Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (82) – Le lézard gecko

        Le samedi, 2 Octobre 1982, à 8 heures, j’étais dans l’une des amphitéatres de l’École Normale Supérieure d’Enseignement Polytechniquer à Oran, où, selon l’emploi du temps, je devais tenir mon premier cours à l’étranger. J’étais émotionné parce que, d’une part, je ne savait pas mes nouveaux disciples et, d’autre part, je pensais que je ne vais pas faire face à la communication en français. Pour cette raison, le soir précédent j’avais répété plusieurs fois le cours au… miroir et avec la montre en face. Pour être à la hauteur d’un maître-assistant que j’étaism je me suis  habillé avec un costume et une cravate. Avec l’élan d’un jeune de 36 ans, j’ai ouvert la porte de l’amphithéâtre et je suis resté… la bouche bée; tous les bancs étaient… vides. Je me suis dirigé vers la chaire où je me suis assis sur une chaise. J’ai attendu à passer… le quart académique, après quoi j’ai quitté l’amphithéâtre. Je suis allé au siège du Département  de Mécanique, où une secrétaire juste… tirais au-dessus de sa tête la djellaba, pour  rester dans une robe faite avec une grande économie d’un tissu soyeux, qui plutôt mettait en relief les formes qu’elle les couvrait. Avec un sourire professionnel elle m’a introduit dans la réalité de la vie universitaire en Algérie de ces années-là. “Tous les étudiants viendront qu’après… le 1er Novembre”, m’a informé la sympatique secrétaire.

      – Pourquoi , mademoiselle? j’ai continué avec une série de questions stéréotypées, comme un débutant en français.

     – C’est comme ça qu’ont décidé les étudiants, a été la réponse.

     – Pourquoi, mademoiselle?

     – Parce que la plupart d’entre eux sont intéressés à aller en France, où ils ont le droit de travailler .

     – Pourquoi , mademoiselle?

     – Pour qu’ils fassent un peu d’argent pendant les vacances.

     – Mais, comme même, les vacances se terminent  à la fin du mois… Septembre, mademoiselle.

     – Il n’est pas bon que les vacances sont plus longues avec un mois? Vous n’avez pas été étudiant?

     – Oui, bien sûr, mademoiselle.

     – Vous n’aurais pas voulu de travailler en France pendant les vacances des étudiants?

     – Oui, bien sûr , mademoiselle.

     – Et vous l’avez fait?

     – Oui, mademoiselle, mais pas en France, mais en Suède, durant les vacances de la quatrième année, quand j’ai travaillé dans un combinat sidérurgique à Avesta .

     – Et vous avez été en retard?

     – Oui, mademoiselle, mais seulement… deux semaines.

     – Vous voyez, vous aussi avez été en retard. Cela signifie que vous pouvez comprendre la situation.

     – Oui, mademoiselle. Mais je viens toujours à l’école jusqu’au mois de Novembre ou non?

     – Vous venez conformement à  l’emploi du temps, vous restez dans l’amphithéâtre ou dans le laboratoire un quart d’heure – le quart académique, n’est-ce pas? Puis vous partez à  la maison.

     – Oui, bien sûr, mademoiselle, je le ferai.

     …La semaine suivante, à 8 heures pile, j’ai été de nouveau dans l’amphithéâtre, lequel, bien sûr, avait les bancs vides. Je me suis assis dans la chaise de la chaire et j’ai commencé à regarder… les murs. A un moment donné, j’ai remarqué un… lézard qui marchait sur une surface… verticale comme si elle aurait été l’une horizontale. Je me suis frotté les yeux, j’ai cru que j’ai de hallucinations ou que se dresse devant moi une sorte de… Fata Morgana. Je n’avais jamais vu quelque chose comme ça. Ce lézard défiais la loi de la gravité, escaladait de murs verticales et a même atteignait le plafond. Sa peau était jaune avec des taches foncées. Il avait de grands yeux à pupilles verticales, comme de chat, et une queue longue, assez épaise. La longueur n’excèdait pas 20 centimètre. Je me suis approché du mur, et, à mon grand étonnement il n’a pas fui, mais il est resté sur place, dans l’attente. Nous nous avons regardé les yeux dans les yeux un quart d’heure, après quoi je suis allé au secrétariat. Je suis arrivé là juste quand la secrétaire, dans sa tentative de se déshabiller de la djellaba, on ne lui voyait pas la tête. Quand le rituel  organisationnel du début de travail a pris fin, j’ai pu relater  l’histoire avec le lézard.

     – Ne vous inquiétez pas; il s’agit  d’un lézard femelle gecko, m’a assuré la secrétaire, en redressant avec les mains la robe soyeuse d’été pour enlever de plis imaginaires.

     – Mais, madamemoiselle, comment s’explique le fait que cette créature peut marcher sur les murs? Elle a de ventouses ou un adhésif spécial sur les semelles des pattes?

     – Non, monsieur. De nombreux chercheurs ont étudié ce lézard dans l’espoir de trouver un super adhésif. L’explication est différente. Les semelles des pattes sont prévues avec plus de 500.000 poils appelés setæ, qui ont le bout divisé  en milliers de nanospatules, visible uniquement au microscope électronique . Lorsque le lézard met sa patte sur une surface, chaque spatule se place parallèlement à elle et, en raison des forces d’attraction de Van der Waals, on réussit qu’en seulement huit millisecondes à  se réaliser “le collage” et en moitié de temps – “le decollage”. .

     – Mais, mademoiselle, comment se fait que vous connaissez ces détails de spécialité?

     – Je suis licencié en biologie, mais en étant en chomage,  je suis satisfaite de ce poste de secrétaire.

    – Vous auriez travaillé comme un top-modèle à une société de vêtement de renom en France, j’ai voulu être reconnaissant à la secrétaire pour les informations reçues.

    – Oh, comment vous êtes gentil avec moi! Si vous voulez, nous pouvons aller dans l’amphithéâtre pour vous montrer quelque chose exceptionelle, m’a proposé la secrétaire visiblement enchantée.

     – Oui , mademoiselle , avec grand plaisir.

    Après qu’elle a fait sortir du sac à  main un croissant avec une odeur appétissante, la secrétaire m’a fait signe de la suivre. Une fois arrivé dans l’amphithéâtre, j’ai remarqué que le lézard était encore sur le mur.

     – Gecko vient tous les matins à 8 heures par la fenêtre ouverte pour obtenir de la nourriture de la part des étudiantes, la secrétaire m’a informé, puis elle a continué: “Elle a faim et nous allons la nourrir, si vous êtes d’accord”.

     – Oui, mademoiselle, avec grand plaisir, j’ai accepté un peu hésitant.

     La secrétaire a rompu un morceau du croissant et a tendu la main vers la lézard femelle. Gecko femelle est descendue sur le mur et a commencé à manger le produit de la pâtisserie.

   – Prennez la lezard femelle du milieu avec les deux mains et mettez – la sur la chaire, m’a incité la secrétaire.

     – Oui, mademoiselle, ça a été tout ce que j’ai réussi a dire, parce que gecko femelle s’est effrayée et s’est enfuie, en laissant dans mes mains… la queue froide et rugueuse, qui encore se debattait.

    – Vous ne savez pas comment aborder… les lézards femelles de l’Algérie, mais, de même, je vais vous en apprendre, m’a assuré la secrétaire dans les yeux de laquelle ont apparu quelques lumières ludiques.

 

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)