Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (50) – La prisonnière du désert

     Il m’est arrivé, pas une seule fois, qu’à  la vue d’un certain signe, d’une grande rélevance, d’avoir de regrets, après tant d’années, depuis que j’ai quitté le Maroc, que je n’ai pas donné toute l’importance aux lieux visités comme destination expresse ou seulement en passage. Un tel fait  s’est produit lors du lancement d’un livre dans une librairie à Bacau, lequel, comme d’habitude, se déroule en deux actes: “le baptême” proprement dit et l’échange d’impressions stimulé par la présence d’un buffet bien garni. J’écoutais les points de vue et mes yeux scannaient au hasard l’assistance et les livres exposés sur une table en face de moi. A un moment donné, mon regard s’est arrêté sur ​​un titre – “La princess captive”, en ayant comme auteurs Malika Oufkir et Michele Fitoussi. J’ai tressaillis, comme je le fais chaque fois en présence de certains symboles subtropicaux africains: palmiers, dunes de sable, chameaux etc. Plus tard, j’ai appris que ce livre a initialement apparu en 1999 sous le titre “La prisonnière” chez l’éditeur Grasset et qu’en 2000 il a été traduit aux États-Unis d’Amérique avec le titre “Stolen Lives Twenty Years in Desert Jail”, publié chez l’éditeur Talk Miromex Books.

      À la fin de Juillet 1966, je me suis trouvé à Ouarzazate, une localité marocaine appelée aussi la Porte du Sud, parce que, ceux qui viennent ici de Marrakech et traversent les montagnes du Haut Atlas par le col de Tizi’n Tichka, à 2260 mètres d’altitutine, entrent directement dans le désert du Sahara. Quand je suis descendu de l’autocar, j’ai réalisé que la température de 50 degrés Celsius, qui m’a posé à une lourde épreuve la gorge et les poumons à Marrakech, avait été littéralement et figurativement un… “réchauffement” pour le torrent de feu de Ouarzazate. À la station d’autocars, j’ai acheté une bouteille d’eau gazeuse de deux litres de laquelle j’au bu immédiatement un… quart, j’ai mis mon chapeau de paille sur la tête et je me suis dirigé vers la forteresse Tifoultout, un objectif de ma visite dans ce jour – là, en coupant l’air chaud dans le vain espoir qu’il va me rafraichir. J’ai suivi le boulevard Mohammed V, déserté du peuple et  bordé par d’endroits vagues, rocheux, amenagés  de cactus ou de palmier petits et d’un lieu à l’autre avec de bâtiments bas, tous étonnement neufs. Après ​​une demi-heure de marche torturante, je suis arrivé à une esplanade située en face d’un complexe historique, que je pourrais le comparer avec le célèbre Kremlin, mais seulement qu’il est moins étendu, a d’éléments architecturaux arabes et  se trouve sur les rives d’un oued. Sur un monticule de terre, de murs de briques plus de 15 pieds de haut défendaient une agglomération de bâtiments de la même couleur, dominée au sommet par le palais Glaoui. Une énorme porte, de conte,  exécutée de bois ferré permetait l’accès à l’intérieur. Tout était immoble, y compris les eaux de l’oued Draa, transformé en lac d’accumulation. L’atmosphère était animée seulement par de touristes en groupe ou solitaires, comme si la nature resterait immobile d’étonnement, quand deux éléments essentiels – l’eau et le soleil – sont dans l’abondance. Dans un coin de l’esplanade il y avait une surface ombragée par un auvent en textile à rayures avec toutes les couleures de l’arc en ciel, où étaient abritées plusieures tables et chaises tissées à partir de paille. Je me suis installé là – bas et j’ai  commencé à m’orienter dans l’espace. Je voyais le complexe historique Tifoultout, les eaux du lac d’accumulation et les dunes de sable de l’autre rivage. De moi s’est approché un homme en tenue de tennis avec un sac de voyage sur les épaules. Les lunettes de soleil ne pouvaient pas le masquer assez; il était Khabirelkebir (n.a. Legrandconnaisseur) Binmoutachaouiq (n.a. Filsducurieux), professeur d’histoire à l’Université de Casablanca, un de mes partenaires de tennis .

