Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (72) – Barberousse

       J’étais embarqué dans le ferry-boat “Barbarossa” (n.a. Barberousse), qui devait transporter les passagers du bord et les véhicules de la cale de Trapani vers Tunis, dans un voyage d’environ 150 kilomètres, d’une durée d’environ six heures. C’était un matin de fin Août 1983, quand la brume blanchâtre formée au cours de la nuit s’était levée, en laissant à la vue les toits brique des tuiles des constructions du port, les collines siciliennes d’un vert passé, caractéristique aux feuilles d’olivier, sur lesquelles s’avait élèvé le disque éblouissant du soleil, avec le moteur nucléaire à la vitesse maximale de rotation. Près du bateau, la mer était sombre en couleur, partiellement tachée de pétrole violacé, en cachant ses véritables intentions par de légers haussements d’épaules. Dans les narines se faisait remarquée une odeur d’algues pourries et de gaz d’échappement des moteurs diesel navales, et les oreilles détectaient, de temps en temps, de cris de mouettes  matinales et le mugissement étouffé des sirènes des navires se préparant à entrer ou quitter le port. J’étais avec ma femme sur la route vers Oran, où j’accordais assistance didactique à l’École Normale Supérieure  d’Enseignement Polytechnique, respectivement, à l’Institut Algérien du Pétrole. Déjà j’avais traversé avec la voiture  Dacia 1310, bien personnel, une partie du conglomérat d’états de l’ex-République Fédérative Socialiste de Yougoslavie, puis la botte de l’Italie, en suivant puis un trajet routier près du littoral méditerranéen de la Tunisie et de l’Algérie.

     Immédiatement, après le ferry – boat est sorti de la rade du port, nous nous sommes installés sur l’un des canapés profonds dans l’enceinte avec des hublots du bar. À côté de moi était assis un homme d’âge moyen, brun, barbu, avec de grands yeux couverts avec des lunettes de myope, vêtu d’un T – shirt sur ​​lequel était peint le buste d’un personage invalide de la main gauche, avec une barbe rougeâtre, longue jusqu’à la taille, avec un perroquet sur l’épaule, dont le nom – Barbarossa – a été imprimé au – dessus de la tête. J’ai appris que son nom Lihiaalhamra (n.a. Barberousse) Qoursan (n.a. Corsair) et qu’il est bibliothécaire à l’Université de Palerme. Il a bénéficé  d’une bourse de l’État tunisien pour étudier la langue italienne dans la métropole sicilienne. Durant qu’il a été étudiant, il a épousé une Italienne et est resté à Palerme, en devenant au cours des années concitoyen avec les decendants de Giuseppe Garibaldi. Maintenant il faisait une visite solitaire chez ses parents à Tunis.

       – Barbarossa en italien, Barberousse en français, Redbeard en anglais, Lihiaalhamra en arabe, conduit la pensée aux  célèbres pirates musulmans, qui écumaient et ensanglantaient  de long en large la mer Méditerranée au début du XVIème siècle, s’est senti obligé Qoursan d’expliquer l’inscription sur sa chemise.

     – Vous avez dit pirates,  c’est-à-dire qu’il a été plusieurs  Barberousse, j’ai remarque.

    – Premièrement a été… Frédéric Barberousse (n.a.  1122 – 1190), les empereurs romain germanique (n.a. 1152 – 1190), qui, évidemment, n’a pas été pirate jamais dans sa vie. Ensuite, ont été les deux frères Arouj (n.a. Parfum) et Khaïr (n.a. Bon) Eddine (n.a. Religion), surnommés Barberousse par les Italiens, parce qu’ils avaient une barbe rousse.

   – Excusez- moi de vous interrompre, mais je trouve étrange que le barman ne vient pas prendre la commande, j’ai donné la parole à un étonnement.

     – On va entrer dans une zone de forte houle, due à  une tempête qui a eu lieu la nuit dernière, il y a donc un risque que certains passagers vont avoir le mal de mer et… vont vomir tout ce qu’ils ont dans leur  estomac, l’Italo- Tunisien m’a éclairé.

    Après ces paroles, comme un fait exprès, j’ai tout de suite eu le sentiment que mon estomac s’est monté au cou, accompagné d’un sentiment de desconfort général.

