Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (30) – Nuages ​​de “plomb”

      Aux lecteurs du roman “La Peste” est offerte une image sinistre d’Oran, où ils peuvent être vus des rats vivants ou morts un peu partout, ce qui semble avoir été inspiré par la réalité, en particulier parce que Albert Camus, prix Nobel 1957, est né à une ville côtière, comme Oran. Après trois ans dans la ville algérienne où j’ai donné assistance didactique à l’École Normale Superieure d’Enseignement Polytechniquer, j’ai resté avec une image plutôt pastellisée, en accord avec la beauté naturelle environnante, même si, quand j’ai traversé quelques rues de la vieille ville Caler, dont le nom arabisé actuel est Amir, j’ai pensé que je me suis trouvé dans un décor prêt pour une adaptation pour l’écran du célèbre roman. Là, Albert Camus a vécu le sentiment de désolation dans la périphérie provinciale, comme son contemporain, le poète George Bacovia, dans la ville Bacau de l’entre deux guerres. En outre, une rue du quartier Caler m’a semblé être une version plus étroite, mais aussi de “plomb” de la rue Herman (n.a. Herschcu) Aroneanu, que j’en ai connu au début des années ’50.

     Oran profite d’un cadre naturel hors ligne pittoresque, offert par une baie bordée de montagnes caverneuses d’origine volcanique. N’est pas un hasard, le nom phénicien de la ville a été Ifri (n.a. Cavernes). Le nom arabe d’Oran est Ouahran, ce qui signifie Deuxlions. Il semble qu’il y a quelques siècles, ces grands félins pouvaient encore être vus autour de la ville. En outre, à l’extrémité orientale de la baie est une montagne en forme de cône, qui semble être une copie inactive et quatre fois inférieure de Vésuve, appelé Assad (n.a. Lion). La présence espagnole dans la période entre 1732 et 1792 est encore sentie à nos jours par le monument de Santa Cruz (n.a. Sainte – Croix) érigé au sommet de la montagne Murdjadjo qui surplombe l’extrémité ouest de la baie. Celle-là pourrait être assimilée au massif montagneux Caraiman, s’il serait quatre fois plus élevé, le vert de la végétation sur la pente n’aurait pas une teinte pâle, un signe du manque prolongé d’eau et présenterait une tache blanche, de neige permanente, comme l’on trouve au mi-chemin  du sentier Busteni – Croix, qui passe par la vallée Galbioara, où s’érige la construction branlante en bois, mais pleine de romantisme du réfuge du même nom.

      Un soir du Mai 1984, je me suis promené avec ma femme sur le trottoir du côté de la Méditerranée du boulevard arqué Front de Mer, qui est suspendu en console au-dessus du port d’Oran. La brise chaude, qui soufflait légèrement du désert du Sahara, nous provoquait l’ouverture des pores de la peau et une sensation de lévitation. À un moment donné, nous nous sommes arrêtés près de la balustrade en d’acier coulé, qui sépare le trottoir de l’abîme au-dessous de nous, pour voir la baie. Dans les bassins portuaires, où s’étendait l’ombre offerte par la montagne Murdjadjo, la mer avait une couleur froide, de “plomb”, non amicale, interrompue parfois par la lueur des taches de nature petrolière, deversées accidentellement. Au large, une brosse avec la manche transparente et avec les fils formés par des rayons du soleil enduait sur la surface de la Méditerranée une palette continue de couleurs vers l’horizon du bleu – verdâtre au rouge- jaunâtre. De nous s’est approché un petit homme, âgé d’environ 50 ans, vêtu d’une chemise blanche à manches longues et un pantalon noir avec manchette. Les chaussures étaient tous en noir et bien polis. Les cheveux sel et poivre, laissés longs et échevelés, n’arrivaient pas de  couvrir entièrement la calvitie  ronde, comme une calotte. Une paire d’yeux sombres et légèrement en saillie nous fixaient derrière des lentilles très bombées de lunettes. J’ai immédiatement reconnu monsieur Sulaïman (n.a. Salomon) Biniahoud (n.a. Filsdejuif), fonctionnaire de banque et abonné comme nous au Centre Culturel Français à Oran. Le mugissement de 50 vaches – puissance de la sirène d’un navire a couvert les formules traditionnelles de salutation et nous a fait tourner notre regard vers le bas, vers le port. Sur un quai d’accostage grandait un monticule de sacs en filet avec de pommes de terre déchargés.

