Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (25) – Le détroit de Gibraltar

       Dans un jour du début Mars, j’étais au port Tanja (n.a. Tanger), dans un ferry-boat, qui devait traverser le détroit de Gibraltar en deux heures et demie et jeter l’ancre dans le port espagnol d’Algésiras. L’autocar de compagnie de bus “Eurolines”, qui m’avait transporté de Casablanca avec la destination Paris, se trouvait dans la cale du navire. Le pont principal était occupé par trois quarts d’une cabine-restaurant, en se terminant à l’arrière avec une plage sans du sable, au milieu de laquelle il y avait une piscine avec des murs en carreaux bleus. J’étais assis confortablement, les jambes croisées, sur un banc avec dossier, collé du mur qui séparait la cabine-restaurant de l’espace de la plage. Je respirait avidement l’air frais de la matinée, avec l’odeur de rayons ultraviolets et chargé avec l’humidité salée du détroit de Gibraltar. La proue du navire était dirigée vers le nord-est, vers l’Europe, ainsi que le soleil se trouvait quelque part à ma gauche, à l’est. J’avais eu le temps de remarquer que la surface lisse de l’eau se hérissait à cause des vibrations produites par les oscillations des moteurs du navire. De l’hauteur du pont du navire, j’avais just en face le panorama de Tanger, située au pied d’une colline de calcaire d’une hauteur d’environ 200 mètres et étendue sur quelques kilomètres. L’architecture cosmopolite rappelait le fait que par là sont passés les colonialistes espagnols, portugais, français et anglais. Au premier plan prédominait le blanc comme la chaux du quartier Madina el Qadima. Tous les bâtiments étaient bas, avec pas plus de trois étages. Leur toit était en forme de terrasse, comme une sorte de cour suspendue, où, parmis les antennes paraboliques ou classiques, ondulaient dans le battement de la brise le linge multicolore étendu pour se sécher. Madina el Qadima était entourée par un mur construit au XVIIème siècle par les Britanniques à des fins militaires. Près du côté nord de la Vieille Ville se distinguait l’ancien palais du sultan, transformé en Musée d’art. Le mur défensif présentait sur le côté ouest une grande brèche, qui permettait la liaison entre la place “Socco el Sagher” (n.a. Petite Socco), située à l’intérieur, et la place “Socco el  Kebir” (n.a. Grande Socco), située plus haut, à l’extérieur du vieux quartier. De là, les bâtiments se grimpaient les uns sur les autres, en laissant  découverte seulement la crête de la colline, qui garde encore les formes karstiques résultées de l’érosion naturelle du calcaire. La végétation abondante cachait partiellement le contour des constructions de la ville, parmis lesquelles sortait en relief le minaret de la mosquée “Mahomet V”. La contemplation de la beauté naturelle de Tanger m’a était interrompue par une voix de soprano.

     – Bonjour, monsieur le professeur.

     J’ai tourné mon regard vers la droite et j’ai vu Moubaghta (n.a. Surprise) mon étudiante à Casablanca, une mademoiselle avec de grands yeux, lascives, de couleur verte pâle, en grand contraste avec sa peau relativement sombre, qui me regardait directement, en exprimant une  surprise agréable. Elle avait de longs cheveux noirs et peignés avec une raie au milieu. Elle portait une robe vapeureuse, verdâtre, qui serrait légèrement les rondeurs de ses hanches chargées de charmes,  caractéristiques aux Négresses. Par le décolleté tressaillait dans le  rythme des battements du cœur la poitrine bien  élevée. Une sachette à main rouge, soutenue par une sanglette passée en diagonale sur l’épaule, sortait en relief, en mettant en évidence chaque bercement du bassin. Les chaussures rouges sans talons complètaient la tenue.

     – Aa, Moubaghta, je dois admettre que je ne m’attendais pas à te voir ici. Je vais aller à Paris où des amis m’ont invité pendant les vacances de printemps.

