Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (44) – “J’ai vu Paris!”

     Les autogares sont plus connues aux voyageurs que les aéroports, les ports maritimes ou fluvials. Le même temps, dans certaines gares aériennes j’ai eu l’impression que je me trouve dans certaines gares routières, comme il m’est arrivé en 1987 dans l’aéroport Domodedovo de Moscou, et vice-versa, comme dans le cas de la station de Washington de  la célèbre compagnie d’autocars “Greyhound”, par où je suis passé en 1999 ou, à ma grande surprise, de celle de… Casablanca, qui fait partie de S.U.M.N. (n.a “Charika Uatania Maghribia Naqliat” – Société Nationale Marocaine des Transports), où il semblait que les autocar sont prêts pour… voler.

      Pendant la période quand j’ai accordé assistance didactique  à l’Institut Supérieur Industriel de la capitale économique du Maroc, j’ai parcouru à  pied les environ quatre kilomètres entre le domicile et le lieu de travail, aller et retour, une des raisons en étant que j’aimais passer par tout le boulevard Mahomet V, qui constituait trois -quarts de la longueur totale du trajet. Construite pendant le protectorat français (n.a. 1912-1956), cette artère de circulation est bordée d’un bout à l’autre de blocs de quatre à dix étages, auxquels les rez-de-chaussées sont aménagés… de trottoirs, bordés, d’un côté, par les colonnes de soutien des bâtiments, et, de l’autre côté, par les vitrines élégantes de magasins. Cette solution architecturale protège les piétons de rayons brûlants du soleil et de la pluie.

     C’était un après-midi de Juin, quand les piétons de Casablanca suivaient de trajets savants, en  évitant la radiation solaire. La chaleur était si grande que je pourrais dire, en paraphrasant un dicton roumain, ne tirez pas un chien… de l’ombre. Je revenais vers la maison de l’institut où je travaillais, avec le souci de me proteger des rayons un peu obliques du soleil, en prenant l’exemple des habitants locaux, qui se pressaient sur la partie du trottoir, où même la peau non couverte par les sandales n’arrivait pas à  être battue par le soleil. Je respirais de plus en plus avec difficulté et je marchais lentement, avec des arrêts fréquents. Je sentais le besoin de me reposer quelque part. Ils étaient les symptômes de la cardiopathie ischémiques apparus plustôt en raison des conditions météorologiques d’alors. A un moment donné, une pensée m’est venue, quelle me semblait salvatrice, ainsi que j’ai laissé le boulevard Mahomed V et je me suis dirigé vers le boulevard Hassan Saghrir, vers l’autogare S.U.M.N.

      À l’’intérieur régnait une propreté de l’aéroport, qui m’a émerveillé et m’a rincé agréablement l’œil. La stucature blanche des murs en les éléments architecturaux arabes faisaient une bonne impression. Le plancher en imitation de marbre noir brillait. Les banques en plastique bleu et cadre en métal noir créaient une ambiance de confort moderne. L’espace était divisé en un grand hall, séparé par un vitrage d’autres salles plus petites, où on pouvait entrer seulement à basé d’un billet de voyage. L’enregistrement des bagages s’executait dans le hall, aux comptoirs équipés d’une bande transporteuse et d’une balance.  L’entrée  des passagers se faisait aussi comme dans un aéroport, à travers   certaines portes de la salle d’attente, qui menait  directement aux autocars. Le trafic de passagers avait dépassé légerement la capacité de l’autogare. C’était le début du saison estival. Les courses de la société S.U.M.N. étaient internes et internationales, et l’horaire de tous les départs et de toutes les arrivées nationales apparaissait affichées sur les écrans de ​​quelques moniteurs. Les voyageurs, dans leur grande majorité, étaient habillés de style européen, les hommes en chemises et les femmes en blouses d’été. Seules quelques Marocaines portaient djellaba, cette robe longue jusqu’aux chevilles et munie avec des manches et un capuchon. Beaucoup d’enfants de tous les âges, habillés comme pour voyage ou pour rencontrer des parents venus  de loin s’infiltaient, en courant,  parmi les passagers, les bagages, les meubles et… les jeunes touristes, qui attendaient  allongés directement sur le placher l’heure de départ. Cependant, dans cette mêlée je ne voyaits pas de déchets sur le sol, il se sentait une odeur bonne, personne n’élévait pas le ton comme à la porte de la tente, de mendiants estropiés ou avec de bébés dans les bras étaient inexistants.

