Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (33) – Le courant des Canaries

      Dans un après-midi de fin de Juillet, la plage d’Essaouira, ville située sur les rives de l’océan Atlantique à la latitude 31, avait un sable fin, propre, accueillant, mais  était animée seulement par… de mouettes! Intrigué, je me suis déchaussé, je suis sorti du boulevard Mahomet V et avec les sandales à la main j’ai parcouru environ 50 mètres, après quoi je suis entré avec les pieds dans l’eau. Alors, j’ai eu le sentiment que je les ai mis dans… un seau à glace, comme les Roumains excentriques, qui passent leurs vacances d’hiver à… Mamaia. J’étais entré dans l’eau jusqu’aux chevilles, mais je suis sorti immédiatement. J’avais fait connaissance directement avec le froid du courant des Canaries!…

     Un peu plus tard je revenais sur le boulevard Mahomet V, d’environ trois kilomètres de long, qui bordait la rive en arc de la baie, dont à l’extrémité nord, sur un promontoire triangulaire, il y avait enfilés – dans un décor de Moyen Age – “masra” (n.a. port), “casbah” (n.a. forteresse), “madina” (n.a. vieille ville arabe), “mellah” (n.a.  vieille ville juive). Je me suis approché de cette zone pittoresque et j’ai remarqué que dans le port se déroule trois activités principales: on déchargait le poisson frais, on construisait de bateaux de pêche en bois et on mangeait. Cohortes de touristes entraient par la porte dite “Douane”,  passaient près des bateaux en construction et se dirigeaient vers le môle de sud, où j’ai vu des dizaines de tables dressées avec de parasols. J’ai décidé de les imiter et je suis arrivé à m’asseoir à côté d’un monsieur barbu, fumeur de pipe, vêtu d’un tricot de marin. J’ai appris qu’il s’apelle Sahir (n.a. Vigilent). Assaïad (n.a. Lepêcheur) et qu’il travaille comme chercheur à l’Institut de Recherche en Pêche de Casablanca. Au large, à une distance de maximum un kilomètre, était visible un îlot rocheux, entouré par l’océan, devenu de couleur… blanche avec de petites taches bleues dues aux dizaines de milliers de mouettes, qui flottaient dans la recherche d’une proie. L’air était imprégné par l’odeur de la pêche et par le cri de mouettes, en me donnant l’impression que je suis embarqué dans un bateau de pêche. Vers la terre je voyais   les murs avec de bastions de la forteresse et la vieille ville. La contemplation m’a été interrompue par le garçon – un grand homme avec un regard de pirate. En me voyant hésitant monsieur Assaïad est intervenu:

      – Je vous recommande “tajine” de sardines en huile de “arganiers” (n.a. fruits comme les amandes), qui est une spécialité culinaire locale.

     – Oh, bien sûr, je vais sur votre goût; où je voyage, j’aime à connaître les gens et leurs habitudes, j’ai dit avec satisfaction.

     Le garçon, intelligent, a vite compris l’ordre et a disparu. En profitant de la pause créée, mon convive a souhaité faire quelques commentaires:

     – “Tajine” est un plat de viande de mouton, ou d’autre nature, et de légumes bouillis. Tant l’action de préparation que l’action de manger se font dans la même assiette de terre cuite, qui a un couvercle tronconique de même terre cuite, muni d’un petit trou au sommet. Ce type d’amandes sont récoltées sur des arbres qui poussent seulement au Maroc, sur une superficie de 800.000 hectares située dans les montagnes de la zone côtière de Safi à Agadir. En 1999,  cet arbre a été déclaré monument naturel par l’U.N.E.S.C.O. et est protégé en tant que tel. Les plus grandes menaces pour ces forêts sont les incendies et les troupeaux de chèvres domestiques, pour lesquelles les fruits, les feuilles et les brindilles, même si elles sont couvertes avec d’épines, sont un délice. Dans le cas de la viande, elle se trouve en abondance dans les eaux environnantes, ce qui explique pourquoi Essaouira est, en plaisantant, aussi appelée “Madame Sardine”. Par conséquent, nous allons manger du poisson fraîchement pêché de l’océan. Pendant ce temps le garçon est apparu avec deux portions de “tajine”, de laquelle  sortait la vapeur par le trou du couvercle, comme un volcan en miniature. Les vaisseaux avaient une couleur brune et étaient émaillés seulement à l’extérieur .

