Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (35) – Tu ne dois pas voler!

      Quand un Arabe construit une maison, son premier souci est… d’entourer le terrain avec un mur d’une épaisseur considérable, plus haut que la stature d’un homme, dont la surface supérieure, plane et horizontale, est couverte… avec de morceaux, de verre brisé, pris dans le mortier! Alors, peu importe où est situé l’immeuble, celui qui a la langue maternelle identique à celle des personnages principaux du film “Ali Baba et les 40 voleurs” prend en compte que l’élément décoratif principal n’est pas obligatoire la colonne, l’arche en forme de fer à cheval, le mur couvert d’arabesques, mais… le grillage métallique de devant les fenêtres, qui constitue une version moderne du grillage de maçonnerie, connu davantage par les Roumains dans les  films avec des harems.

     Sur Casablanca, en étant une ville cosmopolite, où l’architecture arabe se fond harmonieusement ou ne rime à  rien avec celle des États civilisés, qui ont eu temporement de bases militaires au Maroc, on pourrait penser qu’elle présente une  proportion plus réduite de fenêtres grillagées. Au contraire, dans la capitale économique du Maroc existe une diversivité infinie de grillages métalliques.

      J’étais dans la zone industrielle de Casablanca, située dans la bande côtière vers Rabat, où je guidais la pratique de production des étudiants de l’Institut Supérieur Industriel. Je venais de sortir d’​​une usine de production de semi-fabriqués laminés et je me dirigeais vers une usine de vis  située à proximité. C’était un après-midi de Juin, avec un ciel clair, quand les rayons du soleil deviennent  ruisseaux de feu. La brise chaude venue de la terre sec augmentait la sensation d’inconfort thermique. L’air vibrait et atténuait les lignes de contour. A l’horizon, à travers  la brume blanchâtre formée par la vapeur d’eau s’entrevoyait le bleu de l’Atlantique. Dans mes oreilles entraient sans invitation de cliquetements, de craquements, de  crépitements, de sifflements, qui ont cessé brusquement lorsque le son long et réuni des sirènes des plusieurs entreprises ont donné le signal pour la pause déjeuner avec une durée d’une heure. Immédiatement ont commencé de sortir dans les rues de groupes de travailleurs à la recherche d’un endroit ombragé, où ils peuvent déjeuner parce que très peu d’entreprises ont des salles aménagées à cet effet.

     Je me suis dirigé vers un restaurant, en fait, une construction basse, sans crépi à l’extérieur, avec une terrasse ombragée par deux figuiers aux feuilles poussiéreuses. A l’entrée, sur une plaquette peinte en noir  était écrit à la craie en arabe le menu unique: “Nasf jaja maa arouz – 15 d” (n.a. demi-poulette avec du riz – 15 dirhams). Je voulais manger une “chorba” (n.a. soupe de légumes passées), mais je n’avais pas le choix. A l’intérieur, une dizaine de tables ont été disposées en deux rangées. Un garçon faible, avec un petit tablier en face, où on pouvait déduir le menu des derniers jours, m’a invité à s’asseoir avec un sourire édenté. J’ai commandé en arabe la “nasf jaja”. Pendant ce temps, un jeune homme vêtu d’un tablier bleu m’a demandé la permission de s’asseoir à la même table. J’ai immédiatement reconnu Hadziq (n.a. Adroit) Binlahham (n.a. Filsdesoudeur), un de mes anciens étudiants de l’Institut Supérieur Industriel à Casablanca. Heureux de rencontre, il m’a dit fièrement qu’il est devenu le propriétaire d’un atelier de constructions métalliques situé dans la zone, en raison de l’aide apporté par l’Etat marocain aux jeunes qui souhaitent développer leur propre affaire.