      Je cherchais avec les yeux une place libre, mais les bancs semblaient occupés. À un moment donné, j’ai vu un jeune homme, qui me faisait signe de m’approcher de lui et j’ai répondu à l’appel.

     – Bonjour, monsieur Doru, vous ne me reconnaissez  pas? Je suis Moutachaouiq (n.a. Curieux), votre ancien étudiant. Prennez place, a dit-il avec un large sourire, en posant sur le plancher le sac de voyage d’à côté de lui. Vous partez quelque part?

     – Bonjour, monsieur Mutachaouiq. Je suis enchanté de te revoir. Je ne pars nulle part maintenant, mais je suis venu pour voir l’horaire des autocars. Que fais-tu ici?

     – J’ai vu Paris! s’est – il exclamé d’un souffle, comme soulagé d’un complexe d’infériorité lequel le stressait depuis longtemps.

     – Oh, très bien, je l’ai félicité. Qu’est-ce que t’a vu dans la capitale de l’Hexagone?

     – J’ai rendu visite à un cousin à  moi, qui vit dans un appartement à Saint-Denis, le chef-lieu du département Seine-Saint-Denis, situé dans le nord de Paris. L’autocar m’a amené directement à l’autogare Gallieni, qui est aussi station de métro. De là, j’ai suivi les instructions que me les a envoyé mon cousin. J’ai même maintenant écrit dans un cahier tout le trajet. Mouachaouiq a fait une pause tant pour sortir d’une poche et ouvrir le document respectif, après quoi il a continué le fil de l’histoire. De là, je suis allé avec le métro de la ligne 3 jusqu’à la place de la République, où je me suis transféré à la ligne 4 jusqu’à la station Gare du Nord. Ensuite, j’ai pris le train de la ligne D1 de R.E.R. vers Orry-la-Ville. Dans ce train je me suis senti comme à la maison; comme si j’étais sur la route Casablanca – Rabat, parce qu’on parlait surtout en darija (n.a. le dialecte arabe parlé en Tunisie, Algérie et Maroc). Moutachaouiq a fait encore une pause, tant pour mettre le cahier à sa place. J’ai visité la cathédrale de Saint-Denis où sont les dépouilles de nombreux rois de France. Allah, que longue est l’histoire de la France, si on prend en compte combien de rois ont eu le nom de Louis! Aussi, un soir, mon cousin m’a emmené au cœur de Paris, sur la rue Saint- Denis, où j’ai vu à l’entrée de plusieurs passages sombres de femmes légèrement vêtues qui, lorsque nous nous approchions d’elles, elles nous demandaient: “Tu viens?” Allah, si j’aurais eu plus d’argent dans la poche!

     – Mais la Tour Eiffel tu ne l’as pas vu? j’ai demandé un peu déçu.

     – Oui, je l’ai souvent vu avec de jumelles du balcon de l’appartement de mon cousin. Allah, quelle beauté, on peut dire qu’elle est le minaret de la mosquée Hassan II à Casablanca, seulement qu’elle est faite de treillis métalliques!

     – Et quoi encore est-ce que tu as visité? j’ai demandé, de plus en plus contrarié.

      – Je suis allé voir le canal Seine-Saint-Denis. Allah, quelle quantité d’eau courante! Oh, j’étais sur le point d’oublier. Sur la route de retour, j’ai visité le cimetière Père-Lachaise, parce qu’il y a une station de métro de la ligne 3. Allah, que de tombeaux fastueux avez vous, les chrétiens!

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)