Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (49) – Un accident bizarre

     Dans le jour de jeudi, 16 Mars 2000, je revenais de l’Institut Supérieur Industriel à Casablanca. J’avais choisi le trajet habituel, ce qui signifiait parcourir à pied environ 100 mètres sur le boulevard Ibn Tachvin jusqu’au siège de l’O.F.P.P.T. (n.a. Office de la Formation Professionelle et de la Promotion du Travail), là – bas de tourner vers la droite pour suivre le boulevard Ba Hmad jusqu’à la gare de Casa Voyageurs, route d’environ 200 mètres, après quoi de prendre la direction du boulevard Mohammed V – longue d’environ trois kilomètres – jusqu’à la place des Nations Unies, près de quelle je vivais.

     Il était midi et le soleil, comme dans la plupart des jours de la parallèle 36, brillait dans un ciel bleu caractéristique. La brise de l’océan me fortifiait et je marchait plus légèrement. À côté de moi se trouvait mon étudiant Hakim, un jeune de taille moyenne, brun, cheveux courts, avec le visage pointu et nez aquilin. Nous avions la même route jusqu’à la gare de Casa Voyageurs. Nous discutions sur le mois de Ramadan, qui se terminait même ce jour-là et sur la fête qui suivait – la Fête de la Rupture, appelée aussi la Petite Fête .

     Ce n’était pas la première fois quand cet événement me trouvait dans un pays arabe, mais le spectacle me semblait insolite à chaque fois. J’avais l’impression que presque toutes les voitures sur les boulevards transportaient exclusivement… de béliers. Les couvercles entre-ouverts des coffres des voitures laissaient à  la vue de têtes ornées avec deux cornes enroulées. Sur le capot de certaines limousines je voyais de béliers liés dans de positions les plus étranges. Dans les camionettes, ces animaux étaient confondus aux sardines. Sur les trottoirs, un nombre réduit de piétons menaient de béliers liés de pied avec une corde ou en les tenant de queue, et d’autres, beaucoup moins nombreux, portaient un tel examplaire fourré directement sur les épaules. J’assistais sur place… à la  fièvre de l’achat des béliers, qui avait atteint un maximum.

     – Chaque famille avec de possibilités materielles apropriées égorge  un bélier à l’occasion de la Fête de la Rupture, qui commence quand se termine le jeûne du mois de Ramadan,  m’a communiqué Hakim. La raison principale est que dans les jours de la fête, il est nécessaire une grande quantité de viande, surtout aux familles nombreuses, avec au moins cinq enfants. Habituellement, la chair du bélier sacrifié a trois destinations: la famille, les pauvres et les invités.

     – Quelle est la différence entre la Fête de la Rupture et la Fête du Sacrifice?

     – La Fête du Sacrifice célébre le sacrifice lequel, Allah, en voulant vérifier la foi d’Ibrahim en Lui, a demandé à Ibrahim de sacrifier son fils – Ishac…

     – C’est-à-dire Isaac?

     – Oui! Au dernier moment, Allah lui a demandé de remplacer Ishac, déjà sur l’autel du sacrifice, avec un bélier. Cette célébration de la foi en Allah a lieu dans le dixième jour du mois “Dhou el hija”, du pèlerinage. L’autre événement religieux, la Fête de la Rupture, célèbre la fin du mois de jeûne du Ramadan. Elle commence le premier jour du mois suivant, nommé  Chaoual et peut durer, en général, trois jours.

    – Tu a été simple et claire en expression et je te donnerais la note maximale à la communication, j’ai félicité Hakim.

     – Les bélier sont bien nourris, même dans le jour du sacrifice, a voulu l’étudiant d’apporter encore quelques précisions, enchanté par l’appréciation.

     – Mais à Casablaca, la plupart des maisons sont collées les unes aux autres, sans de courts. Où est-ce qu’on peut tenir les béliers jusqu’au jour du sacrifice?

     – Dans les cages d’escalier ou dans les salles de bains, mais, le plus souvent, sur ​​la terrasse située au-dessus du dernier niveau des blocs, où ils sont laissés à se déplacer en toute liberté, comme dans le champ.

        – Qu’est-ce que les béliers peuvent paître sur… la terrasse? j’ai essayé de mieux comprendre ce qui se passe sur le toit de l’immeuble.

     – En général, les gens achètent pour eux de chou, de carottes et diverses semences et graines. Après une semaine du régime amélioré, les béliers grossissent et, par conséquence,  on enregistre une augmentation du nombre d’infarctus chez les mangeurs de viande avec du suif…

     La discussion a été interrompue lors de l’écoute d’un bruit sourd, produit derrière nous. Sur le trottoir de l’autre côté du boulevard Ba Hmada se ressemblaient de plus en plus de gens. Nous nous sommes approchés curieux et nous avons vu un bélier avec la fourrure tachée du sang sur le toit enfoncé d’une voiture. Il y a eu un accident de  circulation, j’ai pensé. Je ne comprenais pas ce qu’on discutait, mais il me semblait bizarre que la voiture était parquée sur le trottoir, avec la partie d’avant intacte.

     – Qu’est-ce que les gens disent,  comment s’est produit l’accident? j’ai demandé à Hakim.

     – L’accident est bizarre. Ce n’est pas que la  voiture a heurté le bélier, mais  à l’inverse, et non frontalement, mais d’haut en bas, a été la réponse reçue.

     – Tu veux dire que le bélier est tombé du bloc? j’ai demandé étonné.

     – Il en est. Il a sauté et il est tombé sur la voiture parquée sur le trottoir. En général, les béliers sentent qu’on va leur  couper la gorge et tentent de s’échapper par tous les moyens. Son évasion a été facilitée par les facteurs suivants: 1) le mur qui entoure la terrasse de l’immeuble n’a pas été suffisamment haut; 2) la terrasse a offert assez de place pour l’élan du saut; 3) le bélier a montré une remarquable détente. Malheureusement, il ne savait pas que derrière le mur l’attendait un abîme d’une dizaine de mètres. Ces cas ne sont pas rares.

     – Est-ce que t’a vu d’autres accidents bizarres?

– Oui, l’un s’est passé même à la maison de mon oncle, qui vit toujours à Casablanca, a répondu Hakim.

– Quel était l’hauteur du mur? j’ai eu une curiosité.

– Environ 1,60 mètres.

     – Comment, cependant, peut un bélier sauter une hauteur à laquelle beaucoup de chevaux professionnels claquent?

    – Ces chevaux portent de cavaliers sur leur dos, a attiré mon attention mon disciple.

     – Tu as raison, Hakim, allons continuer à marcher, j’ai lui dit, en prenant soin de garder une distance convenable des murs des bâtiments, laquelle me protége d’accidents bizzares provoqués par… de béliers.

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)