Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (38) – Plantation de dattiers dans le Sahara

     L’image scholastique que j’ai eu sur le désert du Sahara, comme étant une étendue infinie de sable jaune-rougeâtre, parsemé ici et là avec le vert de la végétation luxuriante typique aux oasis, je l’ai gardé que partiellement après avoir parcouru de milliers de kilomètres à travers l’Algérie, sur de routes en béton, qui sont dans un état  inattendue de bon. En réalité, ce désert africain, avec une superficie à peu près égale à l’Europe, présente une étonnante variété, qui a fait apparaître un vocabulaire spécifique: l’erg – succession comme interminable de dunes de sable fin, l’oued – rivière avec le lit sec, hamade et reg – parties rocheuses couvertes de gravier et de sable grossier, situées  à l’altitude relativement moyenne, respectivement, basse, où se fixent de place en place d’arbustes et de buissons d’herbes épineuses, qui constituent l’aliment de base des chameaux sortis au pâturage.

     J’étais sur la route reliant les villes de Touggourt et El Oued dans un jour de Mai. Le mouvement a été bloqué par une machine pour enlever le sable, grande comme une moissonneuse – batteuse, équipée avec charrue et convoyeur à vis, qui faisait face avec difficulté aux mini-dunes hautes de quelques centimètres, générées par l’action du vent de la nuit dernière. Derrière la voiture “Dacia 1310” se formaient lentement – lentement une de plus en plus longue chaîne de véhicules routiers; seulement les gens chevauchant d’ânes se glissaient sur la bande étroite de route restée ouverte. J’ai arrêté le moteur afin de ne pas se surchauffer. Ma femme, Ella, a mis sur sa tête son chapeau de soleil situé sur le siège arrière et a osé sortir. J’ai l’imité immédiatement et j’ai pensé que je suis entré dans un four avec les résistances de chauffage installées sur la voûte. Le soleil jetait de torrents de feu.

      Je ne détectais  même pas un vent léger. Le béton de la route semblait gémir en raison de contraintes internes provoquées par la dilatation. Tout autour je ne voyais que du sable. A l’horizon le ciel semblait se refléter comme dans… l’eau, signe qu’au loin  je voyais… Fata Morgana. Puis, pas du tout petite a  été ma surprise de voir une autre Fata Morgana, située beaucoup plus proche: au bord de la route un homme sortait d’une fontaine… une outre remplie d’eau. Je me suis frotté les yeux et j’ai remarqué qu’Ella faisait la même chose. Le désir de toucher… Fata Morgana était devenu irrésistible et j’ai commencé à enfoncer mes sandales dans le sable fin, souple, mais… insupportable de brûlant. Par quelques bonds précipités je suis arrivé au bord de la fontaine, où j’ai senti que le sol était humide en raison de l’eau fuite lors de nombreuses vidanges d’outres. J’ai regardé en bas et j’ai vu la nappe fréatique à une profondeur d’environ 30 mètres. L’eau n’était pas une fantaisie, le résultat d’un mirage, mais réelle et étonnamment froide. Pendant ce temps, Ella était arrivée aussi à côté de la fontaine et regardait enchantée le merveille du désert du Sahara. Près de nous, un homme avancé en âge, maigre, barbu, petit, vêtu d’une sorte de chemise longue jusqu’aux chevilles et avec un chapeau de paille sur la tête, avait fini de versé l’eau d’outre dans une gouttière exécutée d’un tronc d’un palmier. Alors, j’ai remarqué qu’à notre proximité il y avait un âne, qui a commencé à étancher son soif .

     – Mon nom est Alsahib (n.a. Lemaître). Où allez-vous? nous a surpris dans un bon français le maître de petite bête de somme.

      – Nous sommes heureux de vous rencontrer. Nous avons passeports roumains. Mon nom est Ella, et le monsieur est mon mari et s’appelle Doru. Nous nous dirigeons vers El Oued, a répondu ma femme. Vous, où est-ce que allez-vous?

