Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (20) – Le rapide de Marrakech

     Le Maroc est un pays bilingue, ainsi les documents officiels peuvent être rédigés en arabe et en français. Pour cette raison, d’une part, la capitale touristique du Maroc est Marrakech, prononcée “Marrakch” par les Arabes. En roumain, le nom de cette ville est pris du français, en conduisant à une lecture erronée. Quand le Maroc va devenir complètement arabisé, comme c’est le cas de l’Algérie, dans la langue roumaine on pourrait utiliser le nom Marrakch pour cete localité, qui est la transcription de la prononciation dans la langue arabe.

     J’ai  visité Marrakech à plusieurs reprises. La première fois c’est passé à la fin de Juillet. Pour parcourir les 240 kilomètres entre Casablanca et Marrakech, j’ai choisi le rapide,  ainsi que vers huit heures j’étais à la gare de Casa Voyageurs, une construction blanche avec le toit de tuiles vernissées de couleur verte, au milieu de laquelle trônait une tour avec quatre montres, une de chaque côté. Le hall n’était plus haut que celui de la gare de Bacau, mais étincelait de propreté, peut-être et à  cause du dallage en marbre noir. Les voyagers, dans leur grande majorité, étaient habillés en style européen. Seulement quelques dizaines de femmes portaient des vêtements arabes et aucune ne couvrai son visage avec un voile. Prédominaient les jeunes touristes en pantalons courts, équipés de sacs à dos, dont beaucoup étaient allongés directement sur le dallage, le long des murs. S’avait formé une forte densité de langues parlées simultanément sur l’unité de surface. On distinguait le français  avec l’accent  spécifique des Canadiens du Québec. Les salutations “hello” et “hola”  étaient prononcées avec les plus  différents tons. De temps en temps on entendait un “yawohl” sorti des gorges, qui avaient la résonance des tonneaux de bière. Avec une certaine régularité, la syntagme “In cha Allah” (n.a. Si Dieu le veut) se remarquait  dans le murmure du hall, quand il y se passait qu’elle soit prononcée simultanément par de nombreux Marocains. Les plus bruyants étaient les Britanniques, en étant secondés a grande distance par les Allemands. En echange, les Japonais étaient silencieux et contemplatifs. Avec 50 dirhams (n.a. 1 dollar = 10 dirhams) j’ai acheté un billet de seconde classe. La porte d’entrée sur le quai a été ouverte seulement quelques minutes avant de l’arrivée du train.

     Dans le train régnait la même propreté étincelante, comme dans la gare. Les wagon étaient sans compartiments. Je n’ai pas vu une banquette taillée  ou une fenêtre brisée. Malgré la chaleur de l’extérieur, l’air que nous respirions était frais à  cause de l’installation de climatisation. En face de moi s’est assise un jeune Japonaise. Sa peau était blanche nacrée, par laquelle on voyait les minces  fils  bleuâtres du système vasculaire périphérique. Les lunettes de soleil ne laissaient pas à voir les yeux bridés. En face, ses cheveux noirs ont été laissés sur le front et coupés en ligne droite, et derrière ont été recueillis dans une queue courte, en forme d’une moitié de banane. Sur la tête, elle avait un chapeau avec les bord petits, de pailles de riz, orné avec un ruban lilas et serrè sous le menton avec un cordon de même couleur. Le nez avait un contour linéaire et les parrois des narines minces et fremissantes. La bouche petite et ronde était le seul élément facial qui contenait de lignes courbes. Ses lèvres étaient enduites avec de rouge à lèvres lilas. Il portait un tricot blanc à collet et manches courtes, qui laissait les épaules partiellement découvertes. La large sangle d’un petit sac à dos, de couleur gris, avec de raies lilas, passée obliquement sur ​​son épaule, ne pouvait pas couvrir en totalité les seins, de la grandeur d’un demi-pamplemousse, qui sortaient audacieux en relief, en étirant et en amincissant le matérieau du tricot. Un pantalon court lilas et assez large lui couvrait partiellement les genoux. La ceinture de la couleur gris du pantalon mettait  en évidence la taille de “top-model”. Elle portait une paire de mocassins en cuir lilas et une paire de chaussettes courtes, de la même couleur, qui permettaient de voir le tendon d’Achille très prononcé. Peu de temps après le départ, je ne sais pas d’où, elle a fait sortir un appareil photo et m’a demandé dans un anglais “fluent” de lui faire une photo.

