Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (36) – “La vache”

      Le cours magistral de métallurgie se déroulait lentement, dans le rythme de la dictée. Les étudiants de l’Ecole Normale Supérieure d’Enseignement Polytechnique d’Oran, au nombre de plusieurs dizaines, jetaient vers moi des regards, dans lesquels scintillaient un intérêt plus ou moins élevé. Dispersés statistiquement presque uniformément dans la salle avec 100 places, ils avaient en face une feuille de papier, sur laquelle leurs stylos laissaient des traces minces, en représentant de lettres, de signes de ponctuation ou de lignes, quand ils n’était pas… pris entre les dents, posés aux oreilles, utilisés comme de bigoudis, cloué entre les doigts ou, tout simplement, placés sur les tables. C’était un après-midi, lorsque le soleil brûlait presque également la bande côtière de l’Algérie et le désert du Sahara, situé plus au sud, entre lesquels se trouve que la chaîne de montagnes de l’Atlas. Les rideaux de toile fin de couleur bleue réussissaient plutôt de colorer la radiation solaire que de réduire son intensité. Par les fenêtres ouvertes pénètrait  l’air chaud, ce qui donnait comme même une sensation de fraîcheur, parce qu’il accélérait l’évaporation de la transpiration. Je passais entre mes disciples pour stimuler la prise de notes de cours. J’allait avec le soin de ne pas marcher sur les jambes allongés, qui sortaient par-dessous les tables de certains d’entre eux. Le léger mouvement des doigts dans les sandales m’indiquait le fait que les propriétaires de ces chaussures étaient détandus, sans complexes.

     – Monsieur, est-ce que vous voulez écrire au tableau la dernière phrase? j’ai entendu une voix, qui a reçu l’approbation de toute l’assistance par le langage non – verbal.

     – Bien sûr!, j’ai réagi avec la satisfaction que j’ai réussi à maintenir éveillée l’attention de l’auditoire.

    J’étais habitué à de telles interventions, parce que mes étudiants ne savaient pas très bien le français. Le processus d’arabisation, qui a commencé le 2 Juillet 1962, quand il a été déclarée l’indépendance de l’Algérie, est arrivé à  prendre effet; la langue française n’a plus été étudiée dans l’école primaire, comme langue maternelle, mais, plus tard, en tant que langue étrangère. Durant que je me dirigeais vers le tableau noir, on a entendu l’appel à la prière transmis par les haut-parleurs des mosquées d’Oran. Je vennait d’écrire la première lettre, quand une voix m’a interrompu:

     – Monsieur, nous voulons maintenant partir à la salle de prière.

     – Il n’y a pas de problème, vous pouvez partir immédiatement.

     Je savais qu’il y avait un espace spécialement aménagé pour cette activité à l’intérieur de l’Ecole Normale Supérieure d’Enseignement Polytechnique d’Oran, qui a été construite en 1970 avec le financement de l’U.N.E.S.C.O. Au même temps, j’avais été prévenu par mes collègues bulgares, français, polonais et russes, dès le premier jour quand je suis entré dans cette institution uniuversitaire qu’à un enseignant “redegist” (n.a. de République Démocratique Allemande), qui a refusé aux étudiants de quitter pendant les heures de cours pour aller à la prier, on a lui résilié le contrat en raison… de la grève de ses disciples. J’ai remarqué qu’une dizaine d’étudiants ont quitté, comme d’habitude, la salle de cours. J’ai commencé à écrire sur le tableau noir la phrase sollicitée, mais vers le milieu d’elle… a sonné la sirène qui annonçait la pause. Immédiatement, j’ai entendu derrière moi le grincement produit par le déplacement de chaises. J’ai fini d’écrire sur le tableau noir la phrase respective, après quoi je suis revenu à la chaire. Vers moi est venu l’étudiant Mounaraou (n.a. Modéré), un jeune homme avec une tenue athlétique, à lequel  j’ai demandé:

      – Pourquoi tu ne pars pas à la salle de prière?

