Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca (83) – Le pêcheur volé par de requins

     L’Académie Suédoise a décerné en 1954 le Prix Nobel à l’écrivain américain Ernest Hemingway pour “le style puissant et nouveau par lequel il maîtrise l’art de la narration moderne, comme vient de le prouver «Le vieil homme et la mer»”, publié en 1952. Dix ans plus tard, il est tombée dans mes mains la traduction en roumain de ce livre, que je l’ai lu dans un souffle. À mes 16 ans, que j’ai eu à l’époque, j’ai retenu de la superbe narration non tant “la lutte pleine de dignité  et de fierté d’un homme simple”, comme m’informait “l’avant propos” d’inspiration  “réaliste socialiste”, que la raclée appliquée  par le vieux pêcheur… aux requins, qu’il les frappait avec tout ce qu’il avait à  la portée de la main dans le bateau pour les empêcher de dévorer… le poisson géant pêché après 84 jours de malchance totale. Il semble que cette histoire avait des racines dans l’œuvre antérieure de Hemingway. Mais voici ce que le célèbre écrivain a relaté dans l’article “Eaux bleues. Lettre du Gulf-stream”, apparu  en 1936 dans le magazine “Esquire”: “(…) un vieux pêcheur (…) a attrapé un marlin immense, qui, en tirant du fil de la ligne, a porté le bateau loin au large. Après de deux jours le vieux a été trouvé par quelques pêcheurs à environ 60 miles plus à l’est, avec la tête et la partie de l’avant du marlin liées à la barque. Du. poisson, qui pesait environ 350 kilogrammes, est resté moins de la moitié. Le vieux .avait erré sur la mer un jour, une nuit, un jour et encore une nuit, temps dans lequel le poisson nageait en profondeur et tirait la barque derrière lui. Quand il est sorti à surface, le vieil homme s’est approché avec la barque et a jeté le harpon en lui. Après l’avoir attaché à la barque, les requins sont venus et ont commencé à mordre le merlin, et le vieil homme s’est battu avec eux (…), en les frappant avec le gourdin, en les piquant avec le couteau, en les donnat de coups avec la  rame jusqu’à ce qu’il est tombé épuisé (…)”.

     Au printemps de l’année 1999, j’ai eu l’ occasion d’écouter une histoire, dans laquelle apparaissent d’autres requins, mais le personnage principal n’est pas le pêcheur cubain Santiago, comme dans “Le vieil homme et la mer”, mais un Marocain nommé Alqods (n.a. Lesaint).

      Je me retrouvais à la Madina el Qadima de Casablanca, dans l’une des tavernes situées sur le côté de l’océan, où on pouvait manger du poisson frit à un rapport incroyablement avantageux entre la quantité et le prix. À la suite d’une remise et d’une prime de fidélisation de lequelles je bénéficiais de la part du patron, pour une assiette avec environ six (!) gros morceaux de poisson, une petite assiette avec de la sauce tomate épicée et une pita je payais huit dirhams. En échange, l’intérieur fesait l’impression d’authentique… taverne portuaire: le crépi des murs semlat tomber, l’ameublement métallique avait les panneaux en bois, lumière provenait d’une seule ampoule, la fumée épaisse de cigarette pourrait être coupée avec une lame de couteau, les clients portaient de tricots de marin dans un état plus ou moins usé, en laissant à  la vue de parties de tatouages avec de sirènes, de  pirates, d’ancres, de requins et d’autres motifs décoratifs liés à l’océan ou à la pêche- De l’autre côté de la petite table, où j’avais pris lieu, était un homme âgé d’environ 60 ans, qui emmenait lentement vers sa bouche un verre de thé à la menthe et beaucoup plus souvent une cigarette bon marché. Tout sur lui était vieux, seulelemnt ses yeux sombres trahissaient un cœur jeune, de vieux loup de mer. Son visage sillonné de profondes et nombreuses rides constitué un témoignage vif de coups reçus de vents et des vagues énormes des tempêtes affrontées dans l’océan Atlantique. J’ai appris que son nom est Alqods et qu’il est pêcheur. Il se débrouillait bien avec avec la langue française parce que, disait-il: “J’ai d’abord travaillé sur un chaloutier d’un Français. On a pêchait seulement au large”. Il a tiré profondement dans la poitrine une fumée de cigarette, après quoi il a continué: “Ce  Français payait bien, et avec l’argent gagné  j’ai acheté un une barque et j’ai commencé de la pêche côtière.

