Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (66) – Un homme d’affaires étonnant

       Avant de se lancer dans une affaire, un entrepreneur doit tenir compte non seulement des avantages,  la satisfaction de contrôler son propre destin, la possibilité d’atteindre so potentiel maximal, la possibilité d’obtenir un gain illimité, mais aussi… des inconvénients d’une telle action, l’incertitude sur le revenu, le risque de la perte de tout capital investi, un niveau de vie bas jusqu’à ce que l’entreprise se stabilise, l’apparition de problèmes de santé, l’affectation des relations familiales. Dans le même temps, il est nécessaire de prendre en compte les facteurs externes qui influent sur la survie d’une entreprise – le cycle économique, les taux d’intérêt, l’accès au capital, les réglementations gouvernementales, et ceux internes –  l’incompétence en gestion, le manque d’expérience, le contrôle financier précaire, le manque de capital. De même, il a aussi besoin de connaître les principales voies d’éviter les échecs: la connaissance détaillée de la planification d’entreprise , la connaissance des aspects financièrs et  comptables, la gestion des ressources financières, l’appel à l’aide de l’assistance financière, le soin de la santé.

     Un bon homme d’affaires est familier avec de termes de gestion, comme, par exemple, la mission de l’organisation, l’objectif stratégique, l’objectif tactique, la politiques de l’organisation, le programme, la procédure, la règle. Au lieu de cela, il pourrait confondre l’efficience avec efficacité. L’efficacité est définie comme la capacité à utiliser les ressources de façon optimale pour atteindre les objectifs et l’efficacité peut être exprimée simplement comme la capacité de fixer des objectifs appropriés et, bien sûr, de les atteindre. En ce sens, les Américains disent: “Do the things right!” (n.a. Fais les choses comme il faut!), respéctivement  “Do the right things! (n.a. Fais les choses qu’il faut!).

      Cependant, il y a des hommes d’affaires qui ne connaissent pas ou connaissent très peu ces notions élémentères de gestion, mais en èchange, ils sont nés avec un don, c’est-à-dire possedent l’art de faire d’un dollar… deux dollars ou même plus. Sur l’un d’eux, je l’ai rencontré… juste à Casablanca, appellée la capitale économique du Maroc. C’était il y a cinq ans ou dix ans, je ne me souviens pas exactement bien, de toute façon, il me semble que j’avais en face l’etendue sans fin de l’eau de l’océan Atlantique. L’évaporation faisait que les silhouettes des bateaux,  qui attendaient près de la ligne d’horizon  l’entrée dans le port, ne soient pas claires. Dans mes oreilles m’entraient pêle –  mêle quand  le clapotis de vagues au rivage, quand le cri de mouettes qui passaient par-dessus la tête, quand le bruit spécifique de la circulation routière du boulevard de proximité. Sur la table en métal, mes doigts touchaient une couche de sable amené de loin, soit par le dernier souffle de vent d’une tempête de sable du Sahara, soit par l’un de minitourbillons formés spontanément sur ​​la plage, d’une durée de quelques secondes, qui élèvaient  en l’air de morceaux de papier à la hauteur du mât avec le drapeau bleu – signe que les vagues se levaient jusqu’au  genou de grenouille. Le verre devant moi était rempli d’un liquide – je ne me souviens pas bien – jaunâtre de jus d’orange ou verdâtre du thé vert à la menthe. Sur la chaise de près était assis un gros monsieur – oui! il était ventru, ou non! il était maigre, qu’on pouvait lui compter les côtes; de toute façon il était un homme d’affaires qui provenait de la Roumanie, de la République de Moldavie ou des pays avoisinants l’espace  carpatho – danubieno – pontique. Son prénom était Ion, Jean ou Johann et son nom – Negustoru, Marchand ou Kaufmann. La discussion a été longue, mais la mémoire – toujours fautive! – me trahit, donc je vais donner quelques fragments qui me viennent à l’esprit.

        – Ça, alors, avant Décembre 1989, j’ai été ce qu’en argot on appelle en trafiquant. Je faisais du commerce noir avec de la devise forte, d’aliments, de la nourriture, de films sur cassettes et beaucoup d’autres; je réussissais  à gagner par jour de centaines, voire de milliers de dollars, a avoué à un moment mon compagnon.