     – Après quelques jours vont apparaître dans les magasins de l’Etat pommes de terre importées, a dit ma femme avec la satisfaction non dissimulée dans la voix.

     – Vous voyez, l’Algérie, denommée dans l’antiquité le grenier de l’Empire Romain, la grande exportatrice de produits agricoles vers la métropole, quand a été colonie française de 1830 à 1962, est devenue maintenant dépendante de l’import, est intervenu monsieur Binïahuud, après quoi, poliment, s’est arrêté. En voyant qu’aucun ne s’inscrit à  la parole, il a développé un exposé plus véhément:

     – Chaque jour viennent de bateaux avec d’aliments, que nous payons avec du pétrole et du gaz. Le régime militaire corrompu a conduit à la catastrophe économique de maintenant . La plupart de la population est pauvre. Sentez-vous que vous êtes assis sur un volcan prêt à entrer en éruption?

     – Oui, je sais qu’Oran a été complètement détruite dans le tremblement de terre de 1790, je l’ai approuvé.

     – Il ne s’agit pas sur les volcans naturels, ils sont éteints depuis longtemps. La population mécontente à peine peut être mise en frein par l’armée. Leur seul espoir est resté la mosquée. De ce fait profitent les personnes qui veulent accéder au pouvoir par la religion. Il viendra un jour, quand les fondamentalistes islamiques vont tuer même les frères, les sœurs ou les parents apparemment par de raisons religieuses, qui cache, en fait, leur soif de parvenir. Je suis un arabe et un musulman modéré, mais à cause de mon nom j’ai commencé à avoir des problèmes au travail. J’ai déjà fait l’approche nécessaire de changer mon nom.

     – Mais l’islam a fait la différence, qui a conduit à gagner la bataille pour la libération du colonialisme dans les pays arabes, j’ai dit.

     – En effet, la religion et l’U.R.S.S. En outre, en 1965, quand Houari Bumediene est devenu chef de l’Etat de la République Algérienne Démocratique et        Populaire, il a  fait cadeau aux soviétiques  toutes les anciennes bases militaires françaises, y compris la base navale de Mers el Kebir (n.a. Le Grand Port) près d’Oran, où ont stationnés les sous-marins nucléaires de l’O.T.A.N.

     Entre temps, le soir est tout à fait venu, et les bateaux était avec les clignotants allumés. A l’horizon, les nuages ​​étaient apparus, lesquels, dans leur partie supérieure, reflètaient encore la lumière rougâtre. La brise a commencé à battre, en apportant un froid humide, plein d’odeurs apportées des profondeurs. La nature en changement nous invitait à une contemplation mute. Cependant, j’ai exprimé une curiosité :

     – Quelle est la politique des États-Unis vers l’Algérie?

     – Les Américains vont encourager les fondamentalistes islamiques, parce qu’ils seront en mesure de faire sortir les Français hors du pays. Cela signifie qu’il y aura une période d’arabisation forcée. J’ai fait l’école seulement en français et je parle l’arabe faiblement, comme, d’ailleurs, la majorité des Algériens trouvés dans ma situation. L’enseignement supérieur sera arabisé et vous les deux il pourrait perdre bientôt les postes, que vous les avez.

     La dernière phrase de monsieur Binïahud m’a fait de ne plus avoir de curiosités. Les nuages ​​à l’horizon étaient devenus de “plomb” et s’approchaient de nous, en annonçant la tempête. Il était venu le temps de rentrer à la maison…

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)