Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (12) – Le Pâques des Roumains errants à Casablanca

          Près de Saintes Fêtes de Pâques beaucoup de Roumains qui ont choisi la route de l’exil reviennent à la maison pour célébrer avec la famille la Résurrection du Sauveur. L’image archétypale de l’église du village ou du quartier où ils sont nés, de gens qui écoutent religieusement la Sainte Messe de la Nuit de Résurrection, du “drob” (n.a. plat de viscères d’agneau dans une crépine) avec le goût de persil printanier, du “cozonac” (n.a. sort de brioche comme la brioche vendéenne) fait come par maman à la maison, de ces “ouă roşii” (n.a. d’œufs durs peints, généralement en rouge) avec le jaun de couleur jaune-rougeâtre, comme seuls les poulettes  de cour les pondent dans le pondoirs, l’image formée depuis  la petite enfance, elle réapparaît dans les esprits des errants roumains de tout méridien et leur augmente leur sentiment d’éloignement de la patrie. Ce sentiment est exacerbé aux Roumains vivants dans les pays arabes, où il y a une différence évidente de religion et de  culture nationale ou de subconscient national, comme dirait Sigmund Freud. Le même sentiment je l’ai vécu au cours des cinq années que j’ai passé seul, sans famille à Casablanca.

     Tout d’abord, on doit souligner le fait que l’islam n’a pas la Fête de Pâques. Le mythe pascal, en contenant la passion, la mort sur ​​la croix et la résurrection de Jésus-Christ n’est pas reconnu dans le Coran. Les musulmans croient qu’un sosie de Jésus de Nazareth a été crucifié et ainsi est nié la Résurrection du Seigneur (!). Le sources   de l’inspiration dogmatique du Coran sont juives – l’Ancien Testament et le Talmud, et, dans une moindre mesure, chrétiennes, surtout, les évangiles apocryphes. Les musulmans n’ont que deux fêtes: la Fête du Sacrifice (n.a. Aïd el Adha), aussi connue comme la Grande Fête (n.a. Aïd el Kebir) et la Fête de la Rupture (n.a. Aïd el Fitr), également connue sous le nom de la Petite Fête (n.a. Aïd el Seghir). “Aïd el Adha” signifie la commémoration du geste de foi en Allah d’Ibrahim (n.a. Abraham), qui a été prêt à sacrifier Ishac (n.a. Isaac), son fils, quand le Tout-Puissant lui a demandé ce sacrifice afin de voir comme il est soumis. Cette fête commence le dixième jour du pèlerinage (n.a. dhû al hijja) et prend deux ou trois jours. Les Turcs appellent également cette célébration le grand “bairam”. “Aïd el Fitr” représente l’interruption du jeûne tenu pendant tout le mois de Ramadan et se tient aussi deux ou trois jours. En Turquie, cette fête est appelée le petit “baiaram”.

     Comment passent le Pâques les Roumains venus pour travailler pendant des années à Casablanca? Avant de répondre à cette question, je considère très important de mentionner qu’au Maroc la religion d’Etat est l’islam, mais en même temps, il y a une grande tolérance pour les autres religions. Casablanca est une ville cosmopolite aussi en termes d’édifices religieux. Ainsi, à côté de plus de 340 mosquées, dont la plus impressionnante est la Grande Mosquée Hassan II, s’élevent vers le ciel dix églises et cinq synagogues. Parmi celles-ci, la seule église orthodoxe, appelle l’Annonciation, est de rite grec, en étant située à la proximité de l’église catholique Notre-Dame de Lourdes. Les Roumains orthodoxes de Casablanca et des villes environnantes avaient l’habitude d’assister à la Sainte Messe de Pâques célébrée par le père “kir” (n.a. monsieur) Anguelos Stavros à l’église grecque. Aussi là-bas venaient les Russes et les Bulgares à Casablanca. En tenue légere, composée d’une chemise blanche déboutonnée au col et un costume bleu foncé, sans le gilet, je m’approchais de l’église grecque. Construit il y a près d’un siècle, quand il était une nombreuse et prospère  communauté grecque à Casablanca, l’édifice semblait beaucoup plus bas, de la taille de l’église Stavropoleus à Bucarest, avec la remarque qu’il était blanchi à la chaux, et le toit avait une forme demi-sphérique, en étant quelque peu semblable à l’historique cathédrale Sainte-Sophie à Constantinople. À côté de la porte étaient deux policiers, qui regardaient  apparemment ennuyés toute l’agitation. Je suis entré dans la pénombre de l’église. Dans le narthex, madame Elena Stavros, une petite vieillarde, ridée comme une figue,  vendait de bougies au prix fort. La nef était bourrée par de Grecs, Roumains, Russes et Bulgares. Les Grecs étaient plutôt de personnes de troisième âge et pouvaient être comptés sur les doigts d’une main. Le père Stavros, haut, maigre, d’une âge vénérable, avec la tête penchée en avant presque à un angle droit, semblait à la lumière de chandelles  à un épouvantail pour effrayer les oiseaux. Il tenait la messe en grec, ainsi que la communication souffrait. “Kir” Stavros directionait son regard surtout en bas, tandis que l’assistance attendait le passage du temps, en regardant en haut, vers les peintures murales de l’église. Je ne me rendais compte si était célébrée la liturgie de saint Basile le Grand ou de Jean Chrysostome. À un moment donné, de la foule est comparue devant moi “kira” Elena avec un panier dans lequel j’ai posé une bancnote de 50 dirhams (n.a. 5 dollars). A minuit le père Stavros a commencé à partager  la lumière, en produisant une animation dans l’assistance. Les flammes des bougies révélaient les visages des gens sur lequels on pouvait lire l’espoir.

     – “Christos Anesti!” (n.a. Christ est ressuscité!) a annoncé en traînant le père Stavros.

– “Alitos Anesti!” (n.a. Il est vraiment ressuscité!) ont répondu les paroissiens grecs.

– “Hristos voscres!” (n.a. Christ est ressuscité!) a annoncé, en chancelant, le père Stavros.

– “Voïstinu voscres!” (n.a. Il est vraiment ressuscité!) ont répondu les pseudo-paroissiens russes.

     – “Hristos vscres!” (n.a. Christ est ressuscité!) a continué avec une voix tremblante le père Stavros, en semblant que la mémoire ne l’avait pas entièrement laissé.

     – “Vistinu vscres!” (n.a. Il est vraiment ressuscité!) ont répondu les pseudo-paroissiens bulgares. Il y a eu une pause qui se prolongeait inquiétant. Père Stavros était pétrifié comme un acteur qui n’a pas bien appris la réplique.

     – “Kir” Stavros, vous avez oublié, comme l’année passée d’allieurs, de dire “Hristos a inviat!”, une voix aiguë d’une Roumaine a été entendue.

       – Oh, Christ a “inviasti”! a balbutié en roumain l’annonce pascal le père Stavros, temps dans lequel sa tête restait comme prête de tomber.

– “Adevărat a inviat!” j’ai répondu en roumain, soulagé, à l’unisson avec les autres Roumains errants à Casablanca. Enfin, avait commencé et pour nous, les pseudo-paroissiens roumains de  l’église orthodoxe de rite  grecque à Casablanca, la Fête de la Résurrection du Seigneur…

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)