Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (77) – La concubine

     Souria (n.a. Concubine) a été l’une des mes étudiantes éminentes de l’Institut Supérieur Industriel de Casablanca. Les dessins techniques qu’elle exécutait trahissaient une grande  rigoureure intérieure. Quand je m’étais rapproché de la planchette où elle travaillait, premièrement  j’étais enveloppé d’un discret parfum de jasmin. Ses collègues prennaient l’habitude de lui dire qu’il est “zouina cal badr ” (n.a. belle comme la pleine lune), une expression utilisée aussi par le jeune vaillant  de la conte “Le portfaix et les trois sœurs” dite par Shéhérazade dans “Mille et une nuits”. En outre, elle possédait un langage verbale et non – verbale autant persuasif que possible. Pour la surprise générale, après le premier semestre elle n’est plus venus en classe. Plus tard, j’ai seulement appris qu’elle est partie en France.

     Je l’ai revue Souria quelques années plus tard à Aïn Diab, la station climatique qui a été “avalée” par la mégalopole de Casablanca, tout comme Mamaïa est inclue dans la ville de Constanta. Contre le montant de 50 dirhams j’ai eu accès à “Chahtia Tahiti” (n.a. Plage Tahiti), qui portait la nom de la plage de la Côte d’Azur où l’actrice Brigitte Bardot a exposé ses… charmes au début des années ’50, en provoquant un scandale de mœurs avec un écho international et en inaugurant la mode “topless”.

     J’étais sur un tabouret haut d’un bar en plein air, qui formait une vraie oasis circulaire sur le sable fin et propre – ce n’était pas en vain que j’ai payé une petite fortune pour le billet d’entrée – où ils pourraient être consommés immédiatement de jus extraits sur place d’oranges, de kiwis, de bananes, d’avocat, de papayes et d’autres fruits tropicaux – équatoriaux. L’ombre fournie par un toit en forme de  cône, exécuté de pailles de canne, la brise refraîchissante, la vue de vagues de l’océan Atlantique et de quelques bouquets de palmiers me faisaient me sentir comme un “middle class man” (n.a.  homme de la classe moyenne) d’une zone de l’Europe, située au nord de la parallèle 45, parti en congé vers une destination exotique. Sur le tabouret à côté de moi était assise la possesseuse d’yeux babyloniques et tout de suite j’ai reconnu Souria, malgré le fait qu’elle n’était plus couverte par le tablier blanc, la tenue de travail obligatoire durant les heures de dessin technique, mais par un maillot de bain fait avec beaucoup d’économie de matériel. Avec la désinvolture  qu’elle la caractérise, elle m’a saloué et m’a présenté un monsieur qui, d’après la couleur des cheveux semblait passé de 60 ans, mais avec de jambes jeunes, sans de varices ou avec de muscles chutés.

      – Chibani (n.a. Vieux ) est mon concubin, a tenu à préciser Souria.

     Je suis resté perplexe, je me suis arrêté de justesse le réflexe de faire la croix d’étonnement et la pensée m’a conduit à… une parabole de la Bible:

     – Abraham a eu Sarah, comme  épouse, mais aussi l’esclave égyptienne Agar, de laquelle il a eu un fils illégitime, Ismaël. La concubine est une femme unie du point de vue conjugal avec un homme, mais en  relation inférieure avec l’épouse ou les épouses de celui-ci.

     – Oui, la Bible est un témoignage de l’ancienetté du concubinage, m’a aprouvé Chibani. Jacob a eu deux fils – Gad et Aser – avec Bilha, la servante de la première épouse, nommée Léa, et deux autres fils, Dan et Nephtali, avec Bilha, la servante de la deuxième épouse, nommée Rachel.

      – Mais, monsieur Chibani, comment se fait que vous avez lu la Bible? j’ai demandé.

     – Un de mes concubines, Angélique a été chrétienne et avait un exemplaire de la Bible dans le tiroir de table de chevet.

