Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (6) – Le minaret de World Trade Center

     Le Parc de la Ligue Arabe est une oasis de verdure, d’une superficie de quatre hectares, situé dans le centre de béton et asphalt de Casablanca. Parmi les platanes, le long du boulevard Moulay Youssef, sont alignés plusieurs salons de thé où viennent, en particulier, les jeunes et les touristes pour boire un “chaï” (thé) de menthe chaud. Dans une nuit du mois de Ramadan de l’année 1996, le parc fourmillait du monde, parce que, selon la tradition, les gens se promenent dans la lumière… des étoiles, mais… sommeillent durant le jour au… travail. Je me suis trouvé à une table avec l’étudiante Jamila et son ami, Mahmoud. Dans l’odeur du thé à la menthe, j’écoutais Mahmoud, racontant  d d’impressions d’Amérique, d’où il est venu depuis quelques jours.

     – Depuis l’enfance  j’ai voulu arriver aux États-Unis, a commencé Mahmoud. J’ai vu deux fois le film “Casablanca”, dans lequel les rôles principaux sont joués par Ingrid Bergman et Humphrey Bogart. La musique rock est entrée dans mon âme depuis que j’ai entendu la star américain Elvis Presley. J’ai étudié l’anglais avec passion et j’ai l’approfondi dans American Language Center (Le Centre Américain d’Anglais), situé dans Saha al Ikhaa (Place de la Fraternité), l’un des plus coquets coins de Casablanca. J’ai gagné une bourse d’études à l’Institut de Technologie du Massachusetts (n.a. Massachusetts Institute of Technology), à la suite du résultat exceptionnel obtenu dans le TOEFL (n.a. Test of English like Foreign Language). Parce que je suis diplômé de la classe de métallurgie du Lycée Industriel “El Khouarizmi” à Casablanca, j’ai demandé à être inscrit à la Faculté des Sciences des Matériaux. Après six mois passés dans le Nouveau Monde, m’a pris fortement la nostalgie de la maison durant le mois de Ramadan. Là-bas je me suis ennuyé terriblement.

     – Tu t’ennuyais à Boston? je l’ai interrompu étonné.

     – Oui, j’avais été habitué, depuis que je me sais, avec  l’animation caractéristique des nuits du mois de Ramadan, quand  tout le monde se trouve sur la rue, de l’enfant qui vient d’apprendre à marcher au vieil homme, qui doit s’appuyer sur une canne ou des béquilles. En Amérique, j’ai vu que les rues étaient presque désertes, personnes ne poussait de cris, dansait ou battait de paumes en rythme africain. J’avais un sentiment de frustration, parce que j’avais appris dans les deux premières classes primaires au cours des douze heures par semaine de religion, que l’islam est supérieur au christianisme que de nombreux chrétiens sont convertis et deviennent musulmans, mais à Boston, j’ai constaté que les descendants de colons irlandais étaient ignorants et même récalcitrant à cet égard. Au début, le  contact avec la réalité de là-bas m’a provoqué une stupeur insuportable. Si je me confesserais aux certains collègues chrétiens, mosaïque ou bouddhistes que, bientôt, je vais garder le jeûne du Ramadan, personne ne devenait impressionné et je recevait invariablement la réponse: “This is your problem” (n.a. C’est ton problème) . Leur réponse me causait un sentiment de révolte.

     – La révolte contre qui?

– Contre ceux qui refusent la communication et, ainsi, ils restent ignorants à  regard de la supériorité de la religion musulmane sur les autres religions.

– Tu as eu déjà eu ce sentiment de révolte?

– Ouais, quand je me suis retrouvé à l’intérieur de la Statue de la Liberté à New York.

– Très intéressant, je me suis écrié, raconte-nous!

     – L’autocar de Boston est arrivé à New York le matin, mais l’avion vers Casablanca devait décoller le soir, alors j’ai pensé que j’ai le temps de visiter Statue of Liberty (n.a.  Statue de la Liberté). Je suis arrivé au débarcadère de Battery Park (n.a. Parc de la Batterie), où j’ai pris un bateau pour Liberty Island (n.a. Île de la Liberté). À l’intérieur de la statue sont deux escaliers  métalliques en colimaçon, un pour la montée et un autre pour la descente. Ils sont si étroits, que permettent le passage d’une seule personne. Sur une plaque de bronze fixée à la première marche était écrit visiblement “202 steps” (n.a. 202 marches). La vitesse de montée de tous les touristes, qui étaient à  la fille sur l’escalier, était égale à celle du plus dépourvu de force, situé plus haut. Devant mes yeux se trouvait la paire de chaussures à un vieil homme avec une canne, qui donnait l’impression de souffrir de cardiopathie ischémique, et au niveau de mes talons étaient les yeux vigilants d’une touriste âgée, mais très énergique, qui à  chaque blocage s’écriait sur de tons différants “Is not possible” (n.a. Ce n’est pas possible). J’étais très nerveux en raison du retard imprévu. Enfin, j’ai atteint le bout de l’escalier, où j’ai constaté que se trouve une passerelle métallique, d’où il pouvait regarder le panorama à travers les fenêtres emplacés dans la couronne de la statue. J’ai parcouru la passerelle et je me suis arrêté à chaque fenêtre. La Statue de la Liberté est avec le dos vers New Jersey et des fenêtres de la couronne j’ai pu observé, vers la gauche, Manhattan Island (n.a. Île Manhattan). Mon regard s’est arrêté sur Twin Towers (n.a. Tours Jumelles), chacune 411 mètres de haut, du cadre de World Trade Center (Centre Mondiale du Commerce). Ces bâtiments m’apparaissaient avec une beauté arrogante, même plus beaux que la mosquée Hassan II à Casablanca. J’étais révolté, fatigué, affamé, assoiffé, et, en raison que ma vue se troublait lentement-lentement, tout à coup, à la place des Tours Jumelles du Centre Mondiale du Commerce, j’ai vu un minaret de 411 mètres de haut, semblable au minaret de 200 mètres de la mosquée Hassan II à Casablanca. À ce moment-là, je ne sentais plus la révolte, la fatigue, la faim et le soif.

     – Mahmoud, merci pour ta histoire, mais je dois partir  parce que le matin j’ai cours.

    Jamila et Mahmoud avaient commencé à parler à l’oreille, en se tenant à la main. J’ai quitté frissonant. Depuis ce temps-là, j’ai eu le sentiment que l’existance des Tours Jumelles est en danger.

Doru Ciucescu

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)