     – “You are very kind” (n.a. Vous êtes très gentil), m’dit elle, avec la joie d’un enfant à qui on satisfait un désir, en s’inclinant et joignant les mains. J’ai pu constater  qu’elle avait de longs ongles peints avec vernis lilas perlé. Ensuite, d’un coup, est apparu dans ses mains un guide touristique.

     – Je voudrais que vous me lisiez quelque chose sur Marrakech, j’ai lui demandé poliment.

     – Marrakech est située sur les rives de l’oued Tensift, au pied des montagnes du Haut Atlas, qui la protège de  l’expansion du désert de Sahara. Le climat est sec et très chaud, avec des températures atteignant à l’ombre même 50 degrés Celsius.

     À ce moment – là est apparu le controleur qui a battu doucement avec la pince poinçoneuse sur le châssis métallique de mon siège. Vêtu d’une élégante uniforme brune, avec un sac de la même couleur, soutenu par une sangle passée en diagonale sur l’épaule, il a professionnellement vérifié mon billet et de la Japonaise.

     – S’il vous plaît continuez, je me suis adressé à la  jeune Japonaise.

     – Les principaux sites touristiques de Marrakech sont les suivants: la mosquée Koutoubia, la place Jamaa Al Fna, le palais El Badi, le bassin El Manara et la forêt avec 180.000 palmiers.

     Par la fenêtre, j’ai vu une une végétation de plus en plus brûlée au fur et à  la mésure qu’on s’approchait de Marrakech. Pendant ce temps est apparu un serveur, vêtu avec une uniforme d’un hôtel-restaurant de cinq étoiles, en poussant un chariot en barres de laiton brillante. J’ai commandé deux orangeades, une pour moi et une pour la jeune Japonaise, lesquelles, évidemment, je les ai payé. La sympatique mademoiselle s’est réjouit comme un enfant, en sortanr un rire à peine perceptible. J’ai appris que son nom est Haku, qu’elle est célibataire et travaille comme un “free-lancer” (n.a. concepteur, qui développe et vend aux entreprises productrices de projets non sollicités initialement, mais attrayants) dans le domain des jouets.

     – S’il vous plaît continuer, j’ai répété l’exortation vers la passagère en face de moi.

     Haku a pris le siège vide à côté de moi et a continué à lire, en tenant le guide touristique de sorte que je puisse voir aussi le texte.

     …Le train est entré dans la gare de Marrakech. Quand j’ai descendu sur le quai, j’ai vécu l’experience du passage brusque de 20 à 50 degrés Celsius, qui m’a presque provoqué un arrêt respiratoire et qui m’a fait oublier momentanément de Haku. C’était comme si je me serais noyé avec un œuf très chaud. La priorité a été de m’acheter un chapeau de paille à larges bords pour me protéger du soleil brûlant. Pendant ce temps, la Japonaise avait disparu dans la foule. En face de la gare attendaient de dizaines de fiacres avec lesquels on pourrait faire un tour de la ville en quatre heures pour 100 dirhams. L’air chaud me brûlait non seulement le larynx,  mais aussi mes poumons. Je me suis jeté dans l’un d’entre ils et, de l’ombre offerte par le capote, je me suis écrié au cocher avec une voix torturée:

     – Tu va d’abord á la palmerie et puis on verra.

     Chose indubitable, je pensais, dans le train il y a de meilleures conditions de voyage que dans le fiacre; là – bas  l’air, au moins, est climatisé…

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)