     – J’habite à El Oued. Chaque jour, je fais cinq kilomètres pour se rendre ici, où j’ai une plantation de dattiers, pour enlever le sable apporté par le vent. J’ai deux ânes: avec l’un je fais la navette, et l’autre, je l’utilise aux travaux agricoles.

     – Mais, autour de nous jusqu’à l’horizon, je ne vois que des dunes de sable, j’ai dit avec étonnement dans sa voix.

     – Les dattiers sont plantés dans une… fosse profonde de 20 mètres protégée par le parapet de sable en face de nous, haut de 10 mètres, de sorte que les racines peuvent atteindre la source souterraine, nous a expliqué le propriétaire de la plantation étrange. J’ai regardé là-bas et ce qui semblait être une dune était, en fait, un parapet circulaire, armé de place en place avec des piquets.

     – Est-ce que vous nous permettez de monter sur la crête pour jeter un oeil à la plantation? Ella a demandé.

     – Bien sûr, madame, mais avant de commencer l’ascension est nécessaire de verser de l’eau sur vos pieds pour endurer moins péniblement le contact avec le sable chaud, dans lequel, je vous assure, vous pouvez obtenir des œufs cuits, nous ont conseillé Alsahib. Puis, il a pris les rênes de l’âne et l’a conduit à la base du parapet, où il l’a attaché à un piquet. Après quelques minutes d’efforts pénibles, nous avons arrivé tous sur la crête. En bas se déployait une fosse d’un diamètre d’environ 200 mètres, dans laquelle ont été plantés des dizaines de dattiers – une sorte de palmiers, dont les sommets atteinaient presque le niveau des plantes de nos pieds. Le sol était couvert d’un tapis vert foncé de l’herbe dense. Une parcelle rectangulaire d’environ 400 mètres carrés a été réservée pour la culture de légumes: de carottes, d’oignons, de pommes de terre. Non loin de là, j’ai observé une autre fontaine, similaire à celle de la route. Un système de gouttières executées de troncs de dattiers faisait la liaison entre la sourse de l’eau et la parcelle de plantes potagères.

     Le Saharien s’est engagé dans la descente sur le sable. En bas l’attendait un autre âne, à côté de deux petits sacs tissés en paille et une sorte de louche sculptée d’un tronc de dattier. A la base de la pente, j’ai remarqué une prolongation de sable longue de jusqu’à 20 mètres faite, peut-être, par le vent qui avait frappé il y a quelques jours. Le petit homme a mis à dos d’âne les deux sacs et a parcouru la zone la plus éloignée où l’herbe ne se voyait plus. Là-bas, en utilisaant la louche, a rempli les sacs avec du sable, après quoi il a dirigé l’âne à la base du parapet. Puis il a allegé le dos de l’animal et a commencé un travail  de Sisyphe – de traîner les deux sacs jusqu’à la crête du parapet, où il a renversé leur contenu – disons environ 30 kilogrammes au total – sur le versant extérieur.

     – Au moins la moitié du temps de travail je le passe avec l’enlevement du sable, nous a dit Alsahib, avec la respiration haletante. Le vent apporte beaucoup de sable  du côté de désert; la plus grande partie s’arrête au parapet, en le faisant de plus en plus haut, et le reste est déposé dans la plantation. La crête de la dune artificielle je la fixe avec avec de piquets.

     – Quand est-ce que se fait la cueillette de dates? Ella a demandé.

     – Les dattiers fleurissent, et  Avril et je fais la cueillette en Septembre. D’un arbre j’obtiens en moyenne 15 kilogrammes de dattes . Une partie de la récolte je la vends, parce que ma pension est très petite. J’ai ‘été professeur de géographie.

     – Oh, nous sommes aussi d’enseignants, je me suis écrié. Maintenant, je travaille à l’École Normale Supérieure d’Enseignement Polytechnique d’Oran et l’épouse – à  l’Institut Algérien du Pétrole de la même ville. Et en Roumanie, les enseignants, qui sont sortis  à la retraite,  cherchent à arondir leur revenu, en déroulant diverses activités, pas toujours professionelles.

     – Mais, au moins ils ne travaillent pas dans les plantations de dattiers dans le Sahara, a soupiré Alsahib…

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)