Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (48) – Le Nouvel An Arabe

      Au Maroc il y a… 14 fêtes nationales et religieuses, inégalement réparties tout au long de l’année, avec des durées variables d’un jour à trois jours, déclarés “jours chomés et payés” (n.a. jours dans lesquels on ne travaille pas, mais sont payés). Les noms de leur grande majorité me semblaient inhabituelle et difficile de mémoriser au début, quand je n’étais pas initié dans la langue arabe et l’histoire de ce pays africain, situé à quelques kilomètres de l’Espagne; en ce sens, je pense qu’il suffit de mentionner les fêtes suivantes: “Dzicra el Masira el Khadra” (n.a. l’Anniversaire de la Marche Verte), “Dzicra el tsoura el malik oua el chaab” (n.a. l’Anniversaire de la Révolution  du Roi et du Peuple) ou “Dzicra Tsacadim Ouatsiqua el Istiqlal” (n.a. l’Anniversaire de Présentation du Manifeste de l’Indépendance). Parfois, j’ai été surpris par la succession rapide des fêtes et m’échappait tout simplement leur importance.

     C’est ainsi que le mercredi, 31 mai 1996, était “jour chome et payé” et je “signais le régistre de présence” au… complexe sportif “El Amal” (n.a. l’Espoir). Un abonnement annuel de 1000 dirhams m’assurait l’accès une fois par semaine pendant deux heures sur l’un des huit courts de tennis. J’étais venu tôt, à 7 heures, pour profiter de la fraîcheur du matin. L’air était frais, car le complexe sportif était sur ​​une colline, avec l’odeur d’algues marines de l’océan Atlantique, encore non annihilée par la pollution des gaz d’échappement. Les rayons du soleil venaient obliquement et mettaient en danger la vue des joueurs qui levaient leur regard. J’ai passé à côté d’un ouvrier qui arosait la terre battue avec un tuyau et quelques gouttes ont  absorbé la chaleur de ma joue. Sur les clôtures de treillis métalliques, qui séparaient les courts de tennis, se menait une lutte sourde pour un spot de lumière entre les plantes grimpantes avec de fleurs de toutes les couleurs.

      Je suis arrivé au rectangle favori en terre battue, où une file de quelques hauts palmiers, avec une touffe de feuilles au sommet, formait tant bien que mal un écran anti solaire, mais plus faible que s’elle serait faite de peupliers. Là-bas, la surprise n’a pas été grande,  quand j’ai vu, en  échangeant de balles de chauffage, les messieurs Bahits Aalami, professeur de sociologie à l’Université de Casablanca, et Noureddine Moutaraoua (n.a Modéré), professeur d’histoire à l’université de Rabat.

     – “Aam Saïd” (n.a. Bonne Année)! m’a accueilli  Bahits en arabe.

– “Sana Saïd” (n.a. Bonne Année)! a continué Noureddine aussi en arabe.

– Bonjour, j’ai répondu en français, à quelle occasion vous me souhaitez une nouvelle année heureuse?

– Aujourd’hui, c’est la fête “Fatih Mouharram”, qui signifie “début de Mouhharam”, le premier mois du calendrier hégirien, a répondu Noureddine.

– Aujourd’hui, on est entré en 1416, a completé Bahits.

– Il y a donc une différence de 580 années entre l’ère grégorienne et hegirienne, j’ai constaté.

     …Après deux heures, nous nous avons trouvé tous les trois sur la terrasse ombragée du restaurant à l’intérieur du complexe “El Amal”, revigorés par une douche bienvenue. Chacun avait  en face un verre de thé à la menthe. Leurs visages n’étaient pas trop animés, parce que ils ont perdu encore les matches avec moi. Afin de ne pas les attrister davantage, j’ai changé le sujet de la discussion.

     – Qu’est-ce que c’est le calendrier hégirien?

