Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (32) – La source avec d’anguilles

       “L’eau, en général, et l’eau potable, en particulier, c’est un problème qui a troublé, trouble et va troubler plus ou moins les gens en fonction de plusieurs facteurs, parmi lesquels l’emplacement géographique est d’une importance primordiale.” Ce sont les paroles un peu alambiquées du monsieur Rachid Firdouasi, mon voisin, tandis qu’il a exécuté avec de mouvements lents et une certaine fierté le rituel de préparation d’une infusion du thé à la menthe, lequel je vais le donner par la suite: dans une théiére d’un litre, remplie de feuilles fraîches de menthe et de douze petits cubes de sucre, il a versé de l’eau chaude d’un bol tenu avec le bras levé au-dessus de la tête, sans qu’aucune goutte tombe  à côté. Puis, il a versé le thé dans son verre, en tenant la théiére à la même grande distance. Il a pris son verre et a versé son contenu de retour dans la théière de l’hauteur qui lui permettait le bras. Il a répété les deux dernières opérations trois fois et puis a rempli successivement mon verre et son verre.

     J’étais avec monsieur Rachid dans un café situé au carrefour des boulevards Mahomet V et Hassan II, où nous avons pris refuge pour échapper à la chaleur de l’après-midi d’un jour du Juillet. De là, nous avions une vue large de la place Mahomet V, qui est une sorte de frontière entre Madina el Quadima et le reste de constructions modernes d’autour. En face je voyais l’hôtel quatre étoiles de huit étages “Hyatt Regency”, qui cachait l’encombrement des bâtiments obsolètes de la Vieille Ville. Le seul élément de végétation dans ce melange de béton et asphalt est formé d’une paire de palmiers, qui gardaient l’entrée de l’hôtel. L’air vibrait et distorsionait le contour du paysage qui fasait  d’augmenter la sensation d’inconfort thermique. “Bon, maintenant tu peux boire le thé préparé à la manière des Berbères du Sud Marocain” m’a invité “said” Rachid.

     – Oui, il est très doux et relaxant en même temps, j’ai lui dit, après avoir siroter avec prudence le thé bouilli. Ensuite, j’ai redémarré l’idée commencée par mon “el jar” (n.a.  le voisin) Rachid: ceux qui sont connectés à un système d’une ville ou d’une comune de distribution d’eau savent que lorsqu’on ouvre un robinet il est possible de voir couler temporairement le soi-disant “l’or blanc” avec un nombre variable de carats. À cet égard, en étant de Bacau, je suis devenu depuis longtemps très circonspect, ainsi que dans la ville à la confluence des rivières Bistrita et Siret, je suis arrivé de ne plus boire l’eau que je la paye… au mètre cube! Je peux te dire qu’il y a beaucoup de gens qui tout simplement on résolu le problème de l’eau potable: au lieu de l’eau ils boivent… du vin! Ce fait je l’ai appris d’après d’aveux de personnes des localités rurales roumaines Jaristea et Ostrov.

     – Aa! s’est écrié “el madou” (n.a. le commensal) Rachid, en ingurgitant attentivement la première gorgée du thé de peur de ne pas se brûler. Puis, il a secoué satisfait sa tête, a tiré encore un coup de feu, puis il m’a dit: j’ai eu aussi l’occasion de constater cette habitude bacchanale, mais en France, où la qualité de l’eau du robinet est devenue exceptionnelle. J’étais à Nice, près d’une sorte de fontaine,  à laquelle l’eau jaillissait horizontalement d’une falaise verticale et j’ai demandé à un vieil homme, qui passait par là, si l’eau est potable. Quelle penses-toi qu’a été la réponse du Français? Je te la dis: “Je ne sais pas, je ne bois que du vin et du «Ricard»” (n.a. Le nom d’une société productrice d’une boisson  alcoolique, parfumée avec l’essence d’anis). En fait, chaque fois que j’effectue des stages de formation à l’étranger et je suis hebergé dans d’hôtels avec buffet suédois, au lieu de l’eau je bois de la bière… mais… avec modération!