        – Excusez-moi pour la question. Avez-vous eu beaucoup de concubines?

       – Non comme le roi Salomon des Juifs , qui a eu 300 épouses et 600 concubines.

     – Le nombre de concubines n’est pas limitée dans le Coran . Même le prophète Mahomet a eu à un moment donné neuf épouses et trois concubines, est intervenue Souria en hâte.

     – Moi, a continué Chibani son idée, j’ai changé les concubines dans quelques années, chaque fois que je me suis réveillé de mon sommeil le matin et je me suis dit  que je me suis trompé, que la dame à côté de moi n’est pas celle que j’ai la cherché. Comme on le sait, le concubinage est la cohabitation d’un homme avec une femme qui ne sont pas liés par le mariage légal. Le terme dérive des mots latins “con” (n.a. avec) et “cubare” (n.a. rester). Les concubinages sont plus fragiles que les mariages. S’ils durent, très bien, s’ils ne durent pas tant pis pour moi. Est-ce que vous connaissez  la philosophie de Confucius?

   – Oui, quelques généralités. Confucius est le nom latinisé du philosophe chinois Kong Qiu. Son enseignement, récueilli par ses disciples  dans le livre  “Lun yu”, qui se traduit “Entretiens” repose sur trois éléments: “tian” – le ciel, “li” – la tradition, et “ren” – l’humanité.

     – Eh bien, Confucius, lorsqu’on lui a demandé ce qui le surprit le plus aux gens, a déclaré: “D’une part, les gens pensent avec la peur sur l’avenir, et d’autre part, ils oublient le présent, de telle sorte qu’ils ne vivent ni le présent  et ni l’avenir. À la fin, les gens vivent comme il ne mourraient jamais, et ils meurent comme s’ils  n’on pas avaient jamais vraiment vécu”. Je veux vivre le présent, le moment. Garçon, trois verres de jus d’avocat mélangé avec du lait et du miel!

     – Mais, merci, il n’est pas necessaire, j’au répliqué.

     – Écoutez moi bien. Confucius a dit aussi: “Les gens sont surprenants. Ils perdent leur santé en travaillant d’arrache – pied pour faire de l’argent et ensuite ils dépensent tout leur argent pour devenir en bonne santé”.  Goûtez donc ce “shake”… énergisant.

     – Belle pensée, je ne l’ai pas su, j’ai reconnu mon ignorance .

     – Mon aimé, Chibani a pris sa retraite de la Légion étrangère française, est venu avec une précision Souria, alors que nous tous sirotions à la paille le “shake”, qui me semblait de plus en plus énergisant, comme si je rajeunirais de quelques décennies.

     – Je suis né à Casablanca, où vivent encore mes parents et mes frères. J’ai émigré en France dès que j’ai terminé le lycée et j’ai rejoint la Légion étrangère parce que ainsi  je me suis assuré vite un emploi bien payé et je me suis satisfait ma soif d’aventure. En vivant seulement dans les casernes 11 mois par an, en étant parti dans presques presques toutes les anciennes colonies françaises en Afrique et en Asie, je n’ai pas pu me permettere de se marier . Avec Souria je vis dans un concubinage légal enregistré de Marseille.

     – Etes – vous heureux avec Suria? je me suis permis de prononcer une curiosité.

   – Ha, ha! Je vous assure que je vis avec votre ancienne étudiante quelques-uns des moments les plus heureux de ma vie qu’ils  me sont arrivés dans les trois situations suivantes: devenir… enamoureux, trouver… de l’argent dans une poche d’un pantalon inutilisé depuis long temps et rire… jusqu’à ce que ça me fait mal au ventre.

J’aurais aimé demander à Chibani dans laquelle de ces trois situations il se trouvait en ce moment – là, mais j’ai laissé tomber parce que je les ai vu qu’ils sirotaient le “shake”… énergisant, en s’aidant avec une main, tandis qu’avec l’autre se caressaient réciproquement un genou, en pressant de plus en plus fortement…

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)