Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (22) – Un Bédouin enamouré

      J’avais lu sur une affiche que dans un jour du Juillet devait avoir lieu une exposition de peintures collectives de six “jeunes artistes marocaines audacieuses” à un grand hôtel dans Aïn Dïab (n.a. La Source du Loup), la station balnéaire située à seulement quelques kilomètres de Casablanca. L’entrée était libre, ainsi qu’à l’heure fixée j’étais au vernisage. Dehors, il faisait une chaleur du saison estival, mais à  l’interieur je sentais la fraîcheur assurée par  l’installation de climatisation d’un hôtel quatre étoiles. Le vernisage a eu lieu dans un salon énorme, situé au premier étage de l’hôtel. Sur tous les murs tapissés avec feutre de la couleur d’azur pendaient de toiles  plus ou moins grandes, en représentant des paysages. Prédominait la couleur des briques des bâtiments du Sud marocain ou celle jaune – gris des dunes du désert du Sahara. Le milieu de la pièce donnait l’impression d’une oasis entourée de sable grâce aux couleurs vives d’une longue table remplie de toutes sortes de sandwiches, de produits de pâtisseries, de gâteaux, de boissons gazeuses et de bière. Une porte ouverte donnait sur ​​un balcon où il y avait quatre petites tables. Les environ trente personnes étaient habillés à l’arabe et à l’européenne. Lors du vernissage ont pris la parole un critique d’art français, une dame de l’Association des Artistes Marocains et les jeunes peintres. Leurs vêtements étaient sommaires, mais dans une grande richesse de couleurs. Tous les allocutions ont eu lieu en français. Ensuite, chaque invité a pris une assiette sur laquelle a posé un large éventail de couleurs des produits culinaires du buffet suédois, après quoi est passé devant les peintures. Il m’a fallu une heure pour terminer d’admirer les exponats; heureusement, les peintres se rivalisaient en explications.

     Chargé d’émotions esthétiques agréables, j’ai pris du buffet suédois une canette de bière, puis je suis allé sur le balcon où je me suis assis à une table. À ma surprise, de là on pouvait voir la cour intérieure de l’hôtel, qui  était dominée par une piscine olympique de 25 mètres de long et huit couloirs de natation. Sur la chaise libre à ma table s’est assis doucement, probablement de peur de la casser, un jeune, gras, très brun, cheveux bouclés, noirs comme l’aile de corbeau, enduits du gel, coupés en ligne horizontale au niveau des yeux, ainsi qu’on mettait en évidence la nuque épaise. Son tricot blanc, avec un palmier peint sur la poitrine, quoique plus grand par quelques chiffres,  ne réussissait pas à cacher le ventre bombé et les “jambons” de la zone des lombes. Son pantalon large, confectionné de coutil blanc, se terminait avec de  revers. Une paire de chaussures blanches “Adidas” complétaient sa tenue. Dans les yeux noirs comme les mûres on pourrait lire une tristesse. Pensif, il a mis une canette de bière sur la table et l’a ouvert. Puis, comme si dans une transe, il a tourné son regard vers moi et m’a salué en arabe.

     – “Kaf hallikoum” (n.a Comment allez-vous)?

   – Je ne suis pas du Maroc, je suis de la Roumanie. Mon nom est Doru, j’ai lui répondu en anglais, en espérant qu’il me comprenne.

     – O.K. Je m’appele Aaziz (n.a. Cher). Je suis Bédouin originaire de l’Arabie Saoudite et je vis dans l’oasis Yabrin du désert Rub el Khali. Je vous vois un vieil homme, donc je peux vous dire la raison de ma venue à Aïn Diab. J’ai un grand chagrin: je suis enamouré d’Aaziza (n.a. Chère), mais Aanid (n.a. Inflexible), son père, n’est pas d’accord  de me marier avec sa fille. L’histoire est longue.

      Arrivé ici avec le récit, Aaziz a bu une gorgée de bière, puis il a continué:

     . Je veux noyer mon chagrin dans l’alcool, ce que je ne peut pas faire dans mon pays, où il est interdit à la fois la consommation et le commerce de cette boisson. Qui viole ce commandement d’Allah risque de recevoir soixante-dix coups de fouet aux plantes des pieds.

