Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (17) – Les vendeurs d’eau du Maroc

     Qui parcourt la place des Nations Unies de Casablanca est impressionné par la monumentalité des bâtiments et de la fontaine du milieu de celle-ci. La principale voie d’accès est le boulevard Hassan II, qui a coupé la place en deux parties inégales, parce que l’une comprend la Mairie et le Palais de Justice et l’autre le Palais de la Poste et la fontaine. Ici est l’un des endroits préférés par les bidaouis (n.a. nom donné aux habitants de Casablanca) pour faire une promenade dans les soirées du Ramadan.

     Il était 22 heures et dans la place s’avait formé un maximum d’affluence. Parmi eux, j’ai remarqué la présence pittoresque des vendeurs d’eau, toujours habillés en costumes de couleur rouge, semblables à ceux du Père Noël. Je ne les ai jamais vu avec de la barbe. Leur tête est protégée par de chapeaux de paille couverts avec le même tissu que le costume, en ayant  les bords avec de pompons rouges de laine. L’eau est stockée dans une grande outre, tenue sur la hanche, confectionnée en fourrure de chèvre, en étant munie d’un long tube pour l’évacuation de l’eau, ce qui m’a donné l’impression d’une cornemuse écossaise. La courroie qui soutient l’outre est passée en diagonale sur l’épaule. De ces deux ou trois crochets de la courroie pendent une coupe de cuivre plaquée en or. J’avais essayé autrefois, dans un après-midi torride, de boire de l’eau de l’un de ces vendeurs et j’ai constaté qu’elle est étonnamment froide. J’ai réussi à m’expliquer ce paradoxe quand j’ai vu que les vendeurs parfois arrosaient avec de l’eau les poils de chèvre de l’outre. La chaleur provoque une forte évaporation de l’eau de l’extérieur ce qui a comme effet le refroidissement de l’eau de l’intérieur de l’outre.

 Je m’approchais de la fontaine artesienne éclairée, où les habitants regardaient avec un plaisir non dissimulé la succession de 30 jeux d’eau. Cette richesse de fluide vital réconfortait les descendants des Bédouins du désert du Sahara. Là, j’ai rencontré Jamila (n.a. Belle) et son ami, Mahmoud (n.a. Glorieux), une vieille connaissance à  moi. Mon étudiante méritait bien son nom. Elle portait une robe légère, vapeureuse, en laissant d’entrevoir son ornament du buste et le “postérieur” arrogant, comme chez les  Négresses. Les cheveux noirs, laissés longs, peignés avec la raie au milieu, contrastaient fortement avec sa peau blanche. Ses yeux étaient grands, lascives, de couleur verte, caractéristiques  aux Berbères des montagnes de Kabiliye d’Algérie. Mahmoud était un jeune homme de taille moyenne, avec le teint foncé, légèrement jaunâtre. Ses cheveux étaient noirs, coupés courts et enduits du gel. Ses lèvres charnues étaient très sensuelle. Nous nous étions serré les mains chaleureusement et Mahmoud, qui était revenu d’Amérique de quelques jours, a tenu faire la remarque:

     – Cette fontaine me rappelle de Niagara Falls (n.a. Chutes du Niagara). Comme vous le savez, en raison du résultat exceptionnel obtenu dans le T.O.E.F.L. (n.a. Test of English as Foreign Language), j’ai gagné une bourse d’études à l’Institut de Technologie du Massachusetts (n.a. Massachusetts Institute of Technology) à Cambridge, qui est séparée de Boston par Charles River. En un week-end je suis allé par  l’autocar de la compagnie Greyhound (n.a. Lévriergris) pour visiter les Chutes du Niagara.

     – Aa, l’a interrompu Jamila. Même si je n’ai pas été là, j’ai lu beaucoup de choses sur les Chutes de Niagara. Elles sont situées sur la rivière Niagara. Elles sont composées d’American Falls, c’est-à-dire les Chutes Américaines, qui sont situées sur le territoire américain, et Canadian Falls, appelées Horseshoe Falls, c’est-à-dire les Chutes de Fer à Cheval, qui sont bordées par  le territoire canadien. Les deux chutes sont séparées par Goat Island, c’est-à-dire l’île de Chèvre. American Falls sont plus petites, avec une hauteur maximale de 30 mètres. Pour qu’elles soient mieux admirées, sur le sol américain a  été construit Prospect Point (n.a. Point de Perspective), une plate-forme en console, faite de métal et de verre, située à une hauteur de 25 mètres, qui arrive au milieu de la rivière Niagara. Les câbles qui soutiennent Prospect Point sont fixés d’Observation Tower, c’est-à-dire la Tour  d’Observation. Avec un ascenseur on peut monter au sommet de la tour pour obtenir une meilleure vue de la cascade ou on peut descendre au niveau du quai, d’où on peut prendre le bateau appelé Maid of the Mist,  c’est-à-dire Mademoiselle du Brouillard. Avec ce bateau on peut faire durant une demi – heure le tour des deux chutes d’eau et entrer dans le brouillard, qui se forme au pied d’elles.

     – Oui, c’est comme ça, l’a interrompu Mahmoud, un peu malheureux qu’on a lui pris le plaisir de nous montrer son talent de conteur. Pour arriver aux Chutes Américaines toutes les routes passsent par Prospect Park, dans lequel, on trouve tout ce qu’un touriste veut, du bureau d’information aux magasins de souvenirs. Par Horseshoe Falls coule environ 90 pour cent du débit de la rivière Niagara. Elles ont a une chute maximale de 58 mètres. Au Canada, il y a trois tours d’observation: Skylon, Minolta et Maple Leaf Village (n.a. Village de la Feuille d’Érable). Elles sont beaucoup plus grandes que la Tour d’Observation. Là, j’aimairais passer notre lune de miel. À la vue d’un vendeur d’eau, Mahmoud a arrêté son exposé et a commendé trois coupes d’eau, une pour chacun. Je ne l’ai laissé pas payer. Le tout m’a coûté 60 cents marocains (n.a. 100 cents marocains = 1 dirham marocain = 0,1 dollar). L’eau était très bonne au goût comme l’eau qui pourrait être bue à n’importe quel robinet à Casablanca. La qualité exceptionnelle est due au fait que la production et la distribution de l’eau avaient été louées par la mairie de la métropole marocaine à la compagnie française “Lyonnaise des Eaux”.

     – Comment c’est l’eau à “Baco” (n.a. Bacau)? m’a surpris Mahmoud.

     – Euh… comme ci, comme ça, j’ai lui répondu sans enthousiasme. J’ai constaté que m’est disparu soudain le plaisir de promenade…

 

Doru Ciucescu

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)