Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (28) – La plage de Mouhammadia

      Mouhammadia est une ville complètement nouvelle, construite sur le site d’un village de pêcheur, de sorte que c’est l’une des rares localités marocaines où il n’y a pas la soi-disant Madina el Qadima. Située sur l’autoroute reliant Casablanca à Rabat, Mouhammadia a été développée comme une ville industrielle, mais aussi comme une ville touristique. La raison principale pour le déplacement de 30 kilomètres vers la plage de Mouhammadia était que l’eau dans la baie était à quelques degrés plus chaude que celle l’océan Atlantique sur les autres plages proches de Casablanca, où il se faisait plus ressentie l’influence du courant froid des Canaries. Une autre raison de ma préférence pour cet endroit se référait au plaisir que j’avait de regarder les bateaux ancrés dans le port, situé à proximité de la plage.

     Dans un samedi matin de Juillet, j’étais sur la plage de Mouhammadia, à l’abri d’un parapluie, proprièté personnelle, que je le considérais comme une nécessité pour la protection contre le soleil brûlant du parallèle 34. Derrière moi se trouvait le hotel Samir, hôtel de quatre étoiles, et devant moi s’ouvrait la perspective du golf. Sur la gauche, près d’un promontoire rocheux, je pouvais voir les bateaux ancrés dans le port. Loin, au large, un jetski traçait des lignes blanches sur un océan bleu. À côté de moi beaucoup de gens de tout âge s’agitaient avec le souci pour ne pas se brûler trop aux plantes des pieds dans le sable surchauffé. L’air était plein de différents miasmes, parmi lesquels ceux des algues pourries, de lotion contre le rayonnement solaire et de la viande grillée. À un moment donné, dans mon voisinage s’est assise “tabiba” (n.a. doctoresse) Badina (n.a. Corpulente), que je la connaissais du cabinet médical de  l’Institut Supérieur Industriel de Casablanca. Elle a étendu une serviette sur le sable, a installé le parasol, mais… est restée habillée comme est venue, dans une blouse fleurie à manches courtes et un pantalon long, les deux en soie naturelle. Je savais que “tabiba” Badina était veuve, sans enfants et très croyante. Elle  était âgé de 40 ans, mais paraît plus jeune. Sa peau brune-jaunâtre semblait déjà bronzée. Les cheveux noirs coupés court, avec breton, laissaient à la vue un cou maigre, qui contrastait fortement avec le corps massif, donnant l’impression de la tête d’un oiseau au cou nu. En parlant, j’ai découvert que “tabiba” Badina était en cours de recuperer un jour de jeûne des ceux trente jour du mois de Ramadan.

      – Pourquoi vous ne restez pas dans le maillot de bain? j’ai eu une autre curiosité.

     – Parce que les femmes vraiment croyantes n’exposent pas leur corps à la vue des étrangers, a été sa réponse accompagnée d’une levée de l’épaule.

     …Après un certain temps, nous avons continué la discussion dans l’océan, dont la surface était agitée que par les mouvements de baigneurs. “Tabiba” Badina était entrée dans l’eau jusqu’au – dessus des genoux, et moi  jusqu’à mon cou. Au large, le skijet bourdonnait assez fort.

     – Vous ne savais pas nager? je lui ai demandé provocateur.

     – Vous n’avez pas vraiment entendu parler de l’existence de la trompe d’Eustache? m’a répondu par une question “tabiba” Badina, en me perçant du regard par dessous le breton avec ses, yeux bruns, tandis qu’une vague, issue à l’improviste, lui a mouillé son pantalon jusqu’à la taille, en collant de la peau le mince tissu de soie et en sortant en relief le seul élément de lingerie existant dans la zone respective du corps, qui me semblait fait avec une grande économie de matérieau. Puis j’ai réalisé que, malgré sa massivité, “tabiba” Badina n’était pas si grosse et ses hanches se racordaient avec élégance avec la taille beaucoup plus mince.

     – Oui, j’ai appris à l’école. La trompe… euh d’Eustache… euh… est… j’ai commencé à répondre par l’allongement des pauses entre les mots d’avoir un répit de souvenir, mais je n’ai pas arrivé à terminer ce que j’ai eu à  dire parce que “tabiba” Badina, évidemment agacée par ma lenteur, a pris mes paroles de la bouche:

     – La trompe d’Eustache est un conduit membraneux qui relie la caisse du tympan avec le larynx, elle a prononcé catégoriquement, temps dans lequel une autre vague, plus haute que la première, lui a mouillé la blouse jusqu’aux  épaules, en mettant en évidence dans les moindres détails les formes de son corps. A ce moment, je me suis rendu compte avec étonnement que sous la blouse elle ne portait aucun élément de sous – vêtement. Vous comprenez maintenant pourquoi je suis réticente à aller trop loin de la côte? a  continue “tabiba” Badina avec de questions.

     – J’avoue franchement que je ne vois pas la liaison, j’ai répondu humilié, mais avec la voix plus élevée pour couvrir le bruit produit par le skijet derrière moi.

       – C’est très simple! Si par hasard l’eau entre dans mon oreille, il peut arriver qu’au moins une goutte passe à travers la trompe d’Eustache directement dans le pharynx et de l’avaler sans ma volonté. A ce moment, je peux déclarer qu’en vain j’ai tenu le jeûne toute la journée, parce qu’elle n’est pas prise en compte, à  peine a répondu  “tabiba” qu’immédiatement après une forte vague, provoquée probablement par un virage du skijet, l’a couvert complètement. Avant que je fasse un geste de sauvetage, elle est sortie à la surface de l’eau, en disant avec un sourire triste: le jour de jeûne que j’ai voulu le prendre aujourd’hui je vais le récupérer demain.

     – Mais le tympan ne sépare le conduit auditif de l’oreille moyenne et évite ainsi l’entrée  de l’eau dans le pharynx? j’ai essayé de trouver une solution salvatrice dans un moment de raisonnement étincelant.

     – Oui, il est vrai, mais j’ai eu une otite non traitée bien au temps, en raison de laquelle le pus formé a perforé mon tympan. Comme même je ne suis pas trop désolée de l’histoire avec la vague parce que je souffrais terriblement de soif et dès maintenant je pourrais boire de l’eau.

     – Je n’avais aucun moyen de savoir que vous avez souffert d’une otite, j’ai dit à peine, parce que “tabiba” Badina est passée en nageant à côté de moi avec beaucoup de facilité et s’est faite invisible dans la foule de gens qui risquaient inconscients de leur entrer de l’eau de l’océan dans la gorge par la trompe d’Eustache…

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)