     – À Casablanca j’ai consomé l’eau du robinet pendant environ quatre ans et je n’ai pas eu aucun problème de santé, j’ai remarqué avec un certain étonnement dans ma voix, puis j’ai pris une autre gorgée de thé .

     – L’explication est assez simple: La Régie de Distribution d’Eau de Casablanca a été prise par Lyonnaise des Eaux. De cette façon, les habitants de la capitale économique du Maroc consomment d’eau dont la qualité est conforme aux normes françaises. Pas la même chose se passe dans les régions où le désert du Sahara est dans le voisinage, a continué “ousted” (n.a. professeur) Rachid, en laissant le vere plein avec du thé à moitié.

     – Dans les trois ans, quand j’ai accordé assistance didactique en Algérie, j’ai parcouru de milliers de kilomètres à travers le désert du Sahara avec ma voiture “Dacia 1310”, qui est fabriquée en Roumanie d’après licence Renault. Avant de partir dans “la mer de sable”, ma femme prenait une provision sérieuse d’eau et de centaines de gobelets jetables pour pouvoir servir les enfants exigeant “el maa” (n.a. l’eau). Il est dit que celui qui ne donne pas de l’eau à ceux qui ont  besoin de ce liquide déficitaire sera frappé par la “malédiction du désert”. Nous nous sommes arrêtés à plusieurs reprises aux bord de la route asphaltée où sur la carte n’était pas indiquée aucune localité et on ne voyait aucun signe que là – bas pourrait vivre quelqu’un, mais pas une seule fois j’ai eu la surprise de voir apparaître des gens derrière les dunes, en particulier, d’enfants, qui demandaient de l’eau. De plus, nous leur donnaient de cahiers et de crayons, un geste qui leur causait beaucoup de plaisir. En voyant que  mon “sadeq” (n.a. l’ami) Rachid a bu d’une gorgée le reste du thé, je l’ai imité immédiatement, après quoi j’ai rempli les deux verres avec d’infusion.

     – Comment t-a semblé l’eau à Oran? a exprimé une curiosité “el chimiaï” (n.a. le chimiste) Rachid, en buvant et le deuxième verre.

     – Entre 1982 et 1985, l’eau du robinet Oran a été pleine de calcaire, avec un goût douteux, c’est pourquoi j’ai préféré me déplacer chaque semaine à une dizaine de kilomètres avec le coffre de la voiture rempli de bidons en plastique à une source située au pied de la montagne Assad. Là il y avait aménagé, en gradins, de bassins longs de deux mètres, larges d’un mètre et profonds d’un mètre, exécutés en pierre, qui avaient successivement différentes fins: le boire, l’abreuvage, le lavage du linge, le lavage de legumes. Autour de la source il y avait développé un petit village appelé Cristel. Très intéressant de noter m’a semblé le fait que dans le premier bassin j’ai vu toujours… deux anguilles, environ un demi- mètre de long, qui nageaient et avaient le but… de prévenir les gens si l’eau aurait été empoisonnée. Il m’est arrivé que les anguilles me touchent la main qui tenait le bidon immergé dans l’eau du bassin pour le remplir. De là, je pouvais entrevoir de loin le port d’Oran, bordé de l’autre bout de la montagne Mourdjadjo, au sommet de laquelle se trouve le monument de Santa Cruz, qui rappelle de la présence espagnole entre 1732 et 1792. En bas, en proximité, je voyais de chevaux, d’ânes et de chèvres qui s’abreuvaient…

     – Je veux savoir pourquoi les gens de là-bas n’introdusaient pas d’autres poissons dans le bassin de la source, plus petitis, par exemple? m’a interrompu “el alim” Rachid.

     – À cette question c’est toi qui  devrais répondre, Rachid, j’ai répondu étonné que moi je n’ai pas me posé cette question jusqu’à ce moment-là. J’au bu le deuxième verre de thé à la menthe et je me suis demandé rhétoriquement: comme même, pourquoi dans le bassin de la source de Cristel étaient d’anguilles et non d’autres poissons?

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)