      – Bonjour, monsieur Doru, Y at-il un court de tennis ici ?

     – Bonjour, monsieur Khabirelkebir. Je suis venu pour visiter de choses spéciales à Ouarzazate; peut-être tu m’aides.

     – Bien sûr . À une distance de 20 kilomètres tu arrives à la ville de Ait Binhadou, où sur une colline est une forteresse exotique, semblable avec celle d’ici, qui appartient au studio de film “Atlas”. Là-bas  a été tourné “Lawrence d’Arabie” et sera réalisé “Le clone”.

     – Très intéressant! Je vais aller à Ait Binhadou. Mais de films marocains ne sont pas tournés  là – bas? Il n’y a pas de sujets intéressants?

     – Au contraire . Je vais te raconter une histoire digne d’un film ou d’un roman .

– Racontes-moi, s’il te plaît, je l’ai invité.

     – Non loin de là, à Bir Jdid sont les casernes militaires, où a été envoyée en exil la famille du général Mahomet Oufkir composée de la femme et cinq enfants, dont le plus petit était de trois ans.

     – Pourquoi? j’ai interrompu Khabirelkebir.

     – Mahomet Oufkir, alors ministre de la Défense, a comploté contre le roi Hassan II. Le 16 Août 1972, quand il revenait de France, l’avion royal a été mitraillé par deux avions F5 de l’armée marocaine, qui ont décollé de la base militaire de Kénitra. Le navire aérien avec le roi à son bord a réussi à atterrir en toute sécurité à Rabat. Les deux pilotes marocains Amocran et Cuera ont atteri en Espagne, où ils ont demandé l’asile politique. À 23 heure, le même jour, ils ont dénoncé le ministre de la Défense, comme la tête du complot. Immédiatement, le général a été convoqué au palais royal à Rabat et après un jugement sommaire a été fusillé sur le champ. Sa villa dans la capitale du Maroc a été rasée de la surface de la terre, et la famille Oufkir a été envoyée dans le désert à Bir Jdid. Après 10 ans de prison, les enfants du général ont creusé un tunnel, en utilisant de couverts, et ont réussi à évader pendant cinq jours En 1991, en raison de la pression internationale, ils ont reçu de passeports et ont été envoyés sous escorte militaire marocaine à l’aéroport pour partir en France. Là – bas, Malika Oufkir, née en 1953, fille aînée du général, a commencé à donner d’interviews sur le régim d’emprisonnement, mais aussi sur la vie dans le palais royal à Rabat, où elle est restée depuis 1958, car elle a été adoptée par le roi Mohammed V pour tenir compagnie à  la Princesse Lalla Mina. Mon ami s’est arrêté de l’histoire, parce que est apparue la serveuse, un top model en tenue légère, d’été, avec un petit tablier blanc en avant.

     – Avez-vous entendu parler de Malika Oufkir? j’ai lui demandé en français.

     – Mais qui n’a pas entendu. Tous les Marocains ont appris de la sort de la famille de l’ancien ministre de la Défense. En fait, moi aussi, je me sens comme une prisonnière dans le désert.

     – Pourquoi? Je suis venu de Roumanie et maintenant j’ai entendu pour la première fois cette histoire vraie, qui bat la fiction, j’ai dit.

     – Je vis avec mes parents et mes sœurs entre les vieux murs de la forteresse Tifoultout. Je suis licenciée en biologie, mais depuis cinq ans, je n’ai pas trouvé un service adéquat à ma qualification. J’ai perdu tout espoir à cet égard. Ma seule pensée est “d’évader” d’ici, n’importe où dans le monde, peut-être en France, comme l’a fait Malika Oufkir ou… en Roumanie.

     – Dans le même temps, de nombreux Roumains tentent leur chance là où ils voyent avec les yeux,  y compris au… Maroc, j’ai lui répondu, en me montrant avec le doigt.

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)