     Monsieur Assaïad a pris avec soin le couvercle de l’assiette et l’a posé à côté, chose que je l’ai fait moi aussi.  Un épais nuage de vapeur s’est levé immédiatement, en laissant à la vue quatre grandes sardines, nettoyées de tête et des organes internes, et quelques tranches de pommes de terre, de carottes et de courgettes. L’odeur était appétissante, mais le plat était trop chaud, on a dû attendre.

     – Il semble à être quelque chose de savoureux, j’ai dit, en tatonant avec un doigt le vaisseau en terre cuite.

     – Vous allez adorer la sauce. Il a été utilisé un mélange de plus de 20 épices qui nous, les Arabes, l’appellont “ras el hanout”, ce qui signifie littéralement “la tête de l’épicerie”. Pour que, nous devons attendre davantage jusqu’à ce que le plat va se refroidir, je peux vous dire brièvement l’histoire du nom de la ville. Sur ce sujet, circulent plusieurs versions, mais je vais vous dire l’une d’entre elles. Essaouira signifie en berbère “le travail bien fait”. Au XVème siècle, les Portugais ont aménagé ici une tête de pont et ont changé le nom de la petite localité en Mogador, qui vient, apparemment, à partir des mots “amo”, qui signifie “propriétaire”, et “gado”, qui signifie “bétail”. Peut-être que les navigateurs européens ont vu de bergers de bétail et de chèvres dans les forêts environnantes. En 1541, les Portugais ont quitté ces lieux, en laissant tout entre les mains des chefs de tribus. En 1765, le sultan Sidi Mahomet Ibn Abdallah a saisi la localité et lui a donné l’ancien nom – Essaouira. Quand a commencé le protectorat français en 1912, la villette a retrouvé le nom de Mogador. Depuis le Maroc est devenu indépendant, en 1956, la ville a été appelée de nouveau Essaouira.

     – Le port semble avoir une architecture portugaise, je remarquai, après j’ai raté une tentative de goûter la “tajine”.

     – Le sultan Sidi Mahomet Ibn Abdallah a voulu reconstruire à partir de zéro Essaouira. Il a donc fait appel à l’architecte français Théodore Cornut, un disciple de plus célèbre Sébastien Vauban, commissaire général des fortifications, qui a conçu la ville de Saint- Malo. En autre,  la fortification du port a été conçu par un Génoi, qui a prévu une plate-forme en gradins, appelée même aujourd’hui “Scala” (n.a. Escalier).

     – La sauce bouillonne même maintenant, j’ai donné la parole à une conclusion.

     – Bien sûr, m’a approuvé un peu agacé monsieur Assaïad, après quoi il a continué: alors qu’elle a été sur ​​le feu, la terre cuite a accumulé beaucoup de chaleur, laquelle elle la dégage maintenant.

     – Peut-être qu’elle a été tenue plus du temps sur le feu parce que les sardines viennent d’être prises à partir de l’eau glacée de l’océan, j’ai essayé une blague.

     – Il est possible, a goûté ma blague monsieur Assaïad, en continuant: à Essaouira se fait sentie de plus la présence du courant froid des Canaries qui lave les côtes de l’Europe et de l’Afrique, en commençant de Cabo da Roca (n.a. La Tête du Rocher), du Portugal, et en terminant au Cap Vert, du Sénégal. Les petits organismes marins se développent très bien dans l’eau froide, d’où  l’abondance de poissons et de mouettes. Par conséquent, les navires de pêche du monde entier viennent dans les eaux du courant des Canaries pour remplir bien les filets, y compris ceux de la Roumanie, n’est-ce pas?

     – Sans doute, j’ai lui répondu, en pensant au scandal de la vente de la flotte roumaine, mais aussi au fait que la cuisine marocaine est soit trop… épicée, soit trop… sucrée, soit trop… chaude.

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)