Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (70) – Safari aux fennecs dans le Sahara

     Safari est un mot à résonance exotique, qui conduit l’esprit à une expédition de chasse aux lions ou au moins aux antilopes dans les hautes terres du Kenya. En swahili, la langue parlée par la plupart des gens en Afrique de l’Est, qui a repris, à partir du XVIème siècle, l’alphabet arabe et dont le vocabulaire a été enrichi avec de nombreux mots arabes, “safar” signifie voyage. D’ailleurs, en se référant au voyageur, les Arabes disent… “mousafir” et pour voyage ils utilisent aussi le mot “safar”.

     Alexandru Odobescu dans “Pseudokinegheticos” (n.a  “False traité de la chasse” ) a décrit un autre… safari, qui se déroulait il y a plus d’un siècle et demi dans… le Baragan: “( … ) les tamadayens, les chasseurs de grandes’outardes (…) qui de génération en génération ont erré en Baragan, cachés dans leurs chariots couverts d’une hâche de paillason et, en menant leurs haridelles  à pas paresseux, ils vont en cercle durant des heures, des jours et des mois autour d’imposants outardes mâles, dont ils disent ” «métropolites», (…) quel plaisir de chasse plus plénier, plus illimité, plus serein, plus bercé dans de douces et tendres rêveries peut être dans le monde que cel goûté par quelqu’un  quand, le chariot, dans lequel il est allongé, avance à  peine sur de voies sans de traces à travers les déserts du Baragan?”

     J’avoue que la chasse et la pêche ne sont pas parmi mes passe – temps, bien que depuis l’enfance j’ai lu avec l’intérêt beaucoup d’écritures sur ces occupations. J’ai été attiré par le tennis peut – être parce qu’il m’a assuré la consommation quotidienne et efficace du grand excès d’énergie physique que j’ai eu dans ma jeunesse .

     Sur le safari j’ai eu l’occasion de discuter avec  monsieur Mousaouir (n.a Photographe) Saïadakbar (n.a. Chasseurleplusgrand), citoyen français  venu rendre visite à son cousin, en la personne de Bahits Aalami – professeur de sociologie à l’Université de Casablanca. Tous les trois nous trouvions sur la plage Zeralda, située à l’extremité nord de mégapole marocaine. On est venu ici et pas à la station sélecte Aïn Diab, située à l’extremité sud de la capitale économique du Maroc, parce que monsieur Mousaouir voulait une plage sauvage, tant possible de naturelle. C’était un jour clair du Mai et la visibilité était pleine, pour ainsi qu’à gauche je voyais le phare de Casablanca et  à droite celui de Muhammadia, les deux étant situés à environ 12 kilomètre de l’endroit où nous nous trouvions. En raison de la marée basse, de l’océan sortaient de crocs de dizaines de rochers, qui avertisaient ceux présents que le fond n’était pas vraiment aimable. Les vagues étaient petites mais faisaient beaucoup de bruit, quand elles frappaient de nombreux obstacles sur le chemin. Monsieur Mousaouir venait de rentrer d’un safari effectué dans le Sahara.

     – Qu’est-ce que c’est pour vous un safari? j’ai demandé.

    – Oh! Écoutez la définition d’un safari: premièrement  c’est le plaisir “d’écouter” la silence de la nature et seulement alors  c’est la satisfaction de devenir le possesseur d’un vrai trophée, c’est-à-dire chassé, ou d’un autre virtuel, c’est à dire photographié, le Français a répondu avec emphase.

    – Pouvez-vous faire une introduction à ce domaine fascinant de la chasse? j’ai demandé au monsieur Mousaouir.

     – Oh! Bien sûr. Pour l’homme primitif, la chasse a été une nécessité pour fournir non seulement de la nourriture avec de la viande, mais aussi de vêtements en cuir et d’outils d’os et de cornes. La chasse sportive, appelée “game” par les Anglais (n.a jeu) signifie la recherche, le suivi et l’abattage des animaux et des oiseaux sauvages. Le chien a été utilisé depuis le néolithique, et le cheval depuis le deuxième millénaire avant Jésus – Christ. L’historien grec Xénophon (n.a. 430-360 av. J.-C.), disciple de Socrate, a décrit l’expérience personnelle de chasse aux lions, lynx,  panthères et ours dans “Kineghetikos” (n.a “Traité de chasse”). Le prince électeur Johann Georg II de Saxe (n.a 1656 – 1680) a réussi dans sa vie un palmarès de ni plus et ni moins de 42.649 trophées de cerfs.

     – Tant de trophées? j’ai fait entendue mon étonnement.

    – Johann Georg II a étè un si grand amoureux de la chasse, qu’il a même refusé la couronne de Bohême, pour la simple raison qu là – bas… les cerf avaient la taille plus petite que dans la Saxe.

     – Il n’y a pas eu de raisons politiques? j’ai insisté sur ce sujet.

    – Pas du tout. Cette passion est entrée dans le subconscient des gens depuis l’âge de pierre et peut obtenir des proportions énormes si elle trouve des conditions favorables. Pour mieux comprendre, je vous donne encore quelques exemples. En 1726, le roi Louis XV a passé 276 jours à la chasse.

    – Extraordinaire! Bahits s’est exclamé.

  – Oh! Attendez, je n’ai pas fini avec les exemples. Dans une expédition de chasse de deux semaines à laquelle a participé le tsar Alexandre I (n.a. 1801 – 1825), ont été tués 36 élans, 53 cerfs, 53.325 boucs sauvages, 42 bisons et 138 sangliers…

    – Eh bien, comment avez-vous retenu tous ces chiffres? s’est étanné Bahits. C’est possible que tout ce que tu nous dis sont… d’histoires de chasse?

   – Je vous donne ma parole… de chasseur ( !), a été la réponse .

   – À propos, est-ce que tu sais pourquoi certains pêcheurs ont une ecchymose sur le bras, près de l’épaule?

   – Je ne sais pas, cher cousin.

   – En raison des nombreux coups donnés avec le tranchant de la main, quand ils indiquent que les poissons prises par eux sont longs du bout du doigts jusqu’à l’épaule. Vous savez quoi? Arrête toi avec la statistique des trophées. Mieux nous parler de safari.

   – Sur safari on a parlé le XIXème siècle, au début de la colonisation de l’Afrique par les Européens, quand on  chassait que pour procurer de la nourriture. Plus tard, safari  a été organisé comme un sport, pour de périodes de quelques jours ou semaines, à qui participaient un petit groupe de chasseurs et un nombre impressionnant de porteurs pour les bagages, qui devenaient aussi de rabatteurs. Ensuite on a été utilisés les moyens de transport à moteur, ce qui a intensifié la chasse à un degré si grand qui a conduit à la disparition comme presque complète à un grand nombre d’animaux. Un grand passionné e safari a été l’écrivain américain Ernest Hemingway, qui après a  photographié d’éléphants, de lions, de zèbres, de girafes Rotchild, de gazelle Thomson, de rhinocéros, d’antilopes gnou, de flamants rouges, a dit que la réserve naturelle d’Amboseli au Kenya est “l’essence de l’Afrique”.

    – Comment a été le safari à travers Sahara, terminé hier? Vous avez devenu le possesseur d’un vrai trophée ou d’un virtuel? j’ai voulu savoir encore.

    – Ni, ni. Si dans le XIXème siècle les colonialistes français ont chassé le dernier lion, il semble que de nos jours les richards des pays du Golfe ont fusilé le dernier fennec dans le Sahara.

   – Oh! Au moins, vous avez apprécié la possibilité “d’écouter” le silence du désert, j’ai consolé monsieur Mousaouir.

   – Mmm! J’aurais préféré photographier un fennec, a murmuré en soupirant  l’amateur du safari, en contradiction avec la definition formulée de lui au début de la discussion.

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)