Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (101) – Épilogue non commencé

    Je suis en face de l’ordinateur il y a plus d’une heure. Je scanne avec les yeux “la feuille” sur l’écran du moniteur. Comme d’habitude, j’ai lui fixé le format A4 et les marges: 11 milimètres en haut et en bas, 20 milimètres à gauche et à droite. Elle est imaculée et… sans de fautes – le texte parfait! Le 101ème article de la tablette intitulée “1001 impressions du monde arabe” je ne l’est pas encore écrit. Même le titre je ne l’ai pas établi. Je sais que c’est le dernier. Depuis plus de deux ans, avec de syncopes de maximum deux semaines, dans tous les samedis on m’a  réservé dans le cotidien “Ziarul de Bacau” (n.a. “Le journal de Bacau”) cette rubrique, et moi j’ai dû répondre à cette offre honorable, ou, comme on dit dans la guilde des journalistes, j’ai écrit “à la barre fixe”. Pourquoi j’ai décidé de m’arrêter plus tôt, à 101, au lieu de 1001 articles? La vérité c’est que je me sens épuisé physiquement, mais surtout mentalement. J’ai été encore dans cet état après 64 articles, lesquels je les ai rassemblé entre les couvertures sous le titre de “Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca” et je les ai publié sous l’égide de la maison d’édition Editura Didactica si Pedagogica de Bucarest, mais sur l’insistance du réputé journaliste Mihai Buznea, j’ai surpassé ce moment – là. Maintenant, je suis décidé de m’arrêter. Surtout parce que j’ai peur de ne pas me répéter, de m’auto plagier, c’est à dire de commencer à faire une littérature décadente et, ainsi, d’ennuyer les lecteurs qui ont suivi mes modestes articles.

     Je regards encore une fois vers le moniteur. “La feuille” est toujours blanche. Il est presque minuit. Je pense à la période quand j’ai accordé assistance didactique en Algérie et au Maroc et je fouille dans la mémoire un événement que j’ai vécu dans de régions dangereuses de l’Afrique, avec d’animaux féroces derrière chaque arbre ou monticule de terre, qui rendent trésaillir le lecteur emporté par l’attraction de l’aventure. Je ne trouve rien. Je constate que la seul pas dangereux je pourrais le faire à Al Dakhla, quand on m’a proposer à aller à la pêche aux poulpes durant la nuit avec une barque quelques kilomètres au large de l’océan Atlantique, mais j’ai refusé de peur de rester sans…  passeport et portefeuille. Mais de toute façon, sur ça j’ai écrit… une fois. Le désert du Sahara, je l’ai parcouru de long et en large pour plus de 10.000 kilomètres, mais pas comme un caravanier à l’ombre de chameau, mais en tant que chauffeur au volan d’une “Dacia 1310”, avec le coffre  bourré de bidons avec de l’essence et de l’eau minérale sur de routes asphaltées et parfois bloqués avec du sable. Je me suis assis sur le sable comme Antoine de Saint-Exupéry et j’ai vu le lever du soleil dans le Sahara. Mais même sur cette thème j’ai écrit… quelques fois. “Ecris sur la mer Méditerranée ou l’océan Atlantique!” me pousse de coude une pensée. Il ne me semble maintenant rien de spectaculaire, sauf le coucher du soleil, que je l’ai regardé avidement, en le comparant avec un disque en acier chauffé au rouge et soumis à une trempe qui se produit, paradoxalement, sans libérer le grésillement caractéristique au dégagement de la vapeur d’eau. Et ce sujet je l’ai abordé dans… de dizaines d’articles.