     – Très intéressant. S’il vous plaît, racontez-moi comment a commencé votre amour.

     – Nous, les  Bédouins, lorsque nous aimons, nous disons en arabe “iouheibou nacataha baïri oua baïri iouheibou nacataha idzan ouheibouha oua touheibouni” qui se traduit ainsi de suit: la chamelle d’elle aime  mon chameau et mon chameau aime la chamelle d’elle, donc elle l’aime et je il l’aime. Cela c’est arrivé et avec moi: Nacata (n.a. Chamelle) d’Aaziza aime mon Baïr (n.a. Chameau), et mon chameau aime la chamelle d’Aaziza, donc Aaziza m’aime et moi, j’aime Aaziza. Dans notre pays, les parents choisissent le mariage de leurs enfants. Il arrive souvent que les jeunes mariés ne se connaissent que dans le jour du mariage. J’ai rencontré Aaziza sur l’une des rues de l’oasis. J’ai lui souris, et elle a levé le voile que je voie commment  elle est belle. Puis nous avons commencé à écrire de billets, que nous les jetaient sur la rue avant de passer un en face de l’autre. Notre malheur a été que son père est entré en possession d’un tel billet. Immédiatement Aanid a fermé Aaziza dans la maison, puis est venu à notre ferme et a dit de gros mots à mon chameau, l’a injurié el  maudit et l’a frappé à plusieurs reprises avec un bâton sur la bosse en ma présence. De cette façon, il a laissé entendre qu’il ne partagent pas l’amour qui existe entre moi et sa fille. Puis mon chameau s’est enervé, s’est précipité sur lui, l’a craché, puis l’a jeté par terre et a essayé de l’écraser avec son poitrail. Peut-être qu’il aurait le tué, si moi, ensemble avec mon père et mes cinq frères, n’aurions  pas intervenu rapidement. Nous avons traîné Aanid plus mort que vivant dans la maison de l’oasis. On a du enfermer Baïr dans un étable, tellement il était nerveux. Ensuite, on a appelé la voiture d’ambulance et, furtivement, pour que Baïr ne le voie pas, on a transporté Aanid sur une civière de la maison jusq’au la camionnette, qui l’a emmené à l’hôpital de Riyad. Là-bas le père d’Aaziza a passé trois mois hospitalisés parce qu’il avait plusieurs côtes cassées et d’autres fissurés. Pendant ce temps, mon chameau s’est calmé, surtout parce qu’il, en ne voyant pas Aanid, a pensé qu’il l’a tué. Mais, quelques jours après son retour de l’hôpital, Aanid est venu chez notre maison de l’oisis avec envie de querelle. Baïr était dans l’étable et quand il a vu vivant celui qu’il l’a pensé  mort, il n’a pas pu supporter la situation et s’est tué, en frappant sa tête sur les murs en bois de l’étable. Comment j’ai aimé mon chameau! Avec des larmes dans ses yeux, Aaziz s’est arrêté est a fini de boire la canette de bière.

     – Qu’est-ce que vous avez fait ensuite? je l’ai lui demandé curieusement, après avoir écouté cette bizarre histoire.

     – Je reste ici une semaine pour me déstresser avec de la bière et de whisky, puis je vais me rendre chez moi avec le moral restauré pour commencer le démarche à me marier avec Aaziza. J’ai l’ambition de me marier et avec ses trois sœurs, au fur et à la mesure qu’elles grandissent. Dans le Coran, il est écrit qu’on peut avoir quatre épouses. Son attention et la mienne ont été attirées par environ une douzaine d’animatrices d’hôtel, qui sont entrées dans la piscine avec des maillots de bain… peints directement sur la peau.

     – Nous avons vu aujourd’hui une merveilleuse exposition de peinture, j’ai dit au Bédouin enamouré, qui a voulu révèler un autre objectif stratégique de sa vie.

     – Il se peut que je prenne et quelques concubines des jeunes filles qui  se baignent dans la piscine. Je me fais un harem. J’ai d’actions au gisseement de pétrole près de Dhahran, que m’apporte un revenu annuel d’un demi-million de dollars.

     Je ne savais plus quoi penser; Aaziz parlait sérieusement ou s’avait enivré avec… une bière?

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)