    – Très intéressant! j’ai encouragé Alqods à raconter.

   – J’étais le propriétaire et dans le même temps, le seul employé. C’était la plus belle période  de ma vie, mon compagnon a tenu à préciser avec une voix un peu tremblante d’émotion et de fierté.

    – Vous vous avez débrouillé seul dans le bateau? je lui ai demandé.

   – Oui. Durant une période j’ai pris avec moi un jeune, Mancoud (n.a. Malchanceux), qui je l’ai abandonné par la suite.

   – Pourquoi ?

   – Parce que le poisson lequel je l’apportait le soir avec la barque était dans une quantité de plus en plus petite. Après un mois, j’ai lui dit que je ne vais plus le prendre avec moi. Sur ses insistances, j’ai accepté de faire un test avec lui juste pour un jour.

   – Et comment était ce jour-là?

   Alqods s’est arrêté à raconter, a “soudé”  une nouvelle cigarette du reste de la était resté de la précédente, a pris une profonde inspiration et a continué:

   – L’histoire est longue . Nous sommes partis à l’aube et on a rien attrapé jusqu’à midi. Dans la soirée, j’ai senti qu’à la grande ligne avait mordu de l’appât un immence “mangeur”; il était un marlin. Je ne l’ai pas tiré vers la barque pour povoir le frapper sur la tête parce que je risquait rompre le fil. Pour notre embêtement, le poisson nageait en profondeur et nous tirait au large.

   – Quelle coïncidence! Avez-vous lu le livre “Le vieil homme et la mer”, écrit par Ernest Hemingway? j’ai osé demander .

   – Non, mais j’en ai entendu parler. La fin de mon histoires est une autre. Si vous voulez l’écouter vous coûte une portion de poisson comme celle que vous avez en face.

     – D’accord, j’ai consenti plein de curiosité. Garçon, une autre partion!

     – Et comme je disais. Le poisson nous a tiré au large et j’ai pensé le laisser se fatiguer. Ainsi s’est passé la nuit. Les provisions alimentaires  se sont finies. Heureusement que, par hasard,ont atteri dans lea barque quelques poissons volants que je les ai mangé crus. Vers le déjeuner notre transporteur s’est fatigué et j’ai réussi à le  tirer doucement près du bateau et de le tuer avec de coups de couteau dans la tête. Il avait plus de 200 kilogrammes, ce qui est la raison pour laquelle nous n’avons pas réussi à le monter dans la barque Juste au moment quand je félicitait Mancoud pour qu’il m’a porté de la chance, quelques requins ont commencé à mordre le poisson, de sorte que dans moins d’une heure n’a pas resté que la tête avec l’épée. Nous avons essayé de les repousser à coups de rames, mais en vain; les bêtes sont entrés dans la soi-disant furie de manger. Vers le soir, nous sommes arrivés épuisés à la rive seulement avec… le squelette du poissons. J’ai été volé par… de requins.

     – Belle histoire, mais triste! je me suis écrié. Elle a valu l’argent. Avez-vous d’autres incidents avec les requins?

     – Avec de requins… de la terre ferme, comme j’appelle certaines personnes.

     – Comment ça? j’ai eu encore une curiosité .

     – Plus tard, de chagrin, j’ai vendu la barque je me suis embarqué sur les chaloutiers d’autres patrons. Mais encore j’ai eu de la malchance. Après que j’ai été payé avec des salaires de misère, maintenant, au seuil de la retraite, j’ai appris  que les employeurs n’ont pas transféré l’argent à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, et ainsi je suis resté sans… pension. Et j’ai été volé par de… requins. Posez sur papier mon histoire et vous allez devenir célèbre… !

     Moi, bien sûr, je me suis conformé mais… sans me faire d’illusions.

 

Doru Ciucescu

 

Le texte fait parti du volume en cours de traduction

“Les mangeuses de rouge à lèvres de Casablanca”

(La traduction du roumain et l’adaptation sont réalisées par l’auteur lui-même)