     En atendant ma question, leurs visages se sont rassérénés un peu et la première réponse j’ai l’obtenu de Noureddine:

      – Dans la langue arabe, “hijra” signifie la rupture des liens, l’abandon de tribu, l’émigration et se réfère au départ en secret du prophète Mahomet le 16 Juillet 622 de La Mecque vers Yathrib, une ville qui plus tard a reçu le nom de La Médina. En 664, le calife Omar I a décidé que les années hégiriennes soient comptées, en commençant du 16 Juillet 622 .

     – Le départ du prophète a été dû au fait qu’Il apportait de critiques à la religion polythéiste de cette localité, ce qui ne convenait pas aux riches marchands, qui craignaient qu’ils vont perdre les revenus occasionnés par le pèlerinage annuel, tenu là – bas, est intervenu Bahits. Les pèlerins venaient et priaient aux différents idoles,  statues, peintures ou objets de culte, qui étaient abrités dans “Caaba”, un temple construit par le patriarche biblique Abraham et son fils – Ismaël.

     – Combien de mois a le calendrier hégirien? j’ai continué avec de questions.

     – Le calendrier hégirien contient aussi 12 mois comme suit: 1) “Mouharram”; 2) “Safar”; 3) “Rabi I”; 4) “Rabi II”; 5) “Joumada I”; 6) “Joumada II”; 7) “Rajab”; 8) “Chaabane”; 9) “Ramadan”; 10) “Chaoaual”; 11) “Dhou el quida”; 12) “Dhou el hija”, a déclaré Noureddine. Parce que la rotation de la Lune autour de la Terre est effectuée en moins de 24 heures, l’an hégirien est plus court de 11 ou 12 jours que l’an grégorien. Au Maroc fonctionne le calendrier hégirien et le calendrier grégorien. Mais, voila, je vais, moi aussi, te poser une question: qu’est-ce que c’est le calendrier grégorien?

      – Le calendrier grégorien a été adopté par le pape Grégoire XIII et représente une transformation du calendrier julien, quand le jour du 11 mars 1582 est devenu 21 Mars  1582. Depuis lors, l’an a 365 jours, et tous les quatre ans, l’an a 366 jours, en ayant en vue que, en fait, la Terre fait une rotation complète autour du soleil en 365 jours, 5 heures, 48 ​​minutes et 46 secondes.

     – Et qu’est-ce que c’est le calendrier julien? a été le tour de Bahits de me demander.

     – Le calendrier julien a été adopté en 45 avant Jésus-Christ par  le consul romain Jules César. Il contient 12 mois: 1) “Ianuarius”; 2) “Februarius”; 3) “Martius”; 4) “Aprilis”; 5) “Maius”; 6) “Junius”;; 7) “Julius”; 8) “Sextilis”; 9) “September”; 10) “October”; 11) “November”; 12) “Décember”.. Dans l’an 8, durant le règne du premier empereur romain Caius Iulius Caesar Octavianus Augustus, le mois “Sextilis” est devenu “Augustus”.

     – Qu’est-ce que tu nous souhaite à l’occasion du Nouvel An hégirien? a demandé Bahits à nouveau.

      Je n’étais pas préparé; je ne voulais pas faire de vœux formelles, mais de l’âme. Heureusement je me suis souvenu du journal que je le portais toujours avec moi et dans lequel  je notais ce que me semblais intéressant. Je l’ai feuilleté et j’ai trouvé ce que je cherchais.

     – Mes chers, parce que vous les deux avez été scolarisés en France et vous êtes devenus sensibles à la culture française, je préférer vous lire les vœux adressés à l’humanité par le chanteur, l’acteur et le metteur en scène belge Jacques Brel: “Je vous souhaite: 1) des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns; 2) d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier; 3) des silences; 4) des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants; 5) de résister à l’enlisement, à l’indifférence, aux vertus négatives de notre époque; 6) d’être vous.”

      Comme par hasard, par la porte d’entre le restaurant et la terrasse ont commencé à être entendus les accords de la mélodie: “Ne me quitte pas”, et nous ne nous sommes séparé que tard dans la nuit, dans l’odeur du thé à la menthe et les harmonies des chansons de Jacques Brel.

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)