     Encore une fois je jette un regard vers la “feuille”, qui s’obstine de rester immaculée. C’est après minuit. Mes yeux ont commencé à se fermer. “Pensez à répondre à au moins l’une des questions: qui sont les Arabes?; quelle est leur mentalité?; comment s’explique les attentats suicidaires?”, je m’exhorte. Je me concentre sur le sujet, mais il ne me vient dans l’esprit aucune réponse bien élaborée, mais au contraire, il semble que c’est le pire, je me bloque. Je suis désespéré et de plus en plus fatigué. Je me laisse dans la volonté des pensées et une connexion temporelle aléatoire du cortex m’annonce que si… je me serait converti à l’islam, j’aurais eu plus d’occasions de donner de réponses pertinentes. Serait-il le déclic sauveur dans la réalisation de l’article? Comme à travers  un brouillard, je me souviens que c’était toute une controverse au sujet d’une prétendue conversion à l’islam d’océanographe… Jacques -Yves Cousteau. Il est dit que lors d’une expédition à bord du “Calypso”, le réalisateur du film “Le monde du silence”, en voyant que près de Bassora les eaux du Tigre de couleur rougeâtres sont entourés par les eaux vertes de l’océan Indien sur une distance de quelques kilomètres, il serait laissé tenté de dire que les eaux douces… ne seraient pas mélangées avec les eaux de mers et d’océans. D’autre part, dans le Coran il y a le verset 53 de la sourate 25, qui dit: “Et c’est Lui qui donne libre cours aux deux mers : l’une douce, rafraîchissante, l’autre salée, amère. Et IL assigne entre les deux une zone intermédiaire (…)”. Ces eaux douces ont été appelés par les musulmans “Les larmes d’Allah”, tout comme les petits lacs dans le désert sont appelées “les larmes du désert”. Les concordistes de l’islam, c’est-à-dire ceux qui cherchent à chaque découverte scientifique de mettre à tout prix les textes sacrés en… concordance avec la science, ont porté à l’attention de Jacques -Yves Cousteau ce fait. Quand il a appris que sa  “découverte” concernant le non mélangement  des eaux était déjà consemnée il y a plus de 1300 ans dans le Coran, le grand vulgarisateur de la science et chercheur se serait converti à l’islam. Mes étudiants arabes mentionnaient ce fait à chaque fois quand ils m’exhortaient… pour devenir musulman. En réalité, il n’existe aucune preuve crédible de la conversion religieuse de l’ancien membre de l’Académie Française. Il a été enterré dans un caveau – fait interdit aux musulmans – le 25 juin 1997, après un service rélegieux tenu à l’église “Notre Dame de Paris” en présence du président Jacques Chirac.

       Il est presque 2.00 heures et je n’ai pas encore fermé l’ordinateur. Je me tourne vers la fenêtre et je vois le ciel noir sans une seule étoile. Je reviens au moniteur et me saute dans les yeux “la feuille” blanche, sans avoir au moins le titre. “Au moins, il s’agit d’un texte parfait, sans de fautes”, il m’arrivent à mes oreilles de chuchotements venus je ne sais pas d’où. Je ne me sens pas consolé. Je commence à m’immaginer que je serais musulman. Il semblait que je serait mort et enveloppé avec un linceul blanc dans un cercueil. Les anges Mounkar et Nakir, l’un coloré en bleue et l’autre en noir, m’ont resuscité  tant  pour être interrogé sur mes faits de la durée de vie en vue du Jugement Dernier. Au-dessus de la fosse, étrangement, comme si se lamentaient sur moi… quelques femmes; chez les musulmans, les femmes ne sont pas autorisés à participer au cortège mortuair.

     – Quel est le meilleur acte que tu l’a fait le long de la vie? m’a interrogé l’un d’eux. Je me sentais comme un étudiant à l’examen, quand le professeur lui pose la question difficile: ” Qu’est-ce que tu connais le mieux?”

     J’ai balbutié:

    – Euh … j’ai écrit beaucoup: 12 livres avec profil pédagogique, en ayant ISBN, et une “miscellanea” entre deux couvertures avec 64 articles déjà publiés dans un journal.

     Je les ai vu fronçant le nez.

    – Quel est le pire acte que tu l’a fait le long de la vie? a été le point suivant dans du questionnaire.

    Cette question s’est avérée plus difficile et en raison de l’état dans lequel j’étais, j’au répondu stupidement:

    – Je ne m’en souviens pas maintenant.

    Puis l’un d’entre eux m’a donné un léger dos de paume sur la front, en disant:

    – Allons, concentre – toi, n’évite pas la réponse!

   À ce moment – là je me suis réveillé et je me suis rendu compte que je me suis heurté avec la front de l’écran du moniteur. Le curseur de “la feuille” signalait sa présence tout en haut de l’écran. Sous l’impression du rêve qui vient de se rompre, je pensais que la destination finale des musulmans et des chrétiens – le ciel ou l’enfer – sera… en concordence avec les bons ou mauvais actes. De même, la  critique de l’article de l’épilogue sera en… concordence avec les passages plus ou moins réussis. Et je ne l’ai pas même commencé…

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)