     – J’ai une mini – entreprise, qui ne dépasse pas neuf employés. Habituellement, je ne mange pas ici, mais j’ai fait les grillages métalliques pour les fenêtres de ce local et comme récompense j’ai le droit à un déjeuner gratuitement pendant deux mois. Dans ce local viennent pour déjeuner les travailleurs, les spécialistes, les chefs d’équipes, les contremaîtres, les petits fonctionnaires des entreprises de proximité, à savoir ceux qui gagnent moins de 3.000 dirhams par mois. Les boss partent à la maison avec les voitures personnels ou de service et reviennent aux bureaux  après deux heures ou plus. Ses paroles ont été interrompues par le garçon, qui, avec les mains de bineur, mais bien lavées avec des solutions puissantes, utilisées pour nettoyer après beaucoup de temps la vaisselle graisseuse, nous a mis  en face de chacun une assiette avec “nasf jaja”.

     – Tu as beaucoup de clients dans l’atelier? je lui ai demandé, surtout pour noyer le bruit produit par les os cassés chez les jeunes dents de mon convive. Il y avait une pause causée probablement à un os plus grand, après quoi Hadziq a murmuré en arabe:

     – “El hamdou li Lah” (n.a. Merci à Allah).

     En voyant l’élan pris par le jeune en face de moi, je n’ai plus l’interrompu avec de questions et j’ai essayé de l’imiter à la mesure de mes modestes possibilités, en raison des problèmes que j’avais avec les molaires. Je n’ai pas fini de manger même un quart de la “nasf  jaja”, quand Hadziq, avec l’assiette vide devant lui, a redémarré le commentaire commencé:

     – Les construction métallique vont très bien. Bientôt, je vais embaucher encore trois travailleurs . La plupart des commandes sont faites de grillages et de portes métalliques.

     – Pourquoi? j’ai demandé, plutôt pour m’occuper sans entrave de “nasf jaja”, qui n’était pas assez cuite.

     – Les gens ont peur des voleurs et se barricadent derrière les grillages. En Arabie Saoudite le vol est puni exemplairement. Lors de la première infraction on coupe une main. Si le récidivist est surpris voler pour la deuxième fois, il risque une peine de mort par décapitation. Au Maroc, les lois sont plus souples et les voleurs ont pris courage. Pour la protection des citoyens étrangers sont mobilisés beaucoup de policiers déguisés en civil. Les voleurs n’ont pas peur de la période de détention, mais de la correction reçue à la police, après laquelle beaucoup perdent toutes leurs dents de devant.

     – Oui, ils ont une raison sérieuse de craindre, j’ai approuvé Hadziq, en regardant sans puissance le morceau de la viande blanche de mon assiette. Mon convive  à évalué en silence la situation créée et m’a communiqué diplomatiquement sa conclusion:

     – S’il vous plaît, pardonnez-moi, mais je dois m’en aller parce que, comme je l’ai dit, mes clients attendent avec impatience d’être protégés contre les voleurs.

     Resté sans convive, j’ai mangé que le riz et je me suis consolé philosophiquement, en me disant que, véritablement, au corps, qui est un abri temporaire pour l’âme immortelle, on ne doit pas lui donner trop d’attention. J’ai payé la consommation et j’ai quitté le local. La rue a été transformée dans un restaurant en plein air. Les travailleurs aux revenus modestes des entreprises de proximité étaient assis sur les bords de trottoirs ombragés de palmiers ou directement sur le sol à l’ombre des murs et mangeaient ce qu’ils ont apporté de la maison ou acheté de nombreux vendeurs ambulants, présents dans la zone.

     – Monsieur, une serrure de votre mallette est ouverte, j’ai entendu un avertissement parlé correctement en français. La voix avait raison. J’ai regardé autour, mais à côté de moi c’était seulement un vendeur bien fait, barbu comme un musulman fondamentaliste, avec un chapeau de paille sur la tête, qui poussait un panier à roues plein de fruits de cactus. Je lui ai demandé de détacher la peau couverte d’épines de dix de ces fruits et de me donner leur cœur juteux. Le vendeur m’a parlé en arabe et j’ai remarqué que ses dents de devant étaient absents. Tout en payant avec deux dirhams les fruits de cactus consommés, je le scannais avec mon regard et je me demandais rhétoriquement: le vendeur en face de moi est ou non un policier déguisé en civil?!

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)