le yacht a été acheté le 10 octobre 1956 pour Fidel Castro d’un trafiquant d’armes, nommé Antonio del Conde. Les 50.000 pesos mexicains, c’est-à-dire 15.000 dollars ont été fourni par l’ex-président Carlos Prío Socarrás… je vous ai parlé de lui.

    – Celui qui a depancé de 2.500.000 de dollars pour le renversement de Fulgencio Batista et… puis s’est suicidé.

    – Le 25 novembre 1956, le yacht “Granma” a quitté le port Tuxpan de la province de Veracruz du Mexique. Au total, au bord ont été 82 combattants.

    – 82 combattants dans un yacht de 12 passagers? Contrariant!

    – Je vais vous contrarier avec un aspect. Je vais vous le dire?

    – De tels détails épicés j’attends que vous me disiez.

   – Le dernier admis sur la liste des 82 a été une personne sans formation militaire, mais charismatique. Qui pensez-vous qu’il est?

   – Je n’ai aucune idée.

   – Personne importante. Il a tenté sa chance en Floride, mais a été expulsé vers le Mexique par les autorités américaines.

    – J’abandonne.

    – Il commence par “C”.

    – Che Guevara? Cependant, je ne pense pas.

    – Il s’agit de Camilo Cienfuegos.

   – C’est peut-être que de ce motif s’est écrasé l’avion avec lui au bord. Fidel Castro l’a soupçoné qu’il est un agent C.I.A. Qui sait?

   – Même moi, en tant qu’historien, je n’ai pas pensé à cette hypothèse.

   – Oubliez cette hypothèse. Mieux me dire comment  été le débarquement des ces 82 gens.

   – Le débarquement à Cuba a été prévu le 30 novembre, à se joindre à une révolte à Santiago de Cuba. En raison de la mer agitée, le yacht est arrivé que le 2 décembre 1956, à 7 heures, en fait, a échoué dans une zone marécageuse, avec de mangroves, à deux kilomètres de la plage de Las Coloradas. Fulgencio Batista a envoyé, dit la propagande castriste, un nombre énorme, de 80.000 soldats pour les liquider. Seulement après deux heures, ils ont atteint la terre ferme. Le premier affrontement armé a eu lieu après trois jours à Alegría de Pío, qui a été un désastre pour Fidel Castro, Raúl Castro, Che Guevara, Camilo Cienfuegos et les autres; seulement 22 d’entre eux ont réussi à se replier dans les montagnes très inaccessibles de la Sierra Maestra.

    – Tous ces hommes sont arrivés à la tête de l’Armée Rebelle et puis à la tête du pays.

    – À propos de ce débarquement, Che Guevara a déclaré ce qui suit, je dis en espagnol exactement ses mots: “No teníamos ninguna experiencia, carecemos de los conocimientos más básicos y, todavia, hemos sobrevivido. (n.a. Nous n’avons eu aucune expérience, nous ont manqué les plus élémentaires connaissances, pourtant nous avons  survécu.)

     Il y a suivi une pause. Personne n’a dit plus rien. J’avais à assimiler trop d’informations. Je n’ai même pas lui demandé de traduire de l’espagnol la déclaration de Che Guevara. Mon regard s’est arrêté sur le moteur de l’avion:

     – On voit encore certains objets près du yacht “Granma”.

     – Il y a de pièces exposées, liées à une possible apocalypse nucléaire.

     – Apocalypse nucléaire?

     – Avez-vous entendu parler de la soi-disant crise des missiles de Cuba?

     – Je préfère l’entendre de la part d’un professeur  cubain d’histoire.

     – Vous voyez le tank?

     – Oui, je pense que c’est le tank soviétique T34, auquel on a fait référence ce soir.

    – Avec ce type de tank a été équipés par les  Soviétiques les Forces Armées Révolutionnaires, plutôt, l’unique brigade de tanks. Avec de telles armes Cuba ne pourrait faire face à une attaque américaine. Par conséquent, sur l’insistance de Fidel Castro, le 24 mai 1962 a été signé l’ordre du maréchal Rodion Malinovski, le ministre de la Défense, par lequel Cuba aurait devenue une immence base de lancement de missiles soviétiques, dirigés vers les États-Unis.

    – Un porte-avions avec une surface de 109.886 kilomètres carrés, qui est situé à seulement 96 miles nautiques de la Floride.

   – Le 14 octobre 1962, un avion espion américain Lockheed U-2 a photographié une base d’emplacement de missiles soviétiques R-12, appelé par les Américains SS4 – Sandal, porteurs d’ogives thermonucléaires avec le rayon d’action de 2000 kilomètres. La guerre froide de jusque-là a été sur le point de se transformer en une guerre nucléaire entre les deux superpuissances, dans la Troisième Guerre Mondiale. Le 22 octobre, le président américain John Fitzgerald Kennedy, a annoncé à la télévision la décision d’instituer un embargo naval sur Cuba et a exigé aux Soviétiques de démanteler ces bases et de démembrer tous les missiles. Le 27 octobre 1962, un avion Lockheed U-2… euh… je vais décrire l’avion?

    – Nous sommes en retard.

    – Comme je le disais, un avion Lockheed U-2 a été abattu dans l’espace aérien cubain par un missile sol-air de type Dvina S-75… euh… je vais décrire le missile?

   – Nous sommes à court de temps.

   – Le pilote Rudolf Anderson est mort. Son corps a été retourné aux États-Unis le 6 novembre 1962 et a été enterré à Greenville, sa ville natale en Caroline du Sud. Un moteur de l’avion abattu et un missile Dvina S-75 sont exposés juste en face de nous.

    – Allons continuer avec la crise des missiles de Cuba, j’ai suggéré, en regardant ma montre.

  – Nikita Sergueïevitch Khrouchtchev, premier secrétaire du Parti Communiste Soviétique et premier ministre de l’Union des Républiques Soviétiques Socialistes, après des négociations secrètes, a annoncé qu’il a accepté de retirer les missiles de Cuba, à la condition que les États-Unis Amérique de ne pas envahir Cuba et de retirer les missiles de Turquie et d’Italie.

    – Ainsi s’est terminé le conflit, j’ai conclu, pour raccourcir la présentation.

    – Dès lors, aucune administration américaine n’a pas osé de briser cet accord diplomatique et Fidel Castro a fait figure de vainqueur.

    – Gamal Abdel Nasser a fait figure de vainqueur le 5 novembre 1956, quand l’alliance militaire franco -britannique – israélienne a été forcé de se retirer de la péninsule du Sinaï, sous la pression conjointe américano -soviétique.

    – Mais, contrairement aux “raïs”, qui a eu la force de caractère pour se retirer du pouvoir, notre “lider maximo” se cramponne d’y rester, il a été capable à même de conduire l’humanité au bord de l’apocalypse… nucléaire En outre, nous, les Cubains, il continue à nous pousser vers une apocalypse… morale, le vol généralisé des biens de l’État. Pour moi, il est devenu un “lider minimo”.

    – Monsieur Euridiciónito, vous  vous exposez trop, c’est possible que vous pourriez être entendu par quelqu’un de  proximité. Passons au prochain objectif touristique, s’il vous plaît!

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Le vieil homme et la Cuba”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)