     – Je vais en l’autocar à Marseille où je vais faire un  mariage blanc avec George, un veuf françaie, âgé de 65 ans. Après cinq ans, je vais devenir une résidente permanente en France. Pendant cette période, je vais vivre normalement avec le Français. Je ne suis pas inquiete, parce que George a de l’expérience dans le domaine, il en étant au quatrième mariage de ce genre. Ensuite, je vais divorcer et je vais essayer de reconstruire ma vie avec un jeune Français, tandis que George va essayer un cinquième  mariage blanc avec une autre Marocaine jeune ou une Algérienne ou une Tunissienne Après ces dites, Moubaghta n’a plus prononcé une parole. J’ai gardé le silence parce que ses mots m’avaient laissé perplexe. Le navire avait quitté le port de Tanger depuis longtemps. Il n’y avait pas de vagues, donc la traversée  passait très bien. Je pouvais voir à la fois la côte africaine et celle de l’Europe. À un moment donné Moubaghta a interrompu le silence.

      – Le détroit de Gibraltar a une largeur entre 14 et 35 kilomètres. Gibraltar vient des mot arabes “Jabal”, c’est-à-dire montagne, et “Tarec”,  donc, Gibraltar signifie montagne de Tarec Ibn Ziad, un général glorieux d’origine berbère, de Ifrikia (n.a. Tunisie), qui a réussi le premier débarquement sur le sol espagnol, au pied de la montagne, qui va porter ulterieurement son nom, à  la tête d’une armée composée de 7.000 Berbères et de 700 Arabes. Dans l’année 711, cette armée a défait les combattants du roi wisigoth Roderic et a occupé l’Andalousie. Par la suite, à l’armée de Tarec Ibn Ziad se sont railiées à Tolède de nouvelles forces dirigées même par le gouverneur d’Ifrikia, Moussa Ibn Nussair, après quoi les musulmans ont occupé l’Espagne jusqu’aux  Pyrénées.

     – Comment savez-vous ces détails intéressants? je lui ai demandé avec admiration, en élevant la voix, parce que la sirène du navire était entrée en fonction. Encouragée par la louange, Moubaghta s’est approchait plus près de moi, pour mieux se faire entendre.

     – J’ai été une étudiante à l’histoire pendant deux ans, après quoi j’ai commencé de poursuivre l’ingénierie. Maintenant, j’ai décidé d’abandonner et quitter mon pays où je n’ai aucune perspective quelle me satisfasse. D’ailleurs, mon frère Mughtarib (n.a. Émigré) a tenté d’émigrer illégalement vers l’Espagne par bateau, ensemble avec quelques amis, mais la police de frontière de la côte espagnole les a pris et les a fermé temporairement dans un camp. C’est bien qu’ils ne se sont pas noyés, parce que les a surpris une tempête, comme il est arrivé pour tant d’autres.

     Le ferry-boat entrait majestueux dans le port d’Algésiras, situé à quelques kilomètres à l’ouest du mont Gibraltar. La sirène du navire hurlait de plus en plus fréquement. Moubaghta s’est approché de mon oreille, en reprennant la série d’explications.

     – Gibraltar est aussi le nom du territoire non-autonome de Gibraltar, qui appartient à la couronne britannique depuis 1704, quand il a été occupé par la force des armes. Ultérieurement, à la suite du Traité de paix d’Utrecht de 1714, l’Espagne a cédé le territoire à la Grande-Bretagne.

     – Aujourd’hui, tu a obtenu la note la plus élevée  à l’histoire, j’ai félicité Moubaghta, qui tout à coup, en prenant mes mains dans ses mains, elle m’a posé une question qui m’a amené à l’état de perplexité.

     – Les hommes en Roumanie ont-ils l’habitude de faire de mariage blanc avec les Africaines?

   – Peut-être plus tard, quand la Roumanie va devenir membre de l’Union Européenne, j’ai lui répondu sans conviction… Les autres paroles m’ont été couvertes par le hurlement de la sirène du ferry-boat, qui exécutait les manœuvres d’accostage au quai…

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)