     – Cela signifie que t’a plu  à avoir les poches pleines!

   – Ça, alors, depuis l’école secondaire je barrais la route d’élèves plus jeunes quand ils entraient ou sortaient de la cour de l’école et leur sommais de mettre leurs poches  à sec. Avec cet argent, j’achètais de gâteaux, de fusils jouets, de cigarettes “superlong” et de boissons fines. S’ils n’exécutaient pas l’ordre, alors je les  menaçais que je vais exciter mon chien sur eux . Mais il n’est pas arrivé à être quelqu’un mordu – Dieu ne garde, je suis croyant,  que diable! Je gardais mon chien lié au cou, a continué avec les confidences le précoce possesseur de poches pleines.

   – Après Décembre 1989, comment a-t-il  été? j’ai demandé de plus en plus étonné.

   – Ça, alors, j’ai pensé à devenir… un homme d’affaires, mais je n’avais pas trop de capital ou trop de l’école. Par conséquent, je suis allé immédiatement à R.F.A. où j’ai demandé l’asile politique. J’ai été interné simultanément dans trois camps et j’ai reçu de chacun 700 marks par mois. Je n’aurais pas réussi cette affaire si je n’avais pas trois passeports sous de noms différents, mais tous avec ma photo. Ça, alors, durant le jour je dormais et  pendant la nuit je volais. Je travaillais en équipe: l’un montait la garde,  un autre s’occupait du système anti-vol et les autres entraient dans le magasin ou l’appartement. Si venaient les “chouti” (n.a.: correctement, “Schutzen” – tireurs), alors le gars de garde criait “Sauvez-vous!”. Les Allemands ne comprenaient pas le message et restaient abasourdis pendant quelques secondes et ne tiraient pas, en nous donnant ainsi le temps pour ficher le camp. Depuis 1992, les choses se sont compliquées en Allemagne et j’ai dû rentrer à la maison. Ça, alors, malheureusement, au dernier départ on m’a saisi près de 100.000 marks dont je ne ne pouvait les justifier.

      – Alors qu’est-ce que tu a fait?

    – Ça, alors, avec l’argent que j’avais j’ai acheté un moulin à scie et j’ai fait  commerce avec du bois. Le malheur a été que j’ai été dupé plusieurs fois, c’est à dire je vendais la marchandise, je recevais  une avance, mais je n’encaissais plus le reste. Puis j’ai pensé à établir une société mixte avec le siége à Casablanca. Les lois locales m’ont forcée de prendre un associé marocain, qui participe au capital avec 51 pour cent, et moi avec la différence.

    – Formidable! je me suis écrié étonné au maximum.

    – Ça, alors, je me suis lancé dans le commerce des boyaux de mouton; comme vous le savez, ici on sacrifie beaucoup de béliers pendant le mois de Ramadan. L’activité s’est bien passé jusqu’à l’année dernière, lorsque le roi Hassan II a interdit l’abattage des moutons pour la conservation du bétail. Pour aggraver les choses, mon associé Sariq (n.a. Voleur), a retiré tout l’argent du compte et… s’est fait invisible. Si je lui intenterais un procès, même après dix ans il ne va  pas se terminer. Je suis arrivé en panne d’argent. Pour vous dire la vérité, je prendrais ici ma vieille occupation… de R.F.A.

    – Ça, alors! Le Maroc n’est pas l’Allemagne. Ici les préjudiciés prennent un couteau et rendent la justice avec leurs propres mains, sans être punis sévèrement par la loi. Toutefois, si les voleurs arrivent dans les caves de la police, là ils reçoivent une raclée avant d’être traduits en justice. Il ya des décennies, le vol a été puni selon le Coran par l’amputation de la main et, dans le cas de récidive, par décapitation. Est-ce que tu a vu dans ce pays un seul immigrant d’ethnie rrome, bien que, par exemple, les citoyens roumains n’ont pas besoin de visa dans le passeport?

     – Aucun! a été le tour de l’homme d’affaires de s’écrier étonné.

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)