Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (68) – Les peintures rupestres du Sahara

      Qui a l’intention de partir au Sahara s’attend à voir une “mer” de sable jaune – rougeâtre, traversée par de  chameaux  – les “vaisseaux du désert” – et parsemée par de centaines d’îles de verdure – celles oasis qui se font sentir leur présence de la distance par les silhouettes sveltes de palmiers producteurs de dattes. Après quelques jours de séjour au coeur du megadésert africain, le voyageur va constater que là – bas est le seul endroit sur la planète où avec un minimum de curiosité épistémique on peut  découvrir de vestiges d’art rupestre de l’ère néolithique: peintures et gravures réalisées sur de grosses pieres ou à l’intérieur de minigrottes, qui peuvent accueillir quelques bergers d’animaux plus ou moins domestiques.

     J’ai eu l’occasion de visiter l’un de ces musées en plein air dans le Sahara où les exponats étaient si nombreuses et dans une disposition tellement inattendue, que le risque de… marcher sur eux était très élevé. Cet événement s’est produit en Janvier 1983, lorsque j’ai fait un voyage au départ d’Oran, qand j’ai accordé  assistance didactique à  l’École Normale Supérieure d’Enseignement Polytechnique, avec la direction du sud, vers l’oasis saharienne de Taghit, à une distance de 1000 kilomètres de littoral méditerranéen. J’étais accompagné de mon épouse – Ella et mon fils – Edy .

     À la veille, au soir, on était arrivé dans le petit village Taghit, où on a séjourné à un hôtel homonyme, une construction sans étage, avec une architecture spécifique du Sahara, mais de matériaux modernes. Les murs étaient de couleur rouge – jaunâtre, comme d’immenses dunes d’autour, et le toit se perdait comme un caméléon dans le verte caractéristique aux milliers de palmiers de l’oasis.

      Nous étions à environ 15 kilomètres de Taghit, dans une zone dominée par de pierres géantes, nommée hamada par les géographes. Au loin, j’entrevoyais les sommets des dunes hautes jusqu’à 120 mètres qui bordaient le Grand erg occidental, cette surface de 80.000 kilomètres carrés du Sahara, où on voit que du sable et, éventuellement… la Fata Morgana. En Janvier, le soleil brûlait forte, mais l’air était froid, à l’altitude d’environ 1000 mètres du plateau. Il était presque 10 heures, nous avions laissé la voiture “Dacia 1310” – propriété privée – sur le bord de la route goudronnée pour rejoindre un groupe de touristes belges, qui écoutaient les explications d’un guide algérien, barbu, vêtu d’un burnous (n.a. manteau en laine, doté d’un capuchon, porté par les Arabes).

     – Dans le Sahara on a identifié environ 30.000 peintures ou gravures rupestres de l’ère néolithique, a commencé le guide. Il y a 6.000 ans, cette région était une savane peuplée par des animaux qui ont resté en place dans nos jours… seulement dans les représentations artistiques sur de roches. Suite au changement dans le temps de la faune, les peintures et les gravures rupestres peuvent être divisés en périodes: 1) la période dominée par les bisons disparus “Homoioceras antiqus”, également appelés Bubalus; 2) la période dominée par de troupeaux de bovins; 3) la période dominée par de chevaux, divisée en trois sous-période: 3.1.) la sous-période de chevaux, qui tiraient un chariot à quatre roues; 3.2.) la sous-période de chevaux, qui tiraient un chariot à deux roues; 3.3.) la sous-période de chevaux sellés. Bien sûr, il y a aussi d’autres représentants de la faune: éléphants, girafes, hippopotames, antilopes,  chameaux, autruches. Depuis les Romains sont venus dans le Sahara, a commencé une période moderne, dans laquelle prédominent les autruches, tandis que  les troupeaux de bovins sont devenus très rares.

      – Quel est le nom de rhinocéros avec l’armure cornée en forme de cercle au jambes, certainement disparu maintenant, qui est représenté sur le rocher en face de moi? a demandé un monsieur longilin, avec les lentilles des lunettes très bombées, en ayant  une figure de rat de bibliothèque.

     – Ce n’est pas un rhinocéros disparu, mais un… camion, a répondu guide un peu surpris par la question.

     – Oh, vous voulez dire que la période d’autruches a déjà été remplacée par celle de camions, a continué le Belge curieux.

     – Vous avez raison. Les résidents du Sahara continuent à graver et peindre sur les grosses pierres. En l’absence d’autruches, ils peignent ce qu’ils voyent circuler entre les dunes. On pourrait bientôt voir de représentations sur de grosses pierres de personnes sur “sand boards”, c’est-à-dire planche à voile sur le sable.

     – Comment il a été possible que dans la période néolithique ont existé de couleurs tellement vives, qui ont résisté à tant des milliers d’années? a encore demandé le possesseur des lunettes avec de lentilles bombées.

     – La couleur rouge a été réalisée avec le pigment minéral appelé oxyde ferrique ou hématite, et celle noir -bleuâtre avec l’oxyde ferro – ferrique appelé magnétite. Les colorants organiques ont été obtenus plus tard dans l’âge du bronze. Ainsi, par exemple, les anciens Egyptiens utilisaient pour colorer en rouge la garance, une plante pérenne  de la famille de rubiacée, et pour le bleu – indigofera, une plante à partir de laquelle on peut extraire l’indigo .

     – Pourquoi sont tellement hauts les personnages de la gravure sur la grosse pierre en face de moi? a également demandé le monsieur longilin.

     – Votre question est très bonne. Tout d’abord, je dois mentionner que les gens du néolithique, il ya 6.000 ans, n’avaient pas bien clarifié les concepts de dessin, de sorte que certains traits deviennent… un peu disproportionnés. Ainsi le cheval est parfois plus haut que… l’éléphant et l’homme plus haut que… la girafe, a répondu le guide sur un ton professionnel.

     Immédiatement, le même monsieur, qui a prouvé que posséde une grande curiosité épistémique, a posé encore une question:

    – Quel est le nom de la créature fabuleuse, gravée sur la grosse pierre de près, imaginée par l’artiste néolithique comme un homme à qui a été fixé un penis de cheval… ou peut-être – que je ne me rends pas trop bien compte à cause de l’érosion avancée de roche – d’un… éléphant?

   – Votre question prouve que vous avez un esprit étonnant d’observation, comme je n’ai pas vu chez aucun touriste depuis que je suis guide. Tout d’abord, je dois dire que les gens du néolithique, n’ont pas eu l’imagination de Grecs anciens, qui ont créé toute une mythologie peuplée de sirènes – de femmes avec une queue de poisson – ou centaures – d’hommes avec de pattes de cheval. La gravure rupestre dont vous parlez n’est pas un animal fabuleux, mais un… berger, tant possible de normal en ces temps – là, avec les traits caractéristiques… un peu disproportionnés, comme je suppose qu’il y a même maintenant dans les montagnes d’Europe, pleines de pâturages gras et de belles brebis, le guide a assuré le Belge avec un ton qui semble qu’a  convaincu tous ceux présents, car personne n’a pas demandé d’éclaircissements suplimentaires.

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)