      – D’abord, je dois dire que l’une des obligations importantes de tout musulman est de prier cinq fois par jour: “el fajr”, c’est-à-dire  “l’aube”, “el dhouhr”, c’est-à-dire “le midi”, “el aasar”, c’est-à-dire “après-midi”, “el maghreb” c’est-à-dire “coucher du soleil”, et “el iisa”, c’est-à-dire “la nuit”. Maintenant, j’aurais dû accomplir  le rituel de la prière “el aasar”, mais j’espère que Dieu me pardonnera, de même comme Il pardonnera mes collègues qui ont choisi d’aller à la “cafétéria”. pour boire quelque chose de rafraîchissant. D’ailleurs, combien d’Algériens font la prière “el fajr”? Très peu, je vous le dis, il est extrêmement pénible de se lever tous les jours à l’aube.

     Pendant ce temps s’est dirigé vers nous l’étudiant Almumin, un jeune homme frêle, avec une barbe, qui revenait de la salle de prière.

     – La prière est-elle obligatoire? j’abordais Almumin .

     – Tout d’abord vous devez savoir que les lois coraniques peuvent être classés comme il suit: 1) les actes obligatoires, qui représentent le bien; 2) les actes interdits,  qui représentent le mal; 3) les actes recommandés, dans lesquels le bien est prédominant; 4) les actes non- recommandés, dans lesquels le mal est prédominant; 5) les actes laissés au choix de l’individu, dans lesquels la proportion du bien est egale à celle du mal. Et maintenant je réponds à votre question: dans le Coran, dès la sourate 2, appelée “Baquara” (n.a. Vache), le verset 43, est mentionnée l’obligation d’effectuer “el salaoua” (n.a. les prières) à Allah.

      – Et à ceux qui ne font pas les prières quotidiennes qu’est-ce que se passe?

     – Ces musulmans vont atteindre un certain niveau du paradis ou de l’enfer, en fonction de tous les péchés commis. En outre, à  chaque épaule de chaque individu est assis un ange – écrivain; l’un enregistre les bonnes actions et l’autre – les mauvaises actions. Ne pas faire les prières quotidiennes est un péché beaucoup plus petit que ce de ne pas croire en Dieu ou croire aux idoles, comme les Juifs ont fait quand ils ont adoré une statue dorée d’un veau  et ils ont fâché tellement Moïse, que le prophète a cassé, sans le vouloir,  les deux tables avec les lois écrites par Allah…

    – C’est à dire par Dieu, j’ai corrigé Almumin. D’ailleurs, j’ai vu dans l’église “San Pietro in Vincoli” (n.a. Saint-Pierre-aux-Liens) de Rome la célèbre statue de Moïse, réalisée par Michel-Ange Buonarrot. J’ai été impressionné par l’art du sculpteur de rendre l’état de nervosité de celui qui, après la descente du mont Sinaï, où Il avait parlé avec Dieu pendant 40 jours, Il a vu l’incroyance  en Dieu de ceux qui adoraient le veau d’or.

     – Vous devez savoir que les musulmans respectent tant le Coran ainsi que le Hadith (n.a. Récit), qui réunit quelques paroles du prophète Mahomet et la Sunna (n.a. Conduite), qui décrit certains comportements du prophète Mahomet, avec valeur de normes.

     – Donne-moi un exemple dans ce sens, je n’ai pas laissé Almumi à respirer.

     – Bien sûr, un exemple qui me vient maintenant à l’esprit est l’interdiction d’entrer dans les toilettes, en prennant avec soi d’écrits du Coran sur tout type de support: papier, tissu, métal etc.

     – Tu peux me donner un autre exemple, Almumin? j’ai insisté. Dans la salle de classe, la chaleur était grande, en donnant une sensation de suffocation. Almumin a fait une pause tant pour inspirer profondement, a tordu quelques brins de barbe, puis il a dit:

     – Euh, bien sûr. Il est interdit d’entrer dans les mosquées pour les hommes ou dans l’annexe des mosquées pour les femmes si le linge est taché d’urine, respectivement, de sang. Voici l’un des grands problèmes des hommes musulmans plus âgés, mon père s’est confié une fois à moi, compte tenu de la loi non écrite de la nature qui dit que la dernière goutte d’urine arrive dans… la culotte. J’ai d’autres exemples, si vous voulez.

     La sirène annonçant la fin de la pause m’a aidé à sortir de l’état de la perplexité dans laquelle je me trouvais; pour le moment je n’avais plus d’autres curiosités…

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)