Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (8) – Entretien d’embauche

     C’était pendant le Ramadan. Dans un lundi matin, j’étais venu une heure plus tôt dans la salle de dessin de l’Institut Supérieur Industriel de Casablanca pour se préparer comme il faut à la séance, qui suivait. À ma grande surprise, après moins d’un quart d’heure, j’ai vu entrant Jamila (n.a. Belle), de qui mes étudiants marocains disaient en darija,  le dialecte arabe parlé au Maroc, en Algérie et en Tunisie, qu’elle est “zouina cal badr” (n.a. belle comme la lume pleine). Elle portait un deux pièces noir composé d’une veste et d’un pantalon long, qui serrait légèrement les rondeures du bassin généreux, caractéristique aux negresses. La chemise blanche, déboutonnée au cou, lui laissait  à la vue, avec discrétion, une partie de la richesse du buste.

     – Bonjour, monsieur,  elle m’a salué d’un air las.

     – Bonjour, Jamila, ça va? j’ai  demandé étonné. Alors j’ai remarqué que ses grands yeux, lascives, de couleur  verte, étaient entrouverts, en révélant une nuit blanche.

     – Ça va pas, monsieur, elle m’a répondu. J’ai travaillé toute la nuit dans une boulangerie, où j’ai été temporairement employée comme vendeuse. De là, je suis venu directement à l’institut.

     – Tu n’est pas seulement fatiguée, mais triste, j’ai lui communiqué ma constatation.

     Puis j’ai découvert la raison de sa tristesse, que je la donne, tant qu’elle m’a raconté, avec quelques incohérences dues à la fatigue, dans laquelle elle était. Voici ce qu’elle m’a dit:

     – Je vis dans le quartier Al Manara (n.a. Phare), situé sur un petit promontoire au bout duquel se trove le phare du port de Casablanca. Un passant aurait pu remarquer que dans les rues étroites, où il y a de place que  pour deux personnes et deux ânes, encore reignait le silence habituel d’après les nuits agitées de Ramadan, en étant rompu seulement par le faible clapotement des petites vagues qui frappaient les rochers du promontoire. Les feuilles longues de quelques palmiers du quartier se balançaient paresseusement dans la brise de l’océan Atlantique. C’était un dimanche. A midi, l’air vibrait dans la lumière aveuglante du soleil. Je encore fainéantais au lit et je m’efforçais de m’éveiller pour aller au travail. J’étais dans mon état ​​préféré, entre le sommeil et l’éveil, quand m’apparaissaient de rêves que je me souviens bien après je me réveille. Je me levais et à mes 1,70 mètres, et j’ai eu le sentiment que je frappe avec ma tête le plafond. Malgré ce désagrément, notre maison me semble acceptable. Elle a les murs en pisé et, sur le toit horizontal en carton bituminé, nous avons une antenne parabolique pour capter les chaînes de télévision par satellite. La surface habitable est d’environ 50 mètres carrés. Elle se compose de deux chambres, une cuisine, une salle de bains et un couloir. Dans le dortoir habitent mes parents, Abdarrahim (n.a. Leserviteurdumiséricordieux) et Khadija (n.a. Néeàseptmois). L’autre chambre est à moi et ma belle soeur, Latefa (n.a. Gentille). Mon seul frère, Aaziz (n.a. Cher), n’a pas sa chambre, raison pour laquelle il passe les nuits dans le couloir, allongé sur un matelas de polyuréthane, lequel il le fait rouleaux chaque matin. En prennant soin de ne pas faire de bruit, j’ai réussi à être prête à partir en moins de dix minutes. J’ai brossé mes dents soigneusement de ne pas laisser une goutte d’eau dans la gorge et, ainsi, de l’avaler sans le vouloir. Aussi, je ne me suis pas maquillée et, surtout, je n’ai pas mis de rouge à lèvres parce que ma mère m’a expliqué que le rouge à lèvres contient des matières grasses qui peuvent être portées par la bouche et par la langue dans le fond de la bouche et de là, il existe le risque d’être avalé. Je suis passé  à  pas de loup à côté de mon frère, qui dormait dans le couloir et je suis sorti de la maison vers la station de bus du quartier.

     Dans le bus il y avait seulement deux jeunes hommes,  qui, furtivement, jetaient des regards sur moi. Même s’ils étaient des garçons du quartier, à  cause du jeûne du Ramadan, ils ont trouvé la force de refouler complétement l’mpulsion sexuel, comme dirait le psychologue Sigmund Freud. Ils n’ont pas osé même me dire un compliment ou sortir un sifflement d’admiration. Sur le chemin, d’autres gens se sont montés, mais aucun homme n’a pas osé s’asseoir à côté de moi, pour ne pas avoir à supporter les regards ironiques comme “Hum, dragueur, tu ne pense pas que tu pourrais t’abstenir au moins dans le mois de Ramadan, quand tous devons nous éloigner des choses terrestres et de  s’approcher de Dieu?” Le bus est arrivé à la station centrale. Au fur et à  la mésure que je m’approchais de la boulangerie “Khobz el skhun”, je ressentais plus fortement l’odeur de sirop de caramel, avec lequel sont enduits les gâteaux appelés “chabakia”, inclus obligatoirement dans le “iftar” (n.a. le petit déjeuner du mois de Ramadan) .

     De loin, j’ai vu Maarouf, le propriétaire de la boulangerie “Khobz el skhun”, posté près de la porte d’entrée, pour voir si j’arrive en retard. J’avais résisté à ses avances qu’il me les a fait pendant l’entrevue. Quand j’ai dit que je suis vierge, il m’a proposé une partie de sexe un peu differant. Évidemment, je l’ai refusé. Si, comme même il m’a embauché, il l’a fait dans l’espoir que je vais lui céder un jour. A une heure moins cinq minutes j’étais déjà devant lui. Il était visiblement mécontent du fait qu’il n’avait pas l’occasion de me chicaner. Vous ne savez pas, mais dans les écoles et les mosquées, nous, les musulmans, avons apris  que pendant le Ramadan, pour recevoir la révélation des paroles d’Allah, comme elles sont écrites dans le Coran, nous devons porter une vie angélique. Mais autant que je sache, les anges non seulement qu’ils ne mangent et ne boivent pas, mais ne font pas du sexe. Si mon patron me fait des avances, quel sort de vie angelique il mène durant le mois de Ramadan?

      Jamila s’est arrêtée perplexe, en attendant mon opinion, mais j’avais resté la bouche bée. Je me forçais à répondre le plus pertinent possible, mais sa beauté me ralentait de nouveau les mécanismes de penser. Pendant ce temps, la porte s’est ouverte; il y entrait un groupe d’étudiants. J’ai eu seulement le temps à dire une expression fréquent  entendue de moi dans ce coin nord-afriquain, laquelle je  l’avait appris par cœur:

     – “Koul chi ghada mzian in cha Allah” (n.a. Tout ira bien, si Dieu le veut).

 

Doru Ciucescu

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)