Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (23) – La tannerie de Fès

     Parmi les images représentatives fréquentes de la  publicité touristique du Maroc compte la publicité de l’ancienne tannerie de Fès. Cet objectif a été noté depuis longtemps dans mon agenda avec astèrisque, priorité, et donc, dans un matin, moi et ma femme, nous  étions sur ​​le quai de la gare de “Fas” (n.a. Fès), détendus et en bonne disposition, parce que nous avons parcouru en wagon-lit les presque 400 kilomètres qui séparent Casablanca de cette localité. S’annonçait une journée torride, comme d’une fin de Juillet, mais l’air était encore frais à l’influence des collines boisées qu’on voyait autour. Protégés par les chapeaux de paille à larges bords, on a quitté la gare à la recherche d’un moyen de transport pour la tannerie de Fès. On n’a pas fait deux pas et nous nous sommes trouvés devant Dalil (n.a. Guide), l’un des étudiants de l’Institut Supérieur Industriel à Casablanca. Vêtu avec le blanc étincelant d’un “T-shirt” serré sur le corps et d’un “jeans”, avec les yeux masqués par des lunettes de soleil énormes, je ne l’aurais pas reconnu s’il ne s’aurait pas recommandé seul.

     – Bonjour , monsieur, bonjour, madame. Je suis Dalil, votre étudiant. Quelle surprise pour moi de vous voir dans l’une des quatre villes imperiales du Maroc!

     – Euh, bonjour, Dalil. Que fais-tu à Fès?

     – Je travaille de façon saisonnière comme un guide pendant les vacances dans cette ville millénaire, où mes grands-parents maternels habitent. Peut-être vous ne savez pas, mais les femmes originaires de Fès sont célèbres pour leur beauté, a tenu à metionner Dalil avec une fierté  non dissimulée. Qu’est-ce que vous faites ici, vous voulez visiter la célèbre tannerie à Fès?

     – Tu a deviné. Comment y on arrive?

     – De la gare, vous prennez le bus pour Fès Bali, un quartier comme Madina el Qadima de Casablanca, qui avec les 300 000 habitants est la plus grande agglomération urbaine du Maroc. Il est un vrai labyrinthe de rues et je ne vous recommanderais pas s’y aventurer sans guide. Une fois là, Dalil s’est arrêté, en attendant avec intérêt ma réaction. Moi, j’ai compri rapidement.

     – Je pense de même. J’ai besoin d’un guide, et j’ai pensé à toi, mais pas gratuitement. Combien ça coûte?

– Le tarif est par heure. Pendant une heure on paye 30 dirhams, a répondu Dalil sans ciller.

     – “Ma chi mouchkila” (n.a. Pas de problème),  j’ai répondu en arabe, après quoi j’ai continué en français. Ton tarif me convient. J’ai besoin de deux heures. Qu’en penses-toi?

     – Très bien. Nous pouvons commencer dès maintenant car le bus est arrivé à la station.

     …Après environ une quinzaine de minutes, nous avons descendus du bus et Dalil a commencé la présentation: “Nous sommes à Bali, le plus vieux quartier de Fès, fondé en 789 sur la rive du ruisseau Fès, affluent de la rivière Sebou, par le sultan almoravide Idriss I. En face de nous est la mosquée Karaïoun, fondée en 857, dans le cadre de laquelle opère la plus ancienne université islamique du monde. Pour l’instant, nous allons entrer dans un labyrinthe de rues pour atteindre “madbaghra”,  c’est-à-dire la tannerie. Nous nous sommes perdus dans le labyrinthe de ruelle étroites de Fès Bali, avec la largeur entre un et deux mètres. À côté de noua passaient  d’ânons chargés de sacs ou chevauchés par de gens pressés. Après quelques minutes de marche, une odeur lourde, insupportable nous a fait comprendre que nous nous approchions de la tannerie. On a grimpé quelques marches et on est arrivé sur une terrasse, située au premier étage, où on a eu une vue panoramique sur tout l’atelier de tannerie aménagé en plein air. Près de nous, des dizaines de touristes de partout dans le monde, dont certains tenaient de mouchoirs au nez. Dalil a commencé à prononcer un texte bien mémorisé: “Le Maroc est célèbre depuis des siècles pour ses articles en cuir de qualité. En fait, le mot français «maroquin», qui signifie peau tannée de chèvre, dérive du mot «marocain», c’est à dire du Maroc; la même provenance a le mot français «maroquinerie». Le tannage est la transformation de la peau brute dans un produit imputrescible, le cuir, en consistant d’une série d’opérations: 1) la préparation pour l’obtention de la peau-gélatine; 2) le tannage proprement dit, par lequel la peau-gélatine est traitée avec de tannants pour devenir imputrescible; 3) la finition, la teinture, le séchage, l’onction, l’étirement, le repassage”.

          …Durant que notre guide parlait, on a vu une superficie à peu près rectangulaire, avec une longueur de 125 mètres et environ 20 mètres de large, bordée par des bâtiments de maximum deux étages, blanchis à la chaux, dans laquelle il y avait  déployés centaines de cuves rondes d’un diamètre d’un à deux mètres et à une hauteur d’un mètre, comme les bords d’une fontaine, sauf qu’elles  étaient en briques. Le liquide contenu dans les cuves présentait de couleurs différentes en fonction du flux technologique: à l’extrémité opposée de l’atelier dominait le blanc de la chaux pour nettoyer les peaux, au milieu s’imposait la couleur brune des solutions avec les tannants, et le tiers proche enchantait les yeux en raison de la palette large de couleurs des teintures. Sur le bord d’une cuve ont  été empilées des peaux qui devaient entrer dans les différentes phases du processus de tannage. Quelques ouvriers aux pieds nus, vêtus de tricots déchirés et tachés avec toutes les teintures des cuves, avec le pantalons retroussés jusqu’aux genoux, en ayant sur la tête un chapeau de paille en lambeaux, s’occupaient avec des mouvements lents sous le battement impitoyable des rayons du soleil. Les vapeurs des substances utilisées dans le tannage faisaient l’air irrespirable. On était de seulement  quelques minutes dans cette atmosphère et déjà je sentait que je m’étouffe. Ma femme, professeur de chimie, a eu une curiosité professionnelle:

     – Dalil, dis-moi, s’il te plaît, où est-ce que c’est la station de neutralisation des solutions utilisées dans le tannage, parce que je ne la vois pas?

     – Il n’y a pas une telle station. Toutes les solutions chimiques sont jetées directement dans le  ruisseau Fès, qui coule juste en dessous et fournit une canalisation souterraine naturelle. Telle a été la conception de ceux qui ont fondé la ville il y a plus de 1.000 ans.

     – Dans nos jours, même s’il y a de stations de neutralisation des solutions chimiques, il arrive souvent qu’elles ne soient pas utilisées à pleine capacité ou qu’elles soient défectueuses, Ella a parlé avec tristesse une pensée, qui coïncidait avec la mienne.

     Dirigés par Dalil on a parcouru de dizaines de rues pittoresques du quartier Fès Bali, où il semblait que le temps s’est arrêté depuis quelques siècles, mais cette pensée-là ne me donnait pas la paix…

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)