Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (11) – Couscous de Casablanca

     Le couscous est un plat d’origine berbère, spécifique au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Il est préparé sur la base de semoule de blé dur, au quel on ajout par – dessus de la viande boullie, des légumes et de la sauce. Avec ces informations tirées d’un dictionnaire encyclopédique, j’ai accepté l’invitation de monsieur Aalim (n.a. Savant), le père de Mariam (n.a. Marie), de venir à sa maison “juste pour grignoter ensemble un couscous bidaoui”.

     Le logement du distingué monsieur était dans le quartier résidentiel de la colline d’Anfa, dans le voisinage de la station balnéaire Aïn Diab (n.a. La Source du Loup). Pour dépenser en avance les calories, lesquelles je vais les accumuler pendant le déjeuner, j’avais choisi de parcourir à  pied, à l’ombre des palmiers rares, les trois kilomètres du  large boulevard de la Corniche, qui relie Casablanca avec la station balnéaire d’Aïn Diab. C’était le mois d’Avril. Vers la gauche, mes yeux se délectaient avec la vue du blanc des villas de la colline d’Anfa, qui menait un combat inégal avec le mélange du vert et  du mauve-rougeâtre, des plantes grimpantes, toujours fleuries, qui montaient sur tout support qui pouvait les conduire vers le soleil, y compris les murs, les toits, les clôtures, les piliers, même les troncs longs, droits et non ramifiés des palmiers, terminés dans la partie supérieure avec une touffe de feuilles. À ma droite, les vagues de locéan se brisaient sur la côte rocheuse, en créant nanogouttes irisantes et un fond sonore grondant. Mon vêtement était léger, formé dune chemise soyeuse, avec de motifs floraux, à manches courtes, une veste mauve sans doublure, et un pantalon blanc, large,  à  revers. La marche était beaucoup apaisée  grâce aux mocassins très légers et confortables, que je les ai assorti  avec la veste.

     Je me suis approché de l’adresse sur la carte de visite de monsieur Aalim, quand j’ai vu Mariam, qui m’attendait à la porte. Ses vêtements étaient toujours élégants et réussissaient  à cacher les formes d’une fille un peu ronde. Cette fois elle étalait une robe vaporeuse d’été, accrochée d’épaules par deux bretelles, qui laissait à la vue une partie essentielle pour un œil avisé. Comme la plupart des femmes de Casablanca, elle ne portait pas le foulard ou le voile islamique. Ses cheveux noirs ont été écourtés. Elle m’a souri, et la rangée blanche des dents a contrasté joliment avec la peau sombre. Un parfum coûteux a rempli sa communication non verbale.

     – Bonjour, Mariam. Ça va?

– Ça va bien, monsieur. “Al hamdu li – Lah” (n.a. La louange à Dieu). Entrez, s’il vous plaît.

     Je suis passé par la petite porte du mur épais entourant la maison, et pas petite était ma surprise, parce que dans la cour j’ai été accueilli par monsieur Aalim, qui m’a fait connaissance avec les six sœurs de Mariam: Khadija (n.a. Néeàseptmois), Fatema (n.a. Sevrée), Karima (n.a. Généreuse), Amina (n.a. Loyale), Layla (n.a. Nuit) et Aaziza (n.a. Chère). J’étais confus parce que je ne savais pas où regarder premièrement: vers les filles ou vers la villa. Les filles étaient plus jeunes que Mariam, en ayant des âges différents, compris entre ces de l’enfance et ces de l’adolescence. Elles palpitaient de jeunesse et le fait que dans la maison avait apparu un homme les rendait particulièrement volubles et accaparatrices. Leur père me présentait de détails concernant la villa à deux étages, la piscine et le parking couvert pour une dizaine de voitures. Je savais qu’Aalim avait étudié en France, où il avait devenu un ingénieur en génie civil, et qu’il est le propriétaire d’un bureau d’étude à Casablanca. Il a construit sa résidence selon son goût et avec l’argent qu’il avait hérité de son grand-père, qui a été un avocat et, dans le même temps, un combattant pour l’indépendance du Maroc, l’un de ceux qui ont su prendre l’avantage de la situation et d’acheter pour rien  les immenses biens des colons français, “qui par peur se sont rentrés massivement en France”. Je suis entré dans la maison et là j’ai rencontré trois Marocaines: Malica (n.a. Reine), la femme d’Aalim, Rahima (n.a. Miséricordieuse), la mère d’Aalim et Saida (n.a. Heureuse) la belle-mère d’Aalim. Le seul homme de la maison semblait soulagé que l’attention des neuf représentantes du beau sexe de sa famille avaient changé la cible pour le moment. Il n’avait pas le préjugé que les femmes doivent être cachées du regard des étrangers. Elles me parlaient à la manière des femmes marocaines de toucher les mains d’interlocuteurs pour être sûres qu’elles sont entendues. La plus grande surprise a été quand je suis entré dans la salle de séjour, où le plancher était de verre sous lequel se trouvait… un aquarium bien éclairé, ainsi que je marchais sur un “tapis” avec un modèle vivant, en mouvement continu. Dans le milieu de la pièce il y avait une table ronde et basse, entourée de coussins cubiques enveloppés dans du cuir.

     Au début on a apporté un bassinet avec de l’eau où on m’a invité à immerser mes doigts, puis on m’a donné une serviette pour m’essuyer. Les autres convives ont fait la même chose. Puis ils ont mis au milieu de la table un plateau rond d’argile avec le diamètre d’environ… un mètre et haut de cinq centimètres dans lequel il y avait une pyramide de couscous, en dégageant de la vapeur. J’ai appris que c’est un “couscous bidaoui” avec sept légumes:  courges, courgettes, navets, poivrons, oignons, carottes, tomates. La viande était de boeuf. La sauce contenait “ras el hanout” (n.a. mélange d’au moins vingt épices). Aalim a tendu la main sur le plateau d’argile et a pris avec les doigts une quantité bien assortie de couscous avec des légumes et de la viande. Par serrements, rotations et soulèvements répétés, il a formé un bol alimentaire presque sphérique,  bien durci, dans la paume, puis il  l’a mis  sur l’ongle du pouce et l’a catapulté directement…. dans la bouche. Les dames, en étant plus distinguées, introduissaient dans le couscous du même plateau que trois doigts. J’ai été encouragé à entrer la main dans la nourriture commune. Par respect pour les hôtes, j’ai réussi à franchir le seuil psychologique et j’ai commencé à agir comme si j’aurais tenu dans la main une boule de polenta que je l’introduisais dans la sauce.

     J’aurais pu imaginer que je prenais le repas   dans le XVIIème siècle avec les locataires d’une hutte souterraine de Baragan (n.a. plaine en Roumanie), mais l’aquarium de dessous de moi me rappellait que l’humanité se prépare pour entrer dans le troisième millénaire.

 

Doru Ciucescu

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)