Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (39) – La tour du Caire

     Ainsi comme le symbole de Paris est la Tour Eiffel, de même, la zone moderne du Caire est répresentée par la tour, qui porte son nom. En forme de tige terminée par un bouton de lotus stylisé, ce bâtiment en béton armé, avec l’hauteur de 187 mètres, domine la capitale de l’Égypte. Pour cette raison, même dans le premier jour du séjour au Caire, j’ai voulu arriver par l’ascenseur sur la plate-forme  entourée de vitre, du sommet de la tour, où sont amenagés un restaurant à l’étage supérieur et un café en bas. J’étais accompagné de mon épouse – Ella et mon fils – Edy. On a trouvé de place à une table dans le café où j’ai commandé une boîte de jus Schweppes. Nous jouissions de la fraîcheur fournie par l’installation de l’air conditionné, à l’exterieure la température en ayant atteint plus 28 degrés Celsius, même si c’était le début du Février!

     La tour se dresse sur l’île Gezira (n.a. Île) sur le Nil, dans le centre de la ville De là s’ouvrait un vaste panorama avec un horizon situé à une distance de 25 kilomètres. Le soleil était sur ​​le point de coucher dans l’ocre du sable du désert Libyen, en faisant briller les sommets des trois grandes pyramides de Gizeh (n.a. Khéops, Khéphren et Mykérinos), construites au cours de la IVème dynastie (n.a. 2753-2563 av. J.-C.) de l’Ancien Empire (n.a. 2780-2270 av.-J.C.), situées à une dizaine de kilomètres au sud -ouest. Au sud, les eaux du Nil luissaient jusqu’à l’horizon, où, un peu vers la droite, se distinguait la pyramide en gradins de Saqqarah, et vers la gauche, à environ 15 kilomètres de là, impressionnaient désagréablement les yeux les taches formées par la fumée des aciéries du Combinat Sidérurgique d’Hélouan et par le nuage de poussière sorti de l’Usine de Ciment de près de la même localité. Les horizons du sud-est et de l’est étaient dominés par la corniche rocheuse et dépourvue de végétation du haut plateau Mukkattam, constitué de conglomérats de marne, de sables et de déchets de bois fossilisé, où se trouve la petite “forêt pétrifiée”, en fait, silicisé, qui comprend et la soi-disant “source de Moïse”. Vers nord-est dominait le jaune du désert d’Arabie. Dans la même direction se distinguait  l’aéroport international de Héliopolis. Au nord je voyais  très clairement même la ramification du Nil dans les deux bras naviguables (n.a. Rosette et Damiette), formés immédiatement après l’île Hadar, d’où commence l’immense Delta, d’une superficie de 24.000 kilomètres carrés.

      Dans la proximité, tout autour, je voyais comme dans la paume le centre du Caire. J’ai reconnu facilement  Midan el Tahrir (n.a. place de la Libération), dont sur le côté nord se trouve le Musée Égyptien, qui possède, entre autres choses, des objets de la célèbre tombe du roi Toutânkhamon de la XVIIIème dynastie (n.n 1575-1308 av. J.-C.) de  Nouvel Empire (n.a. 1575-1085 av. J.C.). Ensuite, m-a fait plaisir de voir Qantara el Tahrir (n.a. pont de la Libération), sur lequel j’avais traversé le Nil et j’étais arrivé dans le Midan el Gazira (n.a. place de l’Île), au milieu de laquelle s’élève la statue de Saïd Pacha Zaghloul, le fondateur du parti nationaliste Wafd (n.a. Délégation), institué en 1919. Au sud, loin à même pas un kilomètre de l’île Gezira, se trouve l’île Roda. Dans la direction sud-est, à  la périphérie, j’ai remarqué les deux minarets de 84 mètres et le dôme haut de 52 mètres de la mosquée Mahomet Ali – l’emblème de la capitale de l’Egypte.

