Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (63) – Le charme des juments pur – sangs arabes

      Le cheval a été et reste l’un de mes animaux préférés. Peut-être que c’est pour ça j’ai aimé George Cosbuc, l’auteur du célèbre  “El Zorab”. Même maintenant, ils sont restés dans ma mémoire les vers: “À pacha vient un Arabe / Les yeux ternes, la voix faible / – «Je suis, pacha, de famille bédouine  / Et de Bab el Manteb je viens / Pour vendre El Zorab. / Les Arabes tous sortent de la tente, / Pour voir mon cheval rouge comme je le porte / Et je le fais jouer par la bride et le laisse trotter! / Je l’aime comme mes yeux de la tête / Et je ne voudrais pas le donner même si je mors.” J’ai appris tellement bien cet œuvre que dans le début de mon adolescence, j’ai commencé à écrire… en vers quelques jeux linguistiques relativement réussis, dans lesquels, cependant, la poésie était… ailleurs.

     En 1996, à Casablanca, j’ai eu l’ occasion de voir pour la première fois dans la chair et l’os de chevaux pur – sangs arabes, qui étaient plus exactement… de juments. Chaque semaine, dans ma route vers le Complexe Sportif El Amal (n.a. l’Espoir), où je “signais le régistre de présence” sur un terrain de la terre battue tracé avec de ligne blanches, je passait devant l’entrée du Complexe Equestrian Royale “Lala Amina” (n.a. la sœur du roi Hassan II). En fait, les deux clubs étaient voisins, de sorte qu’il n’a pas été rare, quand je jouais au tennis, d’entendre de hennissements de chevaux, lequels je ne pouvais pas les voir à cause de la haie mitoyenne de beton, de l’hauteur et l’épaisseur… du mur de Berlin. Un dimanche, j’ai observé une grande agglomération de voitures sur le boulevard en face de l’hippodrome, qui avait ses portes largement ouvertes. Les drapeaux du Maroc s’agitaient ensemble avec ceux des pays occidentaux. J’ai soupçonné que là-bas avait leu un concours hippique international. À côté de moi se trouvais Bahits Aalami, professeur de sociologie à l’Université de Casablanca. Nous vennons de terminer un match de tennis, remporté, comme d’habitude, par moi et nous nous sommes dirigés vers la voiture de mon compagnon.

      – Je voudrais etrer un peu dans l’hippodrome pour jeter un oeil, allons-nous?

   – Je voulais te proposer la même chose. Nous avons du temps, car c’est seulement  11 heures. Nous pouvons rester deux heures. Il est possible de rencontrer Fahl (n.a. Étalon; fig. Somité), l’un de mes cousins, qui est directeur d’un elevage de chevaux de sport appartenant à un citoyen saoudien.

    …Pas après longtemps, nous étions dans la tribune principale, à l’ombre d’un auvent de métal. La deuxième tribune, située sur le côté opposé, était plus petite et sans la protection contre le soleil impitoyable. Je vivais une sensation de confort augmenté, parce que les bancs ont été rcouverts de plaids et les planchers avec de moquettes. Malgré le fait que l’entrée était libre, prèsque la moitié des places n’étaient pas occupées. Le décor naturel autour de l’hippodrome était dominé par de palmiers et de plantes grimpantes toujours florissantes, qui formaient un tapis végétal coloré. Sur le gazon se déroulait un concours hippiques de sauts d’obstacles. Le fond sonore était composé de bruits de sabots, qui frappaient le sol, de claquements  de cravaches, de soufflements forts par les naseaux des chevaux ou d’applaudissements des spectateurs. Dans cette atmosphère, j’ai été présenté à  monsieur  Fahl, qui suivait de tribune le déroulement du concours.

     – Mes chevaux sont de pur – sangs arabes de ligne  néerlandaise, parce qu’ils ont la taille plus grande, nous a informé le directeur d’élevage de chevaux saoudien.

     – Il y a plusieurs lignes? j’ai demandé.

