Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (14) – Le haschisch

          Casablanca est, sans aucun doute, une ville cosmopolite, à la fois par les résidents et par l’architecture. Ce fait m’a été confirmé chaque fois quand je montais sur la terrasse de l’hôtel “Hyatt Regency”, où je payais deux fois le prix d’une chope de bière, mais j’avais eu le droit de regarder le panorama unique sur la ville. De l’hauteur du dixième étage, j’aimais observer l’agitation du boulevard Tahar el Alaoui, qui sépare le moderne hôtel de quartier Madina el Qadima (n.a. Vieille Ville), un vrai labyrinthe de ruelles bordées de maisonettes blanches, qui sont en frappant contraste architectural et de proportions avec le reste des bâtiments. J’avais l’impression que le XVIIIème siècle et du XXème siècle sont à une distance de seulement quelques minutes de marche à pied. Au-delà de la Madina el Qadima s’étendait le port de Casablanca, après quoi la vue s’arrêtait  seulement à l’horizon, qui sépare le ciel de l’océan. J’étais assis à une table avec une chope de bière avant et je regardais le soleil grand comme une roue de chariot, qui s’immergeait peu à peu dans l’océan Atlantique. Il semblait un disque d’acier chauffée au rouge, soumis à la trempe, qui se produisait, paradoxalement, sans le  grésillement caractéristique du dégagement des vapeurs d’eau.

     “Bonjour, monsieur”, j’ai entendu lors que mes yeux étaient fixés sur le phénomène cosmique en cours. Je me suis retourné et j’ai reconnu monsieur Rachid (n.a. Raisonable) Firdouasi (n.a. Paradisiaque), mon voisin d’appartement, professeur universitaire de chimie à l’École de l’Industrie Minérale  à Rabat. Je l’invitai à s’asseoir à ma table. C’était la tombée de nuit avec une fraîcheur bienvenue. En bas je voyais la constellation des lumières de la ville, en haut brillaient les étoiles. Notre conversation languait jusqu’à ce que j’ai demandé à monsieur Rachid à me parler de haschisch. À ce moment-là, le professeur universitaire a  siroté un gorgée de bière, s’essuyait à la bouche de mousse avec le dos de la main et a commencé, déformation professionnelle, un cours magistral. Voici ce qu’il a dit:

     – Le haschisch est une résine riche en delta-9 tetrahydrocannibol (THC), qui est extraite de chanvre indien (n.a. cannabis indicae sativa). Au Maroc, cette plante est cultivée sur de grandes surfaces au pied des montagnes de Rif. En grattant la résine de ces plantes, on  obtient ce que nous les Marocains appellons  “kif”. Ce matériau est pressé en blocs de 100, 125, 200 ou 250 grammes pour être plus facilement transporté et stocké. Le haschisch pur, de qualité, est malléable, même à la chaleur des doigts, celui de la qualité inferieure ou stocké dans des conditions anormales est fragile et doit  être chauffé pour être traité manuellement. D’autres grands pays producteurs de haschisch sont l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde. Le haschich blonde, produit au Maroc a plus d’effet sur l’activité du cerveau, tandis que le haschisch noir, produit largement en Afghanistan, le Pakistan et l’Inde, a des propriétés calmantes, apaisantes. Cette substance est une drogue, car, après avoir été insérée dans le corps produit une certaine quantité des changements essentiels physiologiques et comportementaux. Le haschisch provoque la dépendance, la nécessité physique et mentale de consommer de la drogue pour empêcher l’apparition du sevrage.

     – Qu’est-ce que c’est le sevrage? je l’ai interrompu.

        – Le sevrage peut être définie comme l’ensemble des manifestations désagréables physiques et mentales, qui se produisent lorsqu’une personne est privée de la drogue, dequelle elle est devenue dépendante. L’utilisation à long terme de la drogue peut entraîner une toxicomanie.

     – Qu’est-ce que c’est la toxicomanie? je n’ai pu pas m’arrêter à  demander…

     – La toximanie est un désir morbide, permanent pour la drogue, et la personne en cause est appelée toxicomane.

     – Est-ce que sont d’interdictions dans le Coran sur la consommation de haschisch? j’ai encore lui demandé, en sachant que dans les cafés de Madina el Qadima on fume du “kif” presque à la vue. Vers le distributeur, trouvé sur une table dans un coin du café tout plein, est envoyé de main en main l’argent pour les matières premières: une cigarette (n.a. 1 dirham marocain = 0,1 dollar), un morceau de “kif” de la taille d’un grain de maïs (n.a. 5 dirhams) et un papier de cigarette (n.a. 10 cents marocains = 0,1 dirhams). La matière première est envoyée sur ​​la même route au client, qui confectionne sur place la cigarette avec  le haschisch,  appelée “juan” dans le dialecte marocain. Pour cela, d’abord il détruit la cigarette et récupére le tabac. Ensuite, il allume le briquet et chauffe pendant deux secondes le grain de “kif” pour le rendre malléable. Puis, il  pétrit bien dans la paume le tabac avec le haschich, et introduit le mélange obtenu dans le papier de cigarette.

     – Dans le Coran il n’y a pas d’interdictions spéciales sur l’haschisch. Dans l’Orient, le haschisch a été utilisé par la secte chiite islamique “assassins” dont le nom est dérivé du mot arabe “hachachoun” – les fumeurs de haschich qui étaient célèbres pour leur cruauté  avec laquelle ils exécutaient leurs ennemis. Marco Polo a affirmé que les “assassins” consommés du haschisch comme un stimulant mental avant d’aller au combat, qui les aide à acquérir un une vision extasique du paradis, où ils voulaient entrer comme des martyrs. Au Maroc, quoique la loi l’interdit, on produit et on consomme de grandes quantités de “kif”. Monsieur le professeur s’est arrêté, probablement parce que il avait la bouche sèche,  en étant donné qu’il a bu tout le reste de bière de la chope d’un trait. Entre temps, j’ai  regardé en bas, vers les cafés les plus proches à Médina el  Qadima et j’ai pu observer que les distributeurs de “kif” étaient assis à leurs tables dans l’attente des clients.

     – On y va? j’ai lui demandé, en ayant à l’esprit l’étonnement du fait que dans le Coran ne sont pas exprimés interdictions de haschisch, alors que l’alcool est interdit dans trois versets .

     – Encore une chope et on va partir à la maison, il a répondu, en me regardant avec les yeux suppliants…

 

Doru Ciucescu

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)