     Sur la chaise restée libre de notre table nous a demandé la permission de s’asseoir un monsieur grassouillet, de taille moyenne, avec des lunettes à teinte variable, vêtu d’un costume et d’une chemise blanche, sans cravate. En parlant, nous avons fait conaissance. On a appris que son nom est Boutros (n.a. Pierre) Ghali (n.a. Cher) et qu’il est professeur à l’Université “El Azhar” (n.a. Florissante) au Caire, l’une des plus anciennes universités islamiques dans le monde. “Même l’ancien président de l’Algérie, où vous travaillez actuellement, Mahomet Bukharrouba Bumadian, dit Houari Boumédiène, a été un étudiant de notre université”, a dit avec fierté non dissimulée le professeur universitair égyptien.

     – Êtes – vous un parent de l’homme politique égyptien Boutros Boutros Ghali? j’ai demandé.

     – Pas du tout, ce n’est qu’une coïncidence de noms, dit un peu flatté le convive. Tout d’abord, Boutros Boutros Ghali est copte, et moi, je suis musulman. C’est une grande différence .

     – Qu’est-ce que c’est copte? Edy a demandé, alors élève en CM1 (n.a. équivalent à la IIIème classe en Roumanie) au Lycéé “Louis Pasteur” à Oran.

     – Cher Edy, a commencé Boutros Ghali à répondre. Il est bon que tu es préoccupé par les questions religieuses depuis l’enfance. La foi en Allah fait les hommes d’être meilleures, leur donne un sens noble de la vie et les aide à aller au paradis. En outre, sur chaque l’épole de chaque personne est un ange; l’un enregistre les bonnes actions et l’autre – celles mauvaises. Rappele-toi, nous sommes tous dans l’attente du Dernier Jugement! Et maintenant je reviens à ta question. Les coptes égyptiens sont d’adeptes du monophysisme, c’est à dire de celle branche du christianisme, considérée comme hérétique par le concile de Chalcédoine en 451, qui considére  que Jésus – Christ n’avait qu’une seule nature: divine, d’après Patriarche Eutychès, or simultanément divine et humaine, conformément au Patriarche Sever. Le monophysisme severien a été adopté par les églises arméniennes, coptes, éthiopiennes, jacobites et syrienne.

     – Qu’est-ce que signifie d’être musulman? Edy a continué la série de questions.

     – Oh, voici une question à laquelle la réponse est très complexe, mais je vais te répondre autant simple que possible, Edy. Les musulmans sont “soumis” à l’Allah. Ils respectent le Coran révélé au prophète Mahomet par Allah. Les actes essentiels d’un musulman sont au nombre de cinq, aussi connu comme “piliers”: 1) La profession de foi (n.a. Il n’y a pas d’autre divinité qu’Allah et Mahomet est son prophète); 2) effectuer le rituel de la prière cinq fois par jour; 3) observer le jeûne du Ramadan; 4) l’aumône rituelle; 5 ) effectuer le pèlerinage à la Mecque au moins une fois dans la vie, dans la mésure des possibilités matérielles. Ês -toi satisfait de la réponse, Edy?

      – Je voudrais savoir pourquoi vous n’avez rien dit à propos de Jésus-Christ, a dit Edy un peu contrarié.

     – Ici, l’islam a une vision totalement différente du christianisme. Dans le Coran, sourate II, “La Vache”, verset 87, il est écrit que “Jésus fils de Marie, Nous ( … ) l’avons  renforcé du Saint-‘Esprit”, et dans le verset 136 on peut lire: “(…) Moïse et Jésus (…) Nous ne faisons aucune distinction entre Eux”. Donc, Jésus est un prophète comme Moïse.

       – Jésus a été ressuscité après avoir été crucifié, en prouvant ainsi que Son origine est sacrée, qu’Il est le fils de Dieu ! Ella s’est exclamée.

     – Vous etes en l’erreur, madame, sur la croix a  été clouée un sosie de Jésus! a répliqué monsieur Ghali, après quoi il a dit au revoir et est parti.

     Nous sommes resté sur place muets, étonnés et contrariés. Le soleil s’était couché et Le Caire vu de dessus était une fée des lumières. Soudain, j’ai eu l’impression que le Nil et les ponts formaient une file de croix lumineuses. Quel signe était – il? Seul le bon Dieu le sait.

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)