    – Oui, il y a plusieurs lignes de pur – sangs arabes, parmi lesquelles sont les suivantes: égyptienne, polonaise, russe, espagnole. Voici, même maintenant évolue un de mes chevaux.

    – Si je vois bien, ton cheval est… une charmante jument, a observé Bahits .

   – Tu as raison, elle est très belle. Je préfère, comme la plupart des Arabes, les juments au lieu d’étalons, parce qu’elles ne déchirent pas la viande lorsqu’elles mordent, sont plus résistantes à la fatigue, à la faim et à la soif, et, de plus, comme un paradoxe… hennisent moins. Les chevaux pur – sangs arabes proviennent des juments élevées par le prophète Mahomet Lui-même; vous savez l’histoire,  monsieur Doru?

     – Je ne la sais pas, mais je veux l’écouter …

   – Il est dit que le prophète, grand amoureux de juments, avait dans un enclos sur le rivage d’un oued nombreuses de telles femelles, lesquelles Il les a subi  à un test. Ainsi, Il les a tenu fermées quelques jours sans d’eau, puis Il a ouvert la porte. Toutes les juments ont commencé à galoper vers l’oued pour s’abreuver. Immédiatement, le prophète a donné le signal de rassemblement. La plupart d’entre elles ont continué leur  chemin, seulement cinq d’entre elles se sont retournées à Mahomet, et Il les a gardé et les a reproduit. Elles sont restées dans la mémoire du peuples arabe sous l’appellation de “el khamsa el Rassoul Allah” (n.a. les cinq du Messager d’Allah).

     – Belle histoire, monsieur Fahl, j’ai commenté .

   – Je suis heureux d’entendre ces paroles prononcées par un chrétien. Vous devez savoir que dans le present seulement quatre pour cent de soit – disant purs – sangs arabes  sont véritables, le reste peut être demi – sang arabe ou même pas comme ça. Et maintenant, parce que vous m’avez  encouragé, je vais vous raconter une légende bédouine.

     – Excellent!

    – La légende dit qu’Allah a créé le cheval, en soufflant sur le poing dans lequel tenait un vent parti du sud du désert. De cette façon sont apparus les cent premiers chevaux sur la terre. Allah a offert comme cadeau ces animaux à Ismaël, c’est-à-dire à Ismail, le fils d’Ibrahim, à savoir Abraham, qui les a reproduit et, ainsi, se sont répandus dans le monde entier.

     – Belle légende, monsieur Fahl, continuez, je l’ai stimulé.

    – Je ne sais pas quoi dire. Euh… je vais essayer de vous dire un poème chevaleresque du XVIème siècle, quand a commencé à se former la ligne espagnole des chevaux pur – sangs arabes. Parce que la mémoire a commencé à me laisser, je vous prie de m’excuser pour la forme approximative de cette citation que je vais la réciter par la suite: “Sois attentive, réveilles-toi, ne dors pas! / Au milieu de la lutte criait un cavalier. / La jument lui a répondu: je suis de bonne race, ne t’inquiètes pas / Sois mon brave cavalier!”

   – Monsieur Fahl, c’est possible que la jument s’appelle Rosalinde, et que le cavalier  s’appelle Don Quichotte? Bahits a demandé.

     – Je ne crois pas, parce que Rosalinde était une haridelle décharnée, a été la réponse .

     – Continuez, s’il vous plaît, j’ai supplié monsieur Fahl.

    – Euh… je vais vous dire un proverbe arabe: l’air de paradis est comme l’air que vous respirez… entre les oreilles d’une jument pur – sang au galop.

    – Et moi, qui croyais que l’air de paradis est celui  que l’on respire… quand on court avec la raquette dans la main sur un terrain de tennis! je me suis écrié.

   – Et moi, qui croyais que l’air de paradis est celui  que l’on respire… quand on touche avec les lèvres le collier mousseux d’une chope de bière! Bahits s’est écrié, en essuyant sa front avec le dos de la main les goutelettes de sueur.

 

 Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)