     – Je pense que nous sommes déjà entrés dans la zone de hule, Ella m’a confirmé ma conclusion.

    – Essayez de rester avec vos coudes sur le canapé et les jambes allongées sur le tapis, dans une position autant horizontale que possible, de façon que l’estomac ne monte  plus vers… le col, mais vers… l’ombilic et, ainsi, la sensation de vomissements soit diminuée, nous a recommandé Qoursan .

     – Parlez – nous de frères Barberousse, j’ai prié “il signore” Qoursan, en essayant d’oublier la hule.

   – Tout d’abord je tiens à vous dire qu’il y a quelques millénaires, le piratage a été une profession… honorable. Ainsi, Thucydide (n.a. 460 – 396 av. J.-C.) dans “Histoire de la guerre du Péloponnèse” raconte que “les Grecs d’autrefois (…) se livraient à la piraterie (…) car la piraterie ne comportait aucun déshonneur; bien au contraire, elle n’allait pas sans rapporter quelque gloire”. En plus, dans le chant III de “Odyssée” d’Homère, Nestor a parle à Télémaque – fils d’Odiseu (n.a. Ulysse) – ainsi: “Ô ami, tu me fais souvenir des maux que nous (…) avons subis (…)  en poursuivant notre proie, sur nos nefs”.

     – La piraterie est un métier à risque, compte tenu de… tempêtes, je voulais remarquer, stimulé par la sensation de vomissements, qui ne cessait pas.

     – Bien sûr, les risques dans les navires en bois de l’époque étaient beaucoup plus grandes que dans les ferries modernes. Par exemple, dans “Mille et une nuits” est dit que Sindbad a effectué sept voyages en mer et a naufragé six fois, a été d’accord avec moi le bibliothécaire à Palerme . – Nous n’allons pas naufrager, mais ne sera pas bien pour nous. Mieux c’est  de nous raconter sur les frères Barberousse, j’ai prié  Lihiaalhamra.

   – En fait, il y a eu quatre frères: Arouj, Khaïr Eddine, Eliah (n.a. Elie) et Ishaq (n.a. Isaac). Les deux derniers frères sont morts tôt. Leur père, Yacoub Reïs était un albanais converti à l’islam, établie dans l’île de Lesbos, où il a épousé une Arabe originire d’Andalousie. Arouj est né en 1474 et est mort en 1518 lors d’une bataille avec le sultan de Tlemcen, soutenu par l’armée espagnole, après que dans la bataille d’Alger, il a perdu son bras gauche. Khaïr est né en 1477 et est mort naturelement  en 1546 au palais d’Istanbul, comme un kapoudan Pacha, c’est-à-dire un commandant de la flotte ottomane, comme il a été finalement, après avoir commencé comme un pirate et puis un corsaire, contrairement à  son frère plus grand, qui a été seulement un pirate et un corsaire.

     – Quelle est la différence entre un pirate et un corsaire? a voulu savoir Ella.

    – Le pirate est la personne qui vole par violence, à des fins personnelles, de passagers ou de marchandises à bord d’un navire dans la mer libre ou dans un endroit où il n’est pas soumis à la juridiction d’aucun Etat, tandis que le corsaire est le commandant d’un navire armé, sous la propriété privée d’une personne qui, avec le consentement du gouvernement, attaque et pille les navires ennemis. Les deux frères ont été des corsaires dans le service du sultan ottoman Selim I ou du roi François I dans leur lutte pour la conquête de l’Italie, en concurrence avec l’empereur Charles Quint. En fait, dans ces jours, ils se sont battu avec un autre fameux corsaire, Andrea Doria, d’origine italienne.

    – Andrea Doria, lui aussi, a-t-il eu de la barbe? j’ai eu une curiosité.

    – Non, mais comme vous avez une barbe sel et poivre, et moi une barbe noire, de même sorte les frères ont eu une barbe rousse.

     – Mais  et la vôtre est devenu… rousse, j’ai constaté surpris.

    – Excusez-moi, c’est… du ketch-up de la pizza que j’ai mangé avec beaucoup d’apétit ce matin, a admis l’un des descendants possibles des frères Barberousse, après quoi il est parti en hâte à